‹ Œuvres complètes de Bossuet (volume 4)Chapitre 188 sur 387 · LIVRE VII, N. XXXVII-XXXIX · texte numérisé non relu

LIVRE VII, N. XXXVII-XXXIX

à Francfort méme pour si véritable, qu'encore aujourd'hui dans les livres rituels dont se sert l'église francoise de cette ville (c) nous lisons l'article x de la Confession d' Augsbourg couché en ces termes, « qu'on recoit le corps et le sang sous les espéces du pain et du vin. »

Mais la grande affaire du temps parmi les luthériens fut celle de l'ubiquité, que Vestphale, Jacques- André Smidelin, David Chytré et les autres établissoient de toutes leurs forces. Mélanchthon leur opposoit deux raisons qui ne pouvoient pas étre plus convaincantes : l'une, que cette doctrine confondoit les deux natures de Jésus-Christ, le faisant immense, non-seulement selon sa divinité, mais encore selon son humanité et méme eneore selon son corps : l'autre, qu'elle détruisoit le mystére de l'Eucharistie, à qui on ótoit tout ce qu'il avoit de particulier, si Jésus-Christ comme homme n’y étoit présent que de la méme manière qu'il l'est dans le bois ou dans les pierres. Ces deux raisons faisoient regarder à Mélanchthon la doctrine de l'ubiquité avec horreur, et l'aversion qu'il en avoit lui faisoit insensiblement tourner sa confiance du côté des défenseurs du sens figuré. Il entretenoit un commerce particulier avec eux, principalement avec Calvin. Mais il est certain qu'il ne trouvoit pas dans ses sentimens ce qu'il désiroit.

Calvin soutenoit opiniâtrément qu'un fidèle régénéré une fois ne pouvoit perdre la grace, et Mélanchthon convenoit avec les autres luthériens que cette doctrine étoit condamnable et impie '. Calvin ne pouvoit souffrir la nécessité du baptéme, et Mélanchthon ne voulut jamais s'en départir. Calvin condamnoit ce que disoit Mélanchthon sur la coopération du libre arbitre, et Mélanchthon ne croyoit pas pouvoir s'en dédire.

On voit assez qu'ils n'étoient nullement d'accord sur la prédestination ; etquoique Calvin répétât sans cesse que Mélanchthon ne pouvoit pas s'empécher d’être dans son cœur de méme sentiment que lui, il n'a jamais rien tiré de Mélanchthon sur ce sujet-là.

Pour ce qui regarde la Cène , Calvin se vante partout que Mélanchthon étoit de son avis : mais comme il ne produit aucune

Uph-b'ep- Lxx.

(a) 1re édit. : L'église françoise de Francfort.

La queslion de l'ubiquité fait touvner Mélanehthon vers les sacramenlaires.

Incompalibilité des sentimens de Mélanchthon et de Cal-

vin.

Si Mélanehthon

sit a parole de Mélanchthon qui le dise clairement, et qu’au contraire

"ma il l'aceuse dans toutes ses lettres et dans tous ses livres de ne s'étre

"7" jamais assez expliqué sur ce sujet, je crois qu'on peut douter raisonnablement de ce qu'avance Calvin; et il me semble que ce qu'on peut dire avec le plus de vraisemblance, c'est que ces deux auteurs ne s'entendoient pas bien l'un l'autre, Mélanchthon étant ébloui des termes de propre substance que Calvin affectoit partout, comme nous verrons ; et Calvin aussi tirant à lui les paroles où Mélanchthon séparoit le pain d'avec le corps de Notre-Seigneur, sans néanmoins prétendre par là déroger à la présence substantielle qu'il reconnoissoit dans les fidèles communians.

S'il en falloit croire Peucer le gendre de Mélanchthon, son beaupère étoit un pur calviniste. Peucer le devint lui-même, et souffrit beaucoup dans la suite, à cause des intelligences qu'il entretint avec Bèze pour introduire le calvinisme dans la Saxe. Il se faisoit un honneur de suivre les sentimens de son beau-père, et il a fait des livres exprès, où il raconte ce qu'il lui a dit en particulier sur ce sujet‘. Mais sans attaquer la foi de Peucer, il pourroit dans une matière qu'on avoit rendue si fertile en équivoques , n'avoir pas assez entendu les paroles de Mélanchthon, et les avoir accommodées à ses préventions.

Après tout, il m'importe peu de savoir ce;qu'aura pensé Mélanchthon. Plusieurs protestans d'Allemagne plus intéressés que nous en cette cause, ont entrepris sa défense ; et la bonne foi m'oblige à dire en leur faveur que je n'ai trouvé nulle part dans les écrits de cet auteur, qu'on ne recoive Jésus-Christ que par la foi; ce qui est pourtant le vrai caractere du sens figuré. Je ne vois pas non plus qu'il ait jamais dit avec ceux qui le soutiennent, que les indignes ne recussent pas le vrai corps et le vrai sang ; et au contraire il me paroit qu'il a persisté en ce qui fut arrété sur ce sujet dans l'accord de Vitenberg *.

UR Ce qu'il y a de certain, c'est que dans la crainte qu'avoit Mé- Ui" lanehthon d'augmenter les divisions scandaleuses de la nouvelle "U'"^ héforme, où il ne voyoit aucune modération, il n'osoit presque

1! Peuc., Narr. hist. de sent. Mel.; Xem, Hist. carcer., ete. — * Ci-dessus, liv. IV, n. 23.

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