‹ Œuvres complètes de Bossuet (volume 4)Chapitre 199 sur 387 · LIVRE IX, N. XIX-XXII · texte numérisé non relu

LIVRE IX, N. XIX-XXII

enfans des fidèles la grace inséparable d'avec leur naissance, nous le trouvons dans le Catéchisme dont nous avons rapporté les termes, et dans la forme d'administrer le baptéme !,

Je ne veux pas assurer pourtant que Calvin et les calvinistes soient bien constans dans ce dernier dogme. Car encore qu'ils disent d'un côté que les enfans des fidèles naissent dans l'alliance, et que le sceau de la grace qui est le baptéme ne leur est dû quà cause que la chose méme, c'est-à-dire la grace et la régénération leur est acquise par le bonheur qu'ils ont d’être nés de parens fidéles : il paroit en d'autres endroits qu'ils ne veulent pas que les enfans des fidéles soient toujours régénérés quand ils recoivent le baptéme, pour deux raisons : la premiere, parce que selon leurs maximes le sceau du baptéme n'a pas son effet à l'égard de tous ceux qui le recoivent, mais seulement à l'égard des prédestinés. La seconde, parce que le sceau du baptéme'n'a pas toujours son effet présent, même à l'égard des prédestinés , puisque tel qui est baptisé dans son enfance n'est régénéré que dans sa vieillesse.

Ces deux dogmes sont enseignés par Calvin en plusieurs endroits, mais principalement dans l'aecord qu'il fit en 1554 de l'église de Genève avec celle de Zurich. Cet accord contient la doctrine de ces deux églises; et étant recu de l'une et de l'autre, il a toute l'autorité d'une confession de foi; de sorte que les deux dogmes que je viens de rapporter y étant expressément enseignés, on les peut compter parmi les articles de foi de l'église calvinienne ?.

Il paroit done que cette église enseigne deux choses contradictoires. La première, que les enfans des fidèles naissent certainement dans l'alliance et dans la grace, ce qui oblige nécessairement à leur donner le baptème; la seconde, qu'il n'est pas certain qu'ils naissent dans l'alliance ni dans la grace, puisque personne ne sait ' s’ils sont du nombre des prédestinés.

C'est encore un grand inconvénient de dire d'un cóté que le baptéme soit par lui-méme un signe certain de la grace, et de

1 Catéch. Dim., 50 ; Form. du Bap., 5, n. 11.— ? Conf. Tigur. et Genev., art. 1T, 20; Opusc, Calv., p. 154; Hosp., an. 1554.

Deux dogmes des calvinistes sur les enfans , peu convenablesàleurs principes.

Accord avec ceux de Genève.

Contradiclion dans la doctrine des calvinistes.

Autre contradiclion.

l’autre que plusieurs de ceux qui le reçoivent sans apporter de leur part aucun obstacle à la grace qu'il leur présente, comme sont les petits enfans, n'en recoivent pourtant aucun effet. Mais en laissant aux calvinistes le soin de concilier leurs dogmes, je

me contente de rapporter ce que je trouve dans leurs eonfessions de foi.

xxm. — Jusqu'iei Calvin s'est élevé au-dessus des luthériens, en tombe "5. bant aussi plus bas qu'ils n'avoient fait. Sur le point de l'Eucha- "owe ristie il s'éleva, non-seulement au-dessus d'eux, mais encore Flore, au-dessus des zuingliens; et par une même sentence il donna le qui es

celui de tort aux deux partis qui divisoient depuis si longtemps toute la

l'Eucha-

nsüe. nouvelle Réforme.

xxv. Il y avoit quinze ans qu'ils disputoient sur le point de la pré-

Gun, sence réelle , Sans jamais avoir pu convenir, quoi qu'on eüt pu pue que faire pour les mettre d'accord, lorsque Calvin ! encore assez jeune que décida qu'ils ne s'étoient point entendus, et que les chefs des deux le luthé- partis avoient tort: Luther, pour avoir trop pressé la présence suiagleus corporelle; Zuingle et OEcolampade, pour n'avoir pas assez expev primé que la chose méme, c'est-à-dire le corps et le sang étoient

point en-

tmd. joints aux signes, parce qu'il falloit reconnoitre une certaine présence de Jésus-Christ dans la Cène, qu'ils n'avoient pas bien comprise.

XXY. Cet ouvrage de Calvin fut imprimé en francois l'an 1540, et

Calvin, . . . , ^ RR ftx 1 aéjiconnu depuis traduit en latin par l'auteur méme. Il s'étoit déjà donné un Li». grand nom par son Institution qu'il publia la première fois en lion, se . er NETT fit ru. 1334, et dont il faisoit souvent de nouvelles éditions avec des der par son ep EU * a

Traié de additions considérables, ayant une extréme peine à se contenter la Cène.

5. lui-même, comme il le dit dans ses préfaces. Mais on tourna encore 1524. . E .

plus les yeux sur lui, quand on vit un assez jeune homme entreprendre de condamner les chefs des deux partis de la Réforme,

et tout le monde fut attentif à ce qu'il apporteroit de nouveau. Dim Cest en effet un des points des plus mémorables de la nouvelle Arme Réforme; et il mérite d'autant plus d'être considéré, que les calewe vinistes d'à présent semblent l'avoir oublié, quoiqu'il fasse une mri. partie des plus essentielles de leur confession de foi. siens,

1 Tract. de Cond Domini, Opusc., p. 1.

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