‹ Œuvres complètes de Bossuet (volume 4)Chapitre 193 sur 387 · LIVRE VIII, N. LIII · texte numérisé non relu

LIVRE VIII, N. LIII

tion de la volonté est encore bim d'étre remarquée, parce qu'elle nous découvre clairement dans quel abime on se jette quand on abandonne la règle.

Le livre dela Concorde tâche d'éclaircir l'objection suivante des libertins, faite sur le fondement de la doctrine luthérienne : « S'il est vrai, disent-ils, comme on l'enseigne parmi vous, que la volonté de T homme n'ait point de part à la conversion di pécheurs, et que le Saint-Esprit seul y fasse tout, je n'ai que faire ni de lire ni d'entendre la prédication, ni de fréquenter les sacremens , et j'attendrai que le Saint-Esprit m'envoie ses dons !. »

Cette même doctrine jetoit les fidèles dans d'étranges perplexités : car comme on leur apprenoit que d'abord que le Saint-Esprit agissoit en eux , il les tournoit tellement lui seul qu'ils n'avoient rien du tout à faire : tous ceux qui ne sentoient point en euxmêmes cette foi ardente, mais seulement des misères et des foiblesses, tomboient dans ces tristes pensées et dans ce doute dangereux, s'ils étoient du nombre des élus, et si Dieu leur vouloit donner son Saint-Esprit.

Pour satisfaire à ces doutes et des libertins et des chrétiens infirmes qui différoient leur conversion, il n'y avoit point à leur dire qu'ils résistoient au Saint-Esprit dont la grace les sollicitoit au dedans de se rendre à lui, puisqu'on leur disoit au contraire que dans cés premiers momens où il s'agissoit de convertir un pécheur, le Saint-Esprit faisoit tout lui seul, et que l'homme n'agissoit non plus qu'une souche.

Ils prennent donc un autre moyen de faire entendre aux pécheurs qu'il ne tient qu'à eux de se convertir; et ils avancent ces propositions ?.

En premier lieu : « Que Dieu veut que tous les hommes se convertissent, et parviennent au salut éternel. »

En second lieu : « Que pour cela il a ordonné que l'Evangile fût annoncé publiquement. »

En troisième lieu : «Que la prédication est le moyen par lequel Dieu assemble dans le “as humain une Eglise dont la durée n’a point de fin. »

1 Conc., p. 669, — ? P. 669 et seq.

des libertins, et difficulté des infirmes sur la coopération.

La résolulion des

luthériens par huit proposi-

lions. Les quatre premiéres, qui conlien-

nent les

principes généraux.

En quatrième lieu : « Que précher et écouter l'Evangile sont les instrumens du Saint-Esprit, par lesquels il agit efficacement en nous et nous convertit. »

LN. Aprés qu'ils ont posé ces quatre propositions générales tou- Qe moe. chant l'efficace de la prédication, ils en font l'application à la conwe» version du pécheur par quatre autres propositions plus particu- PR lières ‘. Ils disent donc :

En cinquième lieu : « Qu'avant même que l'homme soit régé-

. néré, il peut lire ou écouter l'Evangile au dehors; et que dans ces choses extérieures il a en quelque facon son libre arbitre pour assister aux assemblées de l'Eglise, et y écouter ou n'écouter pas la parole de Dieu. »

En sixième lieu ils ajoutent : « Que par cette prédication , ei par l'attention qu'on y donne, Dieu amollit les cœurs ; qu'il s'y allume une petite étincelle de foi, par laquelle on embrasse les promesses de Jésus-Christ; et que le Saint-Esprit, qui opère ces bons sentimens, est envoyé dans les cœurs par ce moyen. »

En septième lieu ils remarquent : « Qu'encore qu'il soit véritable que ni le prédicateur, ni l'auditeur ne puissent rien par eux-mémes, et qu'il faille que le Saint-Esprit agisse en nous, afin que nous puissions croire à la parole : ni le prédicateur, ni l'auditeur ne doivent avoir aucun doute que le Saint-Esprit ne soit présent par sa grace, lorsque la parole est annoncée en sa pureté selon le commandement de Dieu, et que les hommes l'écoutent et la méditent sérieusement. »

Enfin ils posent en huitieme lieu : « Qu'à la vérité cette présence et ces dons du Saint-Esprit ne se font pas toujours sentir ; mais qu'il n'en faut pas moins tenir pour certain que la parole écoutée est l'organe du Saint-Esprit, par lequel il déploie son efficace dans les cœurs. »

LY. . Par là donc la difficulté, selon eux, demeure entièrement réso-

La résolu-

ion ds lue tant du côté des libertins que du côté des chrétiens infirmes.

luthériens,

fondée sur Du côté des libertins, parce que par les r'*, n*, nr, 1v*, v*, vr,

les huit

propos et vi* propositions, la prédication attentivement écoutée opere la p P

lions pré-

cédentes, grace. Or par la cinquième il est établi que l'homme est libre à 1 Conc., p. 669 et seq.

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