‹ Œuvres complètes de Bossuet (volume 4)Chapitre 186 sur 387 · LIVRE VIII, N. XXX, XXXI · texte numérisé non relu

LIVRE VIII, N. XXX, XXXI

certain que la distinction des péchés mortels et véniels ne consiste pas seulement en ce que Dieu pardonne les uns , et ne pardonne pas les autres, comme on le dit ordinairement dans la prétendue Réforme, mais qu'elle vient de la nature de la chose. Or il n'en faut pas davantage pour condamner la doctrine de la justice imputative , puisqu'il demeure pour constant que , malgré les péchés où le juste tombe tous les jours, le péché ne règne pas en lui, mais plutót que la charité y régne, et par conséquent la justice : ce qui suffit de soi-méme pour le faire nommer vraiment juste, puisque la chose est dénommée par ce qui prévaut en elle. D'oà il s'ensuit que, pour expliquer la justification gratuite , il n'est pas nécessaire de dire que nous soyons justifiés par imputation, et qu'il faut dire plutót que nous sommes vraiment justifiés par une justice qui est en nous, mais que Dieu nous donne.

Je ne sais pourquoi Mélanchthon ne mit pas dans la Confession saxonique ce qu'il avoit mis dans la Confession d'Augsbourg et dans l'Apologie sur le mérite des bonnes ceuvres. Mais il ne faut pas conclure de là que les luthériens eussent rejeté cette doctrine, puisqu'on trouve dans le méme temps un chapitre de la Confession de Virtemberg, où il est dit « que les bonnes œuvres doivent étre nécessairement pratiquées, et que par la bonté gratuite de Dieu elles méritent leurs récompenses corporelles et spirituelles!.» Ce qui fait voir en passant que la nature du mérite s'accorde parfaitement avec la grace.

En 4557 il se fit à Vorms , par l'ordre de Charles V, une nouvelle assemblée pour concilier les religions. Pflugius l'auteur de l’Interim y présidoit. M. Burnet toujours attentif à tirer tout à l'avantage de la nouvelle Réforme, en fait un récit abrégé, où il représente les catholiques comme gens qui « ne pouvant vaincre leurs ennemis, les divisent et les animent les uns contre les autres dans des matières peu importantes ?. » Mais le récit de Mélanchthon va découvrir le fond de l'affaire ?. Dès que les docteurs protestans nommés, pour la conférence furent arrivés à Vorms , les

1 Confess. Virt., eap. de Bonis operib., ibid., p. 106. — ? Burn., Ile part., liv. 11, p. 531. — 5 Mel., lib. 1, ep. Lxx; ejusdem ep. ad Alber. Hardenb. et ad Bulling., apud Hosp., an. 1557, p. 250,

Le mérite des œuvres dans la Confession de Virtemberg.

La conférence de

Vorms pour concilier les deux religions, Di-

visions des luthériens.

Les luthériens condamnent tout d'une voix la nécessité des

bonnes

œuvres pour le salut.

ambassadeurs de leurs princes les assemblèrent pour leur dire de la part des mêmes princes, qu'il falloit avant toutes choses et avant que de conférer avec les catholiques, « s'accorder entre eux, et en méme temps condamner quatre sortes d'erreurs : 1° Celle des zuingliens ; 2 celle d'Osiandre sur la justification ; 3° la proposition qui assure que les bonnes œuvres sont nécessaires au salut ; 4 et enfin l'erreur de ceux qui avoient recu les cérémonies indifférentes. » Ce dernier article regardoit nommément Mélanchthon, et c'étoit Illyric avec sa cabale qui le proposoit. Mélanchthon avoit été averti de ses desseius, et il écrivit durant le voyage à son ami Camérarius, « qu'à table et parmi les verres on dressoit certains articles préliminaires qu'on prétendoit faire signer à lui et à Brentius *. » Il étoit alors fort uni avec le dernier, et il représente Illyric, ou quelqu'un de cette cabale , « comme une furie qui alloit de porte en porte » animer le monde. On croyoit aussi dans le parti Mélanchthon assez favorable aux zuingliens, et Brentius à Osiandre. Le méme Mélanchthon paroissoit porté pour la nécessité des bonnes ceuvres, et toute cette entreprise le regardoit visiblement avec ses amis. Ce n'étoit donc pas jusqu'ici les catholiques qui travailloient à diviser les protestans. Ils se divisoient assez d'eux-mémes ; et ce n'étoit pas, comme le prétend M. Burnet, « sur des matières peu importantes , » puisqu'à la réserve de la question sur les choses indifferentes, tout le reste, où il s’agissoit de la présence réelle, de la justification monstrueuse d'Osiandre et de la maniere dont on jugeroit les bonnes ceuvres . nécessaires, étoit de la dernière conséquence.

Sur le premier de ces points Mélanchthon demeuroit d'accord que les « zuingliens méritoient d'étre condamnés aussi bien que les papistes ; » sur le second, qu'Osiandre n'étoit pas moins digne de censure; sur le troisieme, que de cette proposition : « Les bonnes ceuvres sont nécessaires au salut, » il en falloit retrancher le dernier mot * : de manière que les bonnes œuvres, malgré l'Evangile qui crie que sans elles on n'a point de part au royaume de Dieu , demeuroient « nécessaires » àla vérité, mais non pas « pour le salut : » et au lieu que M. Burnet nous a dit que les pro-

! Lib. 1V, 868 et seq. — ? Loc. mox. cit.

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