‹ Œuvres complètes de Bossuet (volume 4)Chapitre 184 sur 387 · LIVRE VIII, N. XXI-XXIII · texte numérisé non relu

LIVRE VIII, N. XXI-XXIII

de l'Eucharistie, l'usage des deux parties ne laisse pas de devoir étre universel. » Ainsi elle nous accorde deux choses : l'une, que la transsubstantiation est possible; et l'autre, que la concomitance est certaine : mais encore qu'elle défende la réalité jusqu'à admettre la concomitance, elle ne laisse pas d'expliquer cette parole : « Ceci est mon corps, » par celle d'Ezéchiel qui dit : « Celle-là est Jérusalem, » en montrant la représentation de cette ville.

C'est ainsi que tout se confond , lorsqu'on sort du droit sentier pour suivre ses propres idées. Comme les défenseurs du sens figuré recoivent quelque impression du sens littéral, ainsi les défenseurs du sens littéral sont quelquefois éblouis par les trompeuses subtilités du sens figuré. Au reste il ne s'agit pas ici de savoirsi à force de raffiner sur des expressions différentes de tant de confessions de foi, on trouvera quelque moyen violent de les réduire à un sens conforme. Il me suffit de faire observer combien de peine ont eu à se contenter de leurs propres confessions de foi ceux qui ont quitté la foi de l'Eglise.

Les autres articles de ces confessions de foi ne sont pas moins remarquables que celui de l'Eucharistie.

La Confession saxonique reconnoit que « la volonté est libre; que Dieu ne veut point le péché, ni ne l'approüve, ni n'y coopère : mais que la libre volonté des hommes et des diables est cause de Jeur péché et de leur chute *. » Il faut louer Mélanchthon d'avoir ici corrigé Luther et de s'étre corrigé lui-même plus clairement qu'il n'avoit fait dans la Confession d' Augsbourg.

Nous avons déjà remarqué qu'il n'avoit reconnu à Augsbourg l'exercice du libre arbitre que dans les actions de la vie civile; et que depuis il l'avoit étendu méme aux actions chrétiennes. C'est ce qu'il commence à nous découvrir plus clairement dans la Confession saxonique ? : car après avoir expliqué la nature du libre arbitre et le choix de la volonté, et avoir aussi expliqué qu'elle ne suffit pas seule pour les œuvres que nous appelons surnaturelles, il répéte par deux fois que « la volonté, aprés avoir recu le

1 p. 53. — ? Cap. de rem. pecc., de lib. arb., etc.; Synt. Gen., Me part., p. 54, 60, 61, etc.

La confusion où

l'on tombe quand on s'abandonne à ses propres pensées.

Dieu ne veul pas le péché.

Arlicle mieux expliqué dans la Confession sazonique, qu'on n'avoit fait dans celle d'Augsbourg.

La coopéralion du libre arbitre.

Doctrine de Mélanchthon sur la coopération du libre arbitre.

Demi-pélagianisme.

Saint-Esprit, ne demeure pas oisive, » c'est-à-dire qu'elle n'est pas sans action; ce qui semble lui donner, comme fait aussi le concile de Trente, une action libre sous la conduite du Saint-Esprit qui la meut intérieurement.

Et ce que Mélanchthon nous donne à entendre dans cette confession de foi, il l'explique plus clairement dans ses lettres; car ilen vient jusqu'à reconnoitre dans les ceuvres surnaturelles la volonté humaine, selon l'expression de l'Ecole, comme « un agent partial, » agens partiale *; c'est-à-dire que l'homme agit avec Dieu, et que des deux il se fait un agent total. C'est ainsi qu'il s'en étoit expliqué dans la conférence de Ratisbonne en 4541. Et encore qu'il sentit bien que cette manière de s'expliquer déplairoit aux siens, il ne laissa pas de passer outre, « à cause, dit-il, que la chose est véritable. » Voilà comme il revenoit des excès que Luther lui avoit appris, encore que Luther y eüt persisté jusqu'à la fin. Mais il s'explique plus amplement sur cette matière dans une lettre écrite à Calvin : « J’avois, dit-il, un ami qui en raisonnant sur la prédestination, croyoit également ces deux choses, et que tout arrive parmi les hommes comme l’ordonne la Providence, et qu'il y a néanmoins de la contingence : il avouoit cependant qu'il ne pouvoit pas concilier ces choses. Pour moi qui tiens, poursuit-il, que Dieu n'est pas la cause du péché, et ne veut pas le péché, je reconnois cette contingence dans l'infirmité de notre jugement, afin que les ignorans confessent que David est tombé de lui-même et par sa propre volonté dans le péché ; qu'il pouvoit conserver le Saint-Esprit qu'il avoit en lui, et que dans ce combat il faut reconnoitre quelque action de la volonté ?. » Ce qu'il confirme par un passage de saint Basile, où il dit : « Ayez seulement la volonté, et Dieu vient à vous.» Par où Mélanchthon sembloit insinuer, non-seulement que la volonté agit, mais qu'elle commence ; ce que saint Basile rejette en d'autres endroits, et ce qu'il ne me paroit pas que Mélanchthon ait jamais assez rejeté , puisque méme nous avons vu qu'il avoit coulé un mot dans la Confession d'Augsbourg , où il sembloit insinuer que le grand mal est de dire, non que la volonté puisse com-

1 Lib, IV, ep. cexL. — ? Ep. Mel., inter ep. Calv., p. 384.

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