‹ Œuvres complètes de Bossuet (volume 4)Chapitre 189 sur 387 · LIVRE VIII, N. XLI · texte numérisé non relu

LIVRE VIII, N. XLI

plus parler qu'en termes si généraux , que chacun y pouvoit entendre tout ce qu'il vouloit. Les sacramentaires l'accommodoient peu : les luthériens couroient tous à l'ubiquité. Brentius, le seul presque des luthériens qui avoit gardé avec lui une parfaite union, se rangeoit de ce parti-là : ce prodige de doctrine gagnoit insensiblement dans toute la secte. Il eût bien voulu parler, et il ne savoit que dire, tant il trouvoit d'opposition à ce qu'il croyoit étre la vérité. « Puis-je, disoit-il, expliquer la vérité toute entiére dans le pays où je suis, et la cour le souffriroit-eHe? » A quoi il ajoutoit souvent : « Je dirai la vérité quand les cours ne m'en empécheront point !. »

Il est vrai que ce sont les sacramentaires qui le font parler de cette sorte : mais outre qu'ils produisent ses lettres, dont ils prétendent avoir les originaux , il n'y a qu'à lire celles que ses amis ont publiées, pour voir que ces discours qu'on lui fait tenir s'accordent parfaitement avec la disposition où l'avoient mis les dissensions implacables de la nouvelle Réforme.

Son gendre, qui conte les faits avec beaucoup de simplicité, nous rapporte qu'il étoit tellement hai des ubiquitaires , qu'une fois Chytré, un des plus zélés, avoit dit « qu'il se falloit défaire de Mélanchthon ; autrement qu'ils auroient en lui un obstacle éternel à leurs desseins ?. » Lui-méme dans une lettre à l'électeur palatin , dont Peucer fait mention, dit « qu'il ne vouloit plus disputer contre des gens dont il éprouvoit les cruautés ?. » Voilà ce qu'il écrivoit quelques mois avant sa mort. « Combien de fois,

dit Peucer, et avec combien de sanglots m'a-t-il expliqué les raisons qui l'empéchoient de découvrir au public le fond de ses sentimens? » Mais qui pouvoit le contraindre dans la cour de Saxe où il étoit, et au milieu des luthériens, si ce n’étoit la cour elle-même et les violences de ses compagnons ?

Quel état de ne pouvoir trouver nulle part ni la paix, ni la vérité comme il l'entendoit! Il avoit quitté l'ancienne Eglise, qui avoit pour elle la succession et tous les siècles précédens. L'église luthérienne qu'il avoit fondée avec Luther, et qu'il avoit crue le

1 Hospin., ad an. 1557, p. 249, 250.— ? Peuc., Hist. carc., ep. ad Pal., ap. ign 3 an. 1559, p. 260. — 3 Peuc., Aulic.

. Triste état

de Mélanchthon, et sa mort.

Les zuingliens condamnés par les luthériens :

et les catholiques justifiés pàr cette conduite,

seul asile de la vérité , embrassoit l'ubiquité qu'il détestoit. Les églises sacramentaires, qu'il avoit erues les plus pures après les luthériennes, étoient pleines d'autres erreurs qu'il ne pouvoit supporter, et qu'il avoit rejetées dans toutes ses confessions de foi. Il paroissoit qu'on le respectoit dans l'église de Vitenberg ; mais les cruels ménagemens auxquels il se voyoit asservi l'empéchoient de dire tout ce qu'il pensoit, et il finit en cet état sa vie malheureuse en l'an 1560. |

Illyrie et ses sectateurs triomphèrent par sa mort ; l’ubiquité fut établie presque dans tout le luthéranisme , et les zuingliens furent condamnés par un synode tenu en Saxe dans la ville de Iéne!. Mélanchthon avoit empéché qu'on ne prononcât jusqu'alors une pareille sentence. Depuis qu'elle eut été donnée, on ne parla plus dans les écrits contre les zuingliens que de l'autorité de l'Eglise, et on vouloit que tout y cédàt sans raisonner. On commencoit à connoître dans le principal parti de la nouvelle Réforme, c'est-à-dire parmi les luthériens , qu'il n’y avoit que l'autorité de l'Eglise qui pût retenir les esprits et empêcher les divisions. Aussi voyons-nous que Calvin ne cesse de leur reprocher qu'ils faisoient valoir le nom de l'Eglise plus que ne faisoient les papistes, et qu'ils alloient contre les principes que Luther avoit établis ?. Il étoit vrai, et les luthériens avoient à répondre aux mémes raisonnemens que.tout le parti protestant avoit opposés à l'Eglise eatholique et à son concile. Ils objectoient à l'Eglise qu'elle se rendoit juge en sa propre cause, et que le Pape avec ses évéques étoient tout ensemble accusés, accusateurs et juges ?. Les sacramentaires en disoient autant aux luthériens qui les condamnoient *. Tout le corps des protestans disoit à l'Eglise, que leurs pasteurs devoient étre assis avec tous les autres dans le concile qui se tiendroit pour juger les questions de la foi, qu'autrement c'étoit préjuger contre eux, sans les avoir entendus. Les sacramentaires faisoient le méme reproche aux luthériens *, et leur soutenoient qu'en s'attribuant l'autorité de les condamner sans appeler leurs pasteurs dans les

1 Hospin., 4560, p. 269. — ? II Def. cont. Vestph. — 9 Calv., Ep., p. 324; ad Ill. Germ. Princ ; V Def. cont.Vestph., opusc. 286.— * Hospin., an. 1560, p. 269 et seq. — 5 Hospin., an. 1560, p. 270, 271.

Page 1