‹ Œuvres complètes de Bossuet (volume 4)Chapitre 194 sur 387 · LIVRE VIII, N. LVI, LVII · texte numérisé non relu

LIVRE VIII, N. LVI, LVII

écouter la prédication : il est done libre à se donner à lui-même ss purece par où la grace lui est donnée, et par là les libertins sont pisces contens. |l

Et pour les chrétiens infirmes, qui , encore qu'ils soient attentifs à la prédication, ne savent s'ils ont la grace, à cause qu'ils ne la sentent pas : on remédie à leur doute par la huitième proposition, qui leur enseigne qu'il n'est pas permis de douter que la grace du Saint-Esprit, quoiqu'on ne la sente pas, n'accompagne l'attention à la parole : de sorte qu'il ne reste plus aucune difficulté selon les principes des luthériens ; et ni le libertin , ni le chrétien infirme n'ont à se plaindre, puisqu'enfin pour la conversion tout dépend de l'attention à la parole, qui elle-méme dépend du libre arbitre.

Et afin qu'on ne doute pas de quelle attention ils parlent, je zwi. remarque qu'ils parlent de l'attention en tant qu’elle précède la domi pta grace du Saint-Esprit : ils parlent de l'attention, où « par son libre às ame arbitre on peut écouter, ou n'écouter pas! : » ils parlent del'at- ^. tention par laquelle on « écoute l'Evangile au dehors, » par laquelle on assiste « aux assemblées de l'Eglise » où la vertu du Saint- Esprit se developpe, par laquelle on préte l'oreille attentive à la parole, qui est son organe. C'est à cette attention libre que les luthériens attachent la grace; et ils sont excessifs en tout, puisqu'ils veulent d'un cóté que, lorsquele Saint-Esprit commence à nous émouvoir, nous n'agissions point du tout; et de l'autre, que cette opération du Saint-Esprit qui nous convertit sans aucune coopération de notre côté, soit attirée nécessairement par un acte de nos volontés où le Saint-Esprit n'a point de part, et où notre liberté agit purement par ses forces naturelles.

C’est la doctrine commune des luthériens, et le plus savant de | vii.

Semi-péla-

tous ceux qui ont écrit de nos jours l'a expliquée par cette compa- gianisme j es luthé-

raison. Il suppose que tous les hommes sont abîmés dans un lac E xemple

profond, sur la surface duquel Dieu fait nager une huile salutaire proposé qui délivrera par sa seule force tous ces malheureux, pourvu yrs qu'ils veuillent se servir des forces naturelles qui leur sont laissées pour s'approcher de cette huile et en avaler quelques gouttes ?. 1 Conc., p. 671. — ? Calixt., Judic., n. 32-34. TOM. XIV. 23

Cette huile, c'est la parole annoncée par les prédicateurs. Les hommes peuvent d'eux-mémes s'y rendre attentifs : mais aussitôt qu'ils s'approchent par leurs propres forces pour l'écouter, d'elleméme, sans qu'ils s'en mélent davantage, elle répand dans leurs cœurs une vertu qui les guérit.

Ainsi tous les vains scrupules par où les luthériens , sous prétexte d'honorer Dieu, détruisent premièrement le libre arbitre, et craignent du moins dans la suite de lui donner trop, aboutissent enfin à lui donner tant de force, que tout soit attaché à son action et à son exercice le plus naturel. Ainsi on marche sans règle, quand on abandonne la règle de la tradition : on croit éviter l'erreur des pélagiens; on y revient par un autre endroit, et le circuit qu'on fait ramène au demi-pélagianisme.

Ce demi-pélagianisme des luthériens se répand aussi peu à peu dans le calvinisme, par l'inclination qu'on y a de s'unir aux luthériens ; et déjà on commence à dire en leur faveur que le demi-

às luthé- pélagianisme ne damne pas !, c'est-à-dire qu'on peut innocem-

ment attribuer à son libre arbitre le commencement de son salut.

Je trouve encore une chose dans le livre de la Concorde qui pourroit causer beaucoup d'embarras dans la doctrine luthérienne, si elle n'étoit bien entendue. On y dit que les fideles, au milieu de leurs foiblesses et de leurs combats, « ne doivent nullement douter ni de la justice qui leur est imputée par la foi, ni de leur salut éternel ?. » Par où il pourroit sembler que les luthériens admettent la certitude du salut, aussi bien que les calvinistes. Mais ce seroit ici dans leur doctrine une contradiction trop visible, puisque pour croire dans chaque fidèle la certitude du salut, comme la croient les calvinistes , il faudroit aussi croire avec eux l'inamissibilité de la justice , que la doctrine luthérienne rejette expressément, comme on a vu.

Pour concilier cette contrariété, les docteurs luthériens répondent deux choses : l'une, que par le doute du salut qu'ils excluent de lame fidèle, ils n'entendent que l'anxiété, l'agitation et le trouble, que nous en excluons aussi bien qu'eux ; l’autre, que la certitude qu'ils admettent du salut dans tous les justes, n'est pas

1 Jur., Syst. de l'Egl., liv. Il, chap. 111, p. 249, 253. — 2 Conc., p. 585.

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