‹ Œuvres complètes de Bossuet (volume 4)Chapitre 185 sur 387 · LIVRE VII, N. XXV-XXVII · texte numérisé non relu

LIVRE VII, N. XXV-XXVII

mencer, mais qu'elle puisse achever par elle-même l’œuvre de Dieu :.

Quoi qu'il en soit, il est certain qu'il reconnoissoit l'exercice du libre arbitre dans les opérations de la grace, puisqu'il avouoit si clairement que David pouvoit conserver le Saint-Esprit quand il le. perdit, comme il pouvoit le perdre quand il le conserva : mais encore que ce füt là son sentiment, il n'osa le déclarer nettement dans la Confession saxonique ; trop heureux dele pouvoir insinuer doucement par ces paroles : «La volonté n'est pas oisive, ni sans action. »

C'est que Luther avoit tellement foudroyé le libre arbitre, et avoit laissé dans sa secte une telle aversion pour son exercice , que Mélanchthon n'osoit dire qu'en tremblant ce qu'il en croyoit, et que ses propres confessions de foi étoient ambiguës.

Mais toutes ses précautions ne le sauvèrent pas de la censure. Ilyric et ses sectateurs ne lui purent souffrir ce petit mot qu'il avoit mis dans la Confession saxonique , « que la volonté n'étoit pas oisive, ni sans action. » Ils condamnèrent cette expression dans deux assemblées synodales, avec le passage de saint Basile dont nous avons vu que Mélanchthon se servoit.

Cette condamnation est insérée dans le livre de la Concorde?. Tout l'honneur qu'on fait à Mélanchthon, c'est de ne le pas nommer, et de condamner ses expressions sous le nom général de nouveaux auteurs, ou sous le nom des papistes et des scolastiques. Mais qui considérera avec quel soin on a choisi les expressions de Mélanchthon pour les condamner, verra bien que c'est à lui qu'on en vouloit, et les luthériens de bonne foi en sont d'accord.

Voilà done enfin ce que c'est que les nouvelles sectes. On s'y laisse prévenir contre des dogmes certains dont on prend de fausses idées. Ainsi Mélanchthon s'étoit emporté d'abord avec Luther contre le libre arbitre, et n'en vouloit reconnoitre aucune action dans les ceuvres surnaturelles. Convaincu de son erreur, il penche à l'extrémité opposée ; et loin d'exclure l'action du libre arbitre, il se porte à lui attribuer le commencement des ceuvres surnaturelles. Quand il veut un peu revenir à la vérité, et dire

1 Conf. Aug., art, 18; ci-dessus, liv. III, n. 19, 20. — ? P. 5, 82, 680.

L'exercice du libre

arbitre clairement reconnu par Mélanchthon dans les opérations de la grace

Sa doctrine condamnée par ses confrères.

Confusion des nou-

velles sectes.

XXVIII, Doctrine des luthériens, qui se contredit elleméme.

Arlicle considérable de la Confession saxo- "ique sur la distinclion des péchés mortels et

véniels.

que le libre arbitre a son action dans les ouvrages de la grace , il se trouve condamné par les siens : telles sont les agitations et les embarras où l'on tombe en secouant le joug salutaire de l'autorité de l'Eglise.

Mais encore qu'une partie des luthériens ne veuille pas recevoir ces termes de Mélanchthon : « La volonté n'est pas sans action » dans les opérations de la grace, je ne sais comment ils peuvent nier la chose, puisqu'ils confessent tous d'un commun aecord que l'homme qui est sous la grace la peut rejeter et la perdre.

C'est ce qu'ils ont assuré dans la Confession d'Augsbourg ; c'est ce qu'ils ont répété dans l'Apologie; c'est ce qu'ils ont de nouveau décidé et inculqué dans le livre de la Concorde * : de sorte qu'il n’y a rien de plus certain parmi eux. D’où il paroit qu'ils reconnoissent, avec le concile de Trente, le libre arbitre agissant sous l'opération de la grace jusqu'à la pouvoir rejeter ; ce qu'il est bon de remarquer à cause de quelques-uns de nos calvinistes, qui, faute de bien entendre l'état de la question, nous font un erime d'une doctrine qu'ils ne laissent pas de supporter dans leurs frères les luthériens.

Il y a encore, dans la Confession saxonique un article d'autant plus considérable, qu'il renverse un des fondemens de la nouvelle Réforme. Elle ne veut pas reconnoitre que la distinction des péchés entre les mortels etles véniels soit appuyée sur la nature du péché méme : mais ici les théologiens de Saxe confessent avec Mélanchthon, qu'il y a de deux sortes de péchés : « les uns qui chassent du cœur le Saint-Esprit, et les autres qui ne le chassent pas ?. » Pour expliquer la nature de ces péchés différens, on remarque deux genres de chrétiens, « dont les uns répriment ia convoitise, et les autres lui obéissent. Dans ceux qui la combattent, poursuit-on, le péché n'est pas régnant; il est véniel ; il ne nous fait pas perdre le Saint-Esprit; il ne renverse pas le fondement, et n'est pas contre la conscience. » On ajoute « que ces sortes de péchés sont couverts, » c'est-à-dire qu'ils ne sont pas imputés « par la miséricorde de Dieu. » Selon cette doetrine il est

! P. 675, ele. — ? P. 75.

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