‹ Œuvres complètes de Bossuet (volume 4)Chapitre 190 sur 387 · LIVRE VIT, N. XLIII · texte numérisé non relu

LIVRE VIT, N. XLIII

séances, ils commencoient à faire eux-mêmes ce qu'ils avoient appelé une tyrannie dans l'Eglise romaine. Il paroissoit clairement qu'il en falloit enfin venir à imiter l'Eglise catholique, comme celle qui savoit seule la vraie manière de juger les questions de la foi; et il paroissoit en méme temps par les contradictions où tomboient les luthériens en suivant cette maniére, qu'elle n'appartenoit pas aux novateurs , et ne pouvoit subsister que dans un corps qui l'eüt pratiquée dés l'origine du christianisme.

En ce temps on voulut choisir entre toutes les éditions de la Confession d/ Augsbourg celle qu'on réputeroit pour authentique. C'étoit une chose surprenante qu'une confession de foi qui faisoit la règle des protestans d'Allemagne et de tout le Nord, et qui avoit donné le nom à tout le parti, eût été publiée en tant de manières, et avec des diversités si considérables à Vitenberg et ailleurs, à la vue de Luther et de Mélanchthon, sans qu'on se füt avisé de concilier ces variétés. Enfin en 1561, trente ans aprés cette confession, pour mettre fin aux reproches qu'on faisoit aux protestans, de n'avoir point encore de confession fixe, ils s'assemblérent à Naümbourg , ville de Thuringe, où ils choisirent une édition t ; mais en vain, parce que toutes les autres éditions ayant été imprimées par autorité publique, on n'a jamais pu les abolir, ni empécher que les uns ne suivissent l'une et les autres l'autre, comme il a été dit ailleurs ?.

Bien plus, l'assemblée de Naümbourg , en choisissant une édition, déclara expressément qu'il ne falloit pas croire pour cela qu'elle eût improuvé les autres, principalement celle qui avoit été faite à Vitenberg en 1540 sous les yeux de Luther et de Mélanchthon, et dont aussi on s'étoit servi publiquement dans les écoles des luthériens, et dans les conférences avec les catholiques.

Enfin on ne peut pas méme bien décider laquelle de ces éditions fut préférée à Naümbourg. Il semble plus vraisemblable que c'est celle qui est imprimée avec presque le consentement de tous les princes, à la tête du livre de la Concorde : mais cela même n’est pas certain, puisque nous avons fait voir quatre éditions de l’article de la Cène également reconnues dans le même livre. Si

1 Act. conv. Naümb., apud Hosp., an. 1561, p. 280 etseq.— ? Ci-dessus, liv. II,n.7

Assemblée des luthé-

riens à

Naüm-

bourg, pour convenir sur la Confes--

sion d'Augsbowrg.

Railleries des zuingliens.

- L'ubiquité établie.

d'ailleurs on y a óté le mérite des bonnes œuvres dans la Confession d/ Augsbourg, nous avons vu qu'il y est resté dans l'Apologie ! ; et cela méme est une preuve de ce qui étoit originairement dans la Confession, puisqu'il est certain que l'Apologie n'étoit faite que pour l'expliquer et pour la défendre.

Au reste les dissensions des protestans sur le sens de la Confession d'Augsbourg, furent si peu terminées dans l'assemblée de Naümbourg , qu'au contraire l'électeur palatin Fridérie, qui en étoit un des membres, crut ou fit semblant de croire qu'il trouvoit dans cette confession la doctrine zuinglienne qu'il avoit nouvellement embrassée ? : de sorte qu'il fut zuinglien, et demeura tout ensemble de la Confession d'Augsbourg sans se mettre en peine de Luther.

C'est ainsi que tout se trouvoit dans cette Confession. Les zuingliens malins et railleurs l'appeloient « la boite de Pandore » d'oü sortoit le bien etle mal, «la pomme de discorde » entre les déesses, «une chaussure à tous pieds, » un grand et vaste « manteau où Satan se pouvoit cacher aussi bien que Jésus-Christ ?. » Ces Messieurs savoient tous les proverbes, et rien n’étoit oublié pour se moquer des sens différens que chacun trouvoit dans la Confession d' Augsbourg. Il n'y avoit quel'ubiquité qu'on n'y trouvoit pas, et ce fut cependant cette ubiquité dont on fit parmi les luthériens un dogme authentiquement inséré dans le livre de la Concorde.

Voici ce que nous trouvons dans la partie de ce livrequi a pour titre : Abrégé des articles controversés parmi les théologiens de la Confession d' Augsbourg. Dans le chapitre vir, intitulé de la Cène du Seigneur : « La droite de Dieu est partout , et Jésus-Christ y est uni vraiment et en effet selon son humanité *. » Et encore plus expressément dans le chapitre vin, intitulé de la Personne de Jésus- Christ, oà on explique ce que c'est que cette majesté attribuée au Verbe incarné dans les Ecritures : là nous lisons ces paroles : « Jésus-Christ , non-seulement comme Dieu , mais encore comme homme, sait tout, peut tout, est présent à toutes les créatures. » Cette doctrine est étrange. Il est vrai que la sainte ame de Jésus-

1 Ci-dessus, liv. IIl, n. 25.— ? Hosp., an. 1561, p. 281.— ? Hosp., tbid.— * Lib. Concord., p. 600.

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