LIVRE IX, N. XI-XV
dans l’alliance, c'est-à-dire dans la sainteté que le baptême ne naissent
dans la
faisoit que sceller en eux : dogme inouï dans l'Eglise, mais néces- grace. saire à Calvin pour soutenir ses principes.
Le fondement de cette doctrine étoit, selon lui, dans cette pro- — xr
P messe faite à Abraham : « Je seray ton Dieu et de ta postérité dont Calvin appuie
après toy !. » Calvin soutenoit que la nouvelle alliance non moins cenouveau
efficace que l'ancienne, devoit par cette raison passer comme elle E de père en fils, et se transmettre par la méme voie : d’où il concluoit que « la substance du baptéme, » c'est-à-dire la grace et l'alliance, «appartenant aux petits enfans, on ne leur en pouvoit refuser le signe , » c'est-à-dire le sacrement de baptéme : doctrine selon lui si assurée, qu'il l'inséra dans le Catéchisme dans les mémes termes que nous venons de rapporter ?, et en termes aussi forts dans « la forme d'administrer le baptéme. »
Quand je regarde Calvin comme l'auteur de ces trois dogmes, — xr.
x . 5s . . * 3 Pourquoi
je ne veux pas dire qu'il soit absolument le premier qui les ait Calvin est . n . 5 regardé enseignés ; car les anabaptistes et d'autres encore les avoient comme ES . ONE . «1 l'auteur déjà soutenus, ou en tout, ou en partie : mais Je veux dire qu'il des trois dogmes
leur a donné un nouveau tour, et a fait voir mieux que personne précédens. le rapport qu'ils ont avec la justice imputée. E Je crois pour moi qu'en ces trois articles Calvin raisonnoit plus Calvin, po-
Sé ces
conséquemment que Luther : mais il s'engageoit aussi à de plus principes grands inconvéniens, comme il arrive nécessairement à ceux qui mieux que
raisonnent sur de faux principes. mais Si c’étoit un inconvénient dans la doctrine de Luther, qu'on fût eio. assuré de sa justification, c'en étoit un bien plus grand , et qui E
'exposoit la foiblesse humaine à une tentation bien plus dange- certitude u salut.
reuse, qu'on fût assuré de son selut.
D'ailleurs, en disant que le Saint- Esprit et la justice ne se pou- xv.
Inconvévoient perdre non plus que la foi, on obligeoit le fidèle une fois icu de . An! , . . . x . n l'inamisjustifié et persuadé de sa justification , à croire que nul crime ne sibilité
seroit capable dele faire déchoir de cette grace. incus En effet, Calvin soutenoit « qu'en perdant la crainte de Dieu on ne perdoit pas la foy qui nous justifie ?. » Il se servoit à la vérité
1 Instit., 1v, xv, n. 22; xvi, 3, ete., 9, etc.; Gen., xvir, T. — ? Dim., L. — 3 Antid. Conc. Trid., in sess. VI, cap. XV1 ; Opusc., p. 288.
de termes étranges; car il disoit que la foi « estoit accablée, ensevelie, suffoquée ; qu'on en perdoit la possession, c’est-à-dire le sentiment et la connoissance , » mais il ajoutoit qu'avee tout cela « elle n'estoit pas éteinte. »
Il faut trop de subtilité pour concilier ensemble toutes ces paroles de Calvin : mais c'est que comme il vouloit soutenir son dogme, il vouloit aussi donner quelque chose à l'horreur qu'on a de reconnoitre la foi justifiante dans une ame qui a perdu « la crainte de Dieu » et qui est tombée dans les plus grands crimes.
XVI. Mais si on joint à ces dogmes celui qui enseigne que les enfans
Inconvé-
niens dea des fidèles apportent au monde la grace en naissant , dans quelle
doctrine
qui tit horreur tombe-t-on, puisqu'il faut nécessairement avouer que
naitre en
grace les toute la postérité d'un fidèle est prédestinée !
"U" La démonstration en est aisée selon les principes de Calvin. Qui naît d'un fidèle naît dans l'alliance, et par conséquent dans la grace : qui a une fois la grace n'en peut plus déchoir : si nonseulement on l'a pour soi-même, mais encore qu'on la transmette nécessairement à ses descendans, voilà donc la grace étendue à des générations infinies. S'il y a un seul fidéle dans toute une race, la descendance de ce fidèle est toute prédestinée. Si on y trouve un seul homme qui meure dansle crime, tous ses ancêtres sont damnés.
FU ^ Au reste les suites horribles de la doctrine de Calvin ne cone. damnent pas moins les luthériens que les calvinistes; et si les orne derniers sont inexcusables de se jeter dans de si étranges inconvé- Bis Que niens, les autres n'ont pas moins de tort d'avoir posé des principés rue d'ou suivent si clairement de telles conséquences.
meme. —— Mais encore que les calvinistes aient embrassé ces trois dogmes XVIII. , LS sent comme un fondement de la Réforme, le respect des luthériens a d se . t3 5 . " 3 wowent fait, si je ne me trompe, que dans les confessions de foi des églises dans les
«ns. Calviniennes on a plutôt insinué qu'expressément établi les deux tt premiers dogmes, c'est-à-dire la certitude de la prédestination et l'inamissibilité de la justice *. Ce n'est proprement qu'au synode de Dordrect qu'on en a fait authentiquement la déclaration : nous la verrons en son lieu. Pour le dogme qui reconnoit dans les
1 Confess. de Fr., art, 18-22 ; Catéch. Dim., 18, 19, 36.