LIVRE VIII, N. L
ne voyons pas quel besoin on avoit de distinguer entrele moment de la conversion et toute sa suite, puisque dans toute la suite, non plus que dans le moment de ia conversion, l'homme n’opère ni ne coopère que par la grace de Dieu.
Il n'y a done rien de plus ridicule que de dire avec les luthériens, qu'au moment de la conversion « l'homme n'agit pas davantage qu'une pierre ou de la boue', » puisqu'au moment de sa conversion on ne peut nier qu'il ne commence à se repentir, à croire, à espérer, à aimer par une action véritable; ce qu'un tronc et une pierre ne peuvent faire.
Et il est clair que l'homme qui se repent, qui croit et qui aime parfaitement, se repent, croit et aime avec plus de force; mais non pas au fond d'une autre manière que lorsqu'il commence à se repentir, à eroire et à aimer : de sorte qu'en l'un et l'autre état, si le Saint-Esprit opère, l'homme coopère avec lui, et se soumet à la grace par un acte de sa volonté.
En effet il semble que les luthériens en excluant la coopération du libre arbitre, ne veulent exclure que celle qu'on voudroit attribuer à nos propres forces. « Lors, disent-ils, que Luther assure que la volonté étoit purement passive et n’agissoit en aucune sorte dans la conversion, son intention n'étoit pas de dire qu'il ne s’excitât dans notre ame aucun nouveau mouvement, et qu'il ne s'y commencát aucune nouvelle opération: mais seulement de faire entendre que l'homme ne peut rien de lui-méme, ni par ses forces naturelles ?. »
C'étoit fort bien commencer : mais ce qui suit n'est pas de méme. Car aprés avoir dit, ce qui est très-vrai, que « la conversion de l’homme est une opération et un don du Saint-Esprit, non-seulement dans quelqu'une de ses parties, mais en sa totalité, » ils concluent très-mal à propos que « le Saint-Esprit agit dans notre entendement , dans notre cœur et dans notre volonté comme dans un sujet qui souffre, l'homme demeurant sans action et ne faisant que souffrir. »
Cette mauvaise conclusion qu'on tire d'un principe véritable, fait voir qu'on ne s'entend pas; car il semble au fond que ce qu'on
1 Conc., p. 662. — ? Conc., p. 680.
Embarras et contradiction de la doctrine
luthérienne.
Conclusion. Que si l'on s'entend, il n’y a plus de dispute sur la coopé-
ration,
Lu.
Objeclion
veut dire, c'est que l'homme ne peut rien de lui-même et que la grace le prévient en tout; ce qui encore une fois est incontestable. Mais s'il s'ensuit de ce principe que nous sommes sans action , cette conséquence s'étend, non-seulement au moment de la conversion, comme le: prétendent les luthériens, mais encore contre leur pensée à toute la vie chrétienne, puisque nous ne pouvons non plus par nos propres forces conserver la grace que l'acquérir, et qu'en quelque état que nous soyons elle nous prévient en tout.
Je ne sais donc à qui en veulent les luthériens, quand ils disent qu'il ne faut pas croire que « l'homme converti coopère au Saint- Esprit, comme deux chevaux concourent à trainer un chariot !; » car c'est là une vérité que personne ne leur dispute, puisque l'un de ces chevaux ne recoit pas de l'autre la force qu'il a : au lieu que nous convenons que l'homme coopérant n'a point de force que le Saint-Esprit ne lui donne; et qu'il n’y a rien de plus véritable que ce que disent les luthériens dans le méme endroit, que « lorsqu'on coopère à la grace, ce n'est point par ses propres forces naturelles, mais par ses forces nouvelles » qui nous sont données par le Saint- Esprit.
Ainsi pour peu qu'on s'entende, ie ne vois plus entre nous aucune ombre de difficulté. Si lorsque les luthériens enseignent que notre volonté n'agit pas au commencement de la conversion, ils veulent dire seulement que Dieu excite en nous de bons mouvemens qui se font en nous sans nous-mémes, la chose est incontestable, et c'est ce qu'on appelle la grace excitante, S'ils veulent dire que la volonté, lorsqu'elle consent à la grace et qu'elle commence par ce moyen à se converlir, n'agit pas de ses propres forces naturelles, c'est encore un point avoué par les catholiques. S'ils veulent dire qu'elle n'agit point du tout, et qu'elle est purement passive, ils ne s'entendent pas eux- mémes ; et contre leurs propres principes, ils éteignent toute action et toute coopération, non-seulement dans le commencement de la conversion, mais encore dans toute la suite de la vie chrétienne.
La seconde chose qu'enseignent les luthériens sur la coopéra-
1 Conc., p. 615.