‹ Œuvres complètes de Bossuet (volume 4)Chapitre 197 sur 387 · LIVRE IX, N. II-V · texte numérisé non relu

LIVRE IX, N. II-V

Pour la justification, Calvin s’attacha autant pour le moins que

Luther à la justice imputative , comme au fondement commun

. de toute la nouvelle Réforme, et il enrichit cette doctrine de trois articles importans.

Premièrement, cette certitude que Luther reconnoissoit seulement pour la justification, fut étendue par Calvin jusqu'au salut éternel; c'est-à-dire qu'au lieu que Luther vouloit seulement que le fidéle se tint assuré d'une certitude infaillible qu'il étoit justifié, Calvin voulut qu'il tint pour certaine avec sa justification sa prédestination éternelle ! : de sorte qu'un parfait calviniste ne peut non plus douter de son salut qu'un parfait luthérien de sa justification.

De cette sorte, si un calviniste faisoit sa particulière confession de foi, il y mettroit cet article : « Je suis asseüré de mon salut. » Un d'eux l'a fait. Nous avons dans le Recueil de Genève la Confession de foi du prince Fridéric III, comte Palatin et électeur de l'Empire. Ce prince en expliquant son Credo, aprés avoir dit comme il croit au Père, au Fils et au Saint-Esprit, quand il vient à exposer comme il croit l'Eglise catholique, dit « qu'il croit que Dieu ne cesse de la recueillir de tout le genre humain par sa parole et son Saint-Esprit, et qu'il croit qu'il en est et sera éternellement un membre vivant. » Il ajoute qu'il croit que « Dieu apaisé par la satisfaction de Jésus-Christ, ne se souviendra d'aucun de ses péchez, ni de toute la malice avec laquelle jauray, dit-il, à combattre toute ma vie; mais qu'il me veut donner gratuitement la justice de Jésus-Christ, en-sorte que je nay point à appréhender les jugemens de Dieu. Enfin je scay trés-certainement, poursuit-il, que je seray sauvé, et que je comparoistray avec un visage gay devant le tribunal de Jésus- Christ ?. » Voilà un bon calviniste , et voilà les vrais sentimens qu'inspire la doctrine de Calvin, que ce prince avoit embrassée.

De là s'ensuivoit un second dogme, c'est qu'au lieu que Luther demeuroit d'accord que le fidèle justifié pouvoit déchoir de la grace, ainsi que nous l'avons vu dans la Confession d? Augsbourg,

1 Instit., lib, IN, 2, n. 16 et 24, cap. Antid, Conc. Trid., in sess. VI, cap. XIII, XIV; Opusc., p. 185. — ? Synt. Gen., Ile part., p. 149, 156.

prineipaux de la Réforme.

Calvin raffine sur l'un et surl'autre.

Trois choses que Calvin ajoute à la justice imputative, et premièrement la certitude du salut.

Mémorable confession de foi de l'électeur palatin Fridé-

ric III.

Second dogme

ajouté par Calvin à la

jusice im Calvin soutient au contraire que la grace une fois reçue ne se

putative :

quelle x peut plus perdre : ainsi qui est justifié et qui recoit une fois le

se peut

imis Saint-Esprit, est justifié et reçoit le Saint-Esprit pour toujours.

perdre.

C'est pourquoi le Palatin mettoit tout à l'heure parmi les articles

de sa foi, « qu'il estoit(a) membre vivant et perpétuel de l'Eglise. »

C'est ce dogme, qui est appelé l'inamissibilité de la justice , c'est-

à-dire le dogme où l'on croit que la justice une fois reçue ne se

peut plus perdre. Ce mot est si fort recu dans cette matière,

qu'il faut s'y accoutumer comme à un terme consacré qui abrége de le discours.

Troisième Il Y eut encore un troisième dogme que Calvin établit comme

dogme de

c»: une suite de la justice imputée : c'est que le baptéme ne pouvoit que le bap-

éme ne pas être nécessaire à salut, comme le disent les luthériens.

pas néces-

sima — Calvin erut que les luthériens ne pouvoient rejeter ces dogmes

salut.

vi. Sans renverser leurs propres principes. Ils veulent que le fidèle

Raisons de . 7 » . : 3 m t Cw» &. Soit absolument assuré de sa justification dès qu'il la demandé,

rées des

Pinips et qu'il se confie en la bonté divine, parce que , selon eux, ni de Luther,

et preme. l'invocation ni la confiance ne peuvent souffrir le moindre doute.

tsur » : - “acer. Or l'invocation et la confiance ne regardent pas moins le salut lude d . A . z ec t 1 aw. que la justification et la rémission des péchés ; car nous deman-

dons notre salut et nous espérons l’obtenir, autant que nous demandons la rémission des péchés et que nous espérons l'obtenir :

nous sommes donc autant assurés de l’un que de l’autre. vin. Que si on croit que le salut ne nous peut manquer, on doit ssa croire en même temps que la grace ne se peut perdre, et rejeter

de la jus- &e. ^ Jes luthériens qui enseignent le contraire.

ES Et si nous sommes justifiés par la seule foi, le baptéme n'est

ontre la

nécessité nécessaire ni en effet, ni en vœu. C'est pourquoi Calvin ne veut ap-

me. pas qu'il opere en nous la rémission des péchés, ni l'infusion de la grace ; mais seulement qu'il en soit le sceau, et la marque que nous l'avons obtenue.

X. Il est certain qu'en disant ces choses, il falloit dire en méme

Suile de la

doctrine temps que les petits enfans étoient en grace indépendamment du de Calvin:

quelesen- baptéme. Aussi Calvin ne fit-il point de difficulté de l'avouer.

fans des

Wis Cest ce qui lui fit inventer que les enfans des fidèles naissoient (a) 4re édit, : Que lui palatin étoit.

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