‹ Œuvres complètes de Bossuet (volume 4)Chapitre 191 sur 387 · LIVRE VIII, N. XLVI · texte numérisé non relu

LIVRE VIII, N. XLVI

Christ peut tout ce qu'elle veut dans l'Eglise, puisqu'elle ne veut rien que ce que veut la divinité qui la gouverne. Il est vrai que cette sainte ame sait tout ce qui regarde le monde présent, puisque tout y a rapport au genre humain, dont Jésus-Christ est le Rédempteur et le Juge, et que les anges mémes, qui sont les ministres de notre salut, relévent de sa puissance. Il est vrai que Jésus-Christ se peut rendre présent où il lui plait, méme selon son humanité, et selon son corps et son sang : mais que l'ame de Jésus- Christ sache ou puisse savoir tout ce que Dieu sait, c'est attribuer à la créature une science ou une sagesse infinie, et l’égaler à Dieu méme. Quela nature humaine de Jésus-Christ soit nécessairement partout où Dieu est, c'est lui donner une immensité qui ne lui convient pas, et abuser manifestement de l'union personnelle: car par la méme raison il faudroit dire que Jésus-Christ comme homme est dans tous les temps; ce qui seroit une extravagance trop manifeste, mais néanmoins qui suivroit aussi naturellement de l'union personnelle selon les raisonnemens des luthériens, que la présence de l'humanité de Jésus-Christ dans tous les lieux.

On peut voir la méme doctrine de l'ubiquité , mais avec plus d'embarras et un plus long circuit de paroles, dans la partie de ce méme livre qui a pour titre : Solide, facile et nette répétition de quelques articles de la Confession d'Augsbourg , dont on a disputé quelque temps parmi quelques théologiens de cette Confession, et qui sont ici décidés et conciliés selon la règle et l'analogie de la parole de Dieu, et la briève formule de notre doctrine chrétienne *. Attendra qui voudra d'un tel titre la netteté et la brièveté qu'il promet; pour moi je remarquerai seulement deux choses sur ce mot de répétition : la première, c'est qu'encore qu'il ne soit parlé en nulle manière dans la Confession d’Augsbourg de la doctrine de l'ubiquité qui est ici établie, néanmoins cela s'appelle répétition « de quelques articles de la Confession d' Augsbourg. » On craignoit de faire paroitre qu'il y eût fallu ajouter quelque nouveau dogme, et on faisoit passer sous le nom de répétition tout ce qu'on établissoit de nouveau. La seconde, qu'il n'est

1 Solida, plana, ete., Conc., 628; cap. vu, de Cena, p. 132 et seq.; cap. vit, de pers. Ch., p. 161 et seq., 182 et seq.

Autre déclaration sur l'ubiquilé sous e nom de répélilion de la Con-

fession d'Augsbourg.

jamais arrivé dans la nouvelle Réforme qu’on se soit bien expliqué la première fois : il a toujours fallu revenir à des répétitions, qui au fond ne se trouvent pas plus claires que les précédentes. xvi. — Pour ne rien dissimuler de ce qu'il y a d'important dans la doc-

Desseins

a wt- trine des luthériens au livre de la Concorde, je me crois obligé de vbisan dire qu'ils ne mettent pas l'ubiquité comme le fondement de la présence de Jésus-Christ dans la Cène : il est certain au contraire qu'ils ne font dépendre cette présence que des paroles de l'institution; mais ils mettent cette ubiquité comme un moyen de fermer la bouche aux sacramentaires , qui avoient osé assurer qu'il n'étoit pas possible à Dieu de mettre le corps de Jésus-Christ en plus d'un lieu à la fois ; ce qui leur paroissoit contraire, non-seulement à l’article de la toute-puissance de Dieu, mais encore à la majesté de la personne de Jésus-Christ.

xvm. — ]l faut maintenant considérer ce que disent les luthériens sur la

Deux mé-

morbles coopération de la volonté avec la grace : question si considérable

décisions

&s nthé- dans nos controverses, qu'on ne lui peut refuser son attention.

inem Sur cela les luthériens disent deux choses, qui nous donneront ire - beaucoup de lumière pour finir nos contestations. Je les vais proposer avec autant d'ordre et de netteté qu'il me sera possible; et je n'oublierai rien pour soulager l'esprit du lecteur, qui se pour-

roit trouver confondu dans la subtilité de ces questions. xux. — La première chose que font les luthériens pour expliquer la

Doctrine

des nthé- coopération de la volonté avec la grace, est de distinguer le moriens, que

nous som- ment de la conversion d’avec ses suites; et après avoir enseigné

mes sans

jo que la coopération de l'homme n'a point de lieu dans la conver-

conasin sion du pécheur, ils ajoutent que cette coopération doit seulement être reconnue dans les bonnes œuvres que nous faisons dans la suite !.

J'avoue qu'il est assez difficile de bien comprendre ce qu'ils veulent dire. Car la coopération qu'ils excluent du moment de la conversion est expliquée en certains endroits d'une manière qui semble n'exclure que « la coopération qui se fait par nos propres forces naturelles et de nous-mêmes, » ainsi que parle saint Paul*?. Si cela est, nous sommes d'accord : mais en méme temps nous

1 Conc. p. 582, 673, 680-682. — ? P. 656, 662, 668, 674, 678, 687 el seq.

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