‹ Œuvres complètes de Bossuet (volume 4)Chapitre 187 sur 387 · LIVRE VIII, N. XXXIII, XXXIV · texte numérisé non relu

LIVRE VIII, N. XXXIII, XXXIV

testans admettoient tout d'une voix cette nécessité des bonnes œuvres pour être sauvé ', nous la voyons au contraire également rejetée par les ennemis de Mélanchthon et par lui-méme, c'està-dire par les deux partis des protestans d'Allemagne.

Pour ce qui regarde Osiandre , Brentius ne manqua pas d'en prendre le parti , non pas en défendant la doctrine qu'on lui imputoit, mais en soutenant qu'on n'entendoit pas la pensée de cet auteur, quoiqu'Osiandre l'eüt expliquée si nettement, que ni Mélanchthon ni personne n’en doutoit. Il paroissoit done bien aisé parmi les luthériens de convenir des condamnations que demandoit Illyric avec ses amis : mais Mélanchthon les empécha , craignant toujours d'exciter de nouveaux troubles dans la Réforme, qui à force de se diviser sembloit devoir s'en aller par pièces.

Ces disputes des protestans vinrent bientôt aux oreilles des catholiques; car Illyric et ses amis faisoient grand bruit, non-seulement à Vorms, mais encore dans toute l'Allemagne. Le dessein des catholiques étoit de presser dans la conférence la nécessité de déférer aux jugemens de l'Eglise, pour mettre fin aux disputes qui s'élévent parmi les chrétiens ; et les contentions des protestans venoient trés-à propos pour ce dessein, puisqu'elles faisoient paroitre qu'eux-mémes, qui disoient tant que l'Ecriture étoit claire et pleinement suffisante pour tout régler, s’accordoient si peu, et n'avoient pu encore trouver le moyen de terminer entre eux la moindre dispute. La foiblesse de la Réforme si prompte à produire des difficultés et si impuissante pour les résoudre , paroissoit visible. Alors Illyrie et ses amis, pour faire voir aux catholiques qu'ils ne manquoient pas de force pour condamner les erreurs nées dans le parti protestant, firent voir aux députés catholiques un modèle qu'ils avoient dressé des condamnations que leurs compagnons avoient rejetées : ainsi la division éclata d’une manière à ne pouvoir être cachée. Les catholiques ne voulurent plus continuer les conférences, où aussi bien on n'avancoit rien, et laissérent les illyriciens disputer avec lesmélanchthonistes, comme saint Paul laissa disputer les pharisiens et les saducéens ?, en tirant tout le profit qu'il avoit pu de leurs dissensions connues.

1 Voyez ci-dessus, liv. VIL, n. 108. — ? Act, xxrit, 6.

Osiandre

épargné par les luthériens.

Les divisions des luthériens éclatent.

Les catholiques táchent d'en profiter

pour Jeur salut.

xxv, On attendoit dans la Prusse quelque chose de vigoureux, et

Triomphe

osa. quelque ferme décision contre Osiandre, dont l'insolence ne pou-

dans là

5» ^ voit plus être supportée. Il témoignoit ouvertement faire peu

conversion état de la Confession d' Augsbourg, et de Mélanchthon qui l'avoit desk dressóo, et des mérites de Jésus-Christ même, dont il ne faisoit nulle mention dans la justification des pécheurs ‘. Quelques théologiens de Kenisberg s’opposoient le plus qu'ils pouvoient à sa doctrine, et entre autres Fridérie Staphyle, un des plus célèbres professeurs en théologie de cette université, qui avoit oui durant seize ans Luther et Mélanchthon à Vitenberg?; mais comme ils ne gagnoient rien avec leurs doctes ouvrages, et que l’éloquence d'Osiandre entrainoit le monde, ils eurent recours à l'autorité de l'église de Vitenberg et du reste de l'Allemagne protestante. Lorsqu'ils virent qu'au lieu des condamnations précises et vigoureuses dont la foi infirme des peuples avoit besoin, il ne venoit de ce cóté-là que de timidés écrits dont Osiandre tiroit avantage, ils déplorèrent la foiblesse du parti où il n'y avoit nulle autorité contre les erreurs. Staphyle ouvrit les yeux, et retourna au giron de VE-

glise catholique.

XXXVL, L'année suivante les luthériens s’assemblèrent à Francfort pour

Nouvelle

Sell convenir d'une formule sur l'Eucharistie, comme si on n'eüt rien

des luthé- RO .

he fait jusqu'alors. On commença, selon la coutume, en disant qu'on expliquer

sme ne faisoit que répéter la Confession d'Augsbourg. On y ajoutoit

lie dans

ie ds néanmoins que « Jésus-Christ étoit donné dans l'usage du saere-

die de ment, vraiment, substantiellement, et d'une manière vivifiante ;

""- que ce sacrement eontenoit deux choses, c'est-à-dire le pain et le corps; et que c'est une invention des moines, ignorée par toute l'antiquité, de dire que le corps nous soit donné dans l'espéce du pain ?. »

Etrange confusion! L'on ne faisoit, disoit-on, que répéterla Confession d’Ausgbourg; et cependant cette expression que l'on condamnoit à Francfort, que « le corps füt présent sous les espèces, » se trouve dans une des éditions de cette méme Confession qu'on se vantoit de répéter, et encore dans l'édition qu'on reconnoissoit

1 Chyt., in Saz., lib. XVII, tit. Osiand., p. 444 et seq. — ? Ibid., 448. — * Hosp., fol. 264.

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