‹ Œuvres complètes de Bossuet (volume 4)Chapitre 19 sur 387 · LIVRE 1, N. XII, XV · texte numérisé non relu

LIVRE 1, N. XII, XV

Mais quelle est done (a) cette certitude, si ce n'est la sécurité ? C'étoit l'endroit inexplicable de la doctrine de Luther, et on n'y trouvoit aucun dénouement.

Pour moi, tout ce que j'ai pu trouver dans ses écrits qui serve AE à développer ce mystère, c'est la distinction qu'il fait entre les 4 Luther péchés que l'on commet sans le savoir, et ceux que l'on commet ioco de «sciemment et contre sa conscience : » lapsus contra conscien- 3e vius. tiam *. 1l semble done que Luther ait voulu dire qu'un chrétien ne peut s'assurer de n'avoir pas les péchés du premier genre, mais qu'il peut étre assuré de n'en avoir pas du second : et si en les commettant il se tenoit assuré de la rémission de ses péchés, il tomberoit dans cette damnable et pernicieuse sécurité que Luther condamne : au lieu qu'en les évitant, il se peut tenir assuré de la rémission de tous les autres, et méme des plus cachés ; ce qui suffit pour la certitude que Luther veut établir.

Mais la difficulté revenoit toujours : car il demeuroit pour in- xw.

= , dd . . . La diffidubitable, selon Luther, que l'homme ne sait jamais si ce vice «i à-

caché de l'amour-propre n'infecte pas ses meilleures œuvres; wujur. qu'au contraire, pour éviter la présomption, il doit tenir pour certain qu'elles en sont mortellement infectées : qu'il « se flatte, »

et que, lorsqu'il croit « être affligé (b) véritablement de son péché, » il ne s'ensuit pas qu'ille soit autant qu'il faut pour en obte-

nir la rémission. Si cela est, malgré tout ce qu'il croit ressentir,

il ne sait jamais si le péché ne règne pas dans son cœur, d'autant plus dangereusement qu'il est plus caché. Nous en serons donc réduits à croire que nous serons réconciliés avec Dieu , quand méme le péché régneroit en nous : autrement il n'y aura jamais

de certitude.

Ainsi tout ce qu'on nous dit de la certitude qu'on peut avoir . Xv.

Contradic-

sur le péché commis contre la conscience, est inutile. Ce n'est pas tion de s aller assez avant que de ne pas reconnoitre que ce péché qui se 4 tte. eache, cet orgueil secret, cet amour-propre qui prend tant de formes , et méme celle de la vertu , est peut-étre le plus grand

1 Luth., Themat., tom. I, fol. 490; Conf. Aug., cap. de bon. op. Synt. Gen., Al part., p. 21.

(a) Qu'est-ce donc que. — (5) 1re édit. : Lorsqu'il croit s’affliger,

Suite des contradictions de Luther.

obstacle de notre conversion, et toujours l'inévitable sujet de ce

tremblement continuel , que les catholiques enseignoient après

saint Paul. Les mêmes catholiques observoient que tout ce qu’on leur répondoit sur cette matière, étoit manifestement contradictoire. Luther avoit avancé cette proposition : « Personne ne doit. répondre au prêtre qu'il est contrit !, » c’est-à-dire pénitent. Et comme cette proposition fut trouvée étrange, il la soutint (a) de: ces passages : « Saint Paul dit : Je ne me sens coupable en rien,

mais je ne suis pas pour cela justifié ?. David dit : Qui connoit ses

péchés ?? Saint Paul dit : Celui qui s'approuve lui-même n'est pas

approuvé; mais celui que Dieu approuve *. » Luther concluoit de ces passages que nul pécheur n'est en état de répondre au prétre:

«Je suis vraiment pénitent; » et à le prendre à la rigueur et pourune certitude entière , il avoit raison. On n'étoit done pas assuré

absolument , selon lui, qu'on füt pénitent; et néanmoins, selon lui, on étoit absolument assuré que ses péchés sont remis : on

étoit done assuré que le pardon est indépendant de la pénitence.

Les catholiques n'entendoient rien dans ces nouveautés : Voilà ,

disoient-ils , un prodige dans les mœurs et dans la doctrine; l'E-

glise ne peut pas souffrir un tel scandale.

Mais, disoit Luther, on est assuré de sa foi : et la foi est inséparable de la contrition *. On lui répliquoit : Permettez done au fidèle de répondre de sa contrition comme de sa foi; ou si vous défendez l'un, défendez l'autre. |

« Mais, poursuivoit-il, saint Paul a dit : Examinez-vous vousmême, si vous êtes dans la foi; éprouvez-vous vous-même ?. » Done on sent la foi, conclut Luther : et on concluoit, au contraire, qu'on ne la sent pas. Si c'est une matière d'épreuve, si c'est un sujet d'examen , ce n'est donc pas une chose que l'on connoissepar sentiment, ou, comme on parle, par conscience. Ce qu'on appelle la foi, poursuivoit-on , n'en est peut-être qu'une vaine image ou une foible répétition de ce qu'on a lu dans les livres, de ce qu'on a entendu dire aux autres fidéles. Pour étre assuré d'a-

1 Assert., art. damnat., ad art, 14, tom. II. — 2 I Cor., 1v, 4. — 3 Psal. XVIII, . 13. — * II Cor., x, 18. — 5 Ibid., ad prop. 12 et 14, — 6 II Cor., xut, 5.

(a) 4re édit. : I1 la soutient.

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