LIVRE IX, N. XXVII-XXXI
'Si Calvin n'avoit fait que dire que les signes ne sont pas vides xxvu.
dans l'Eucharistie, ou que l'union que nous y avons avec Jésus- ‘sem. Christ est effective et réelle, et non pas imaginaire, ce ne seroit qun rien : nous avons vu que Zuingle et OEcolampade, dont Calvin Hos diis n'étoit pas tout à fait content, en avoient bien dit autant dans E leurs écrits.
Les graces que nous recevons par l'Eucharistie et les mérites de Jésus-Christ qui nous y sont appliqués, suffisent pour nous faire entendre que les signes ne sont pas vides dans ce sacrement; et personne n'a jamais nié que ce fruit que. nous en tirons ne füt très-réel.
La difficulté étoit donc, non pas à nous faire voir que la grace xxv. unie au sacrement en faisoit un signe efficace et plein de vertu, un signe mais à montrer comment le corps et le sang nous étoient effecti- i. vement communiqués : car c'est ce que ce saint sacrement avoit de particulier, et ce que tous les chrétiens avoient accoutumé d'y rechercher en vertu des paroles de l'institution.
De dire qu'on y recüt avec la figure la vertu et le mérite de xxx. Jésus-Christ par la foi, Zuingle et OEcolampade l'avoient tant dit, pes que Calvin n'eüt eu rien à désirer dans leur doctrine, s’il n'eàt uas voulu quelque chose de plus. re
Bucer, qu'il reconnoissoit en quelque facon pour son maître, xxx. en confessant, comme il l'avoit fait dans l’accord de Vitenberg, iioc d une présence substantielle qui füt commune à tous les commu- ORE nians dignes et indignes, établissoit par là une présence réelle ile indépendante de la foi; et il avoit tàché de remplir l'idée de réalité : Ha que les paroles de Notre-Seigneur portent naturellement dans les vilnberg esprits. Mais Calvin croyoit qu'il en disoit trop; et encore qu'il trouvât bon qu'on alléguât aux luthériens les articles de Vitenberg, pour montrer que la querelle de l'Eucharistie étoit finie par ces articles *, il ne s'en tenoit pas dans son cœur à cette décision. Ainsi il prit quelque chose de Bucer et de cet accord qu'il ajusta à sa mode, et tâcha de faire un système tout particulier.
Pour entendre le fond, il faut remettre en peu de paroles l'état xxr.
Etat de la 1 Ep. ad illust. Princ. Germ., p. 324.
question
remis.
Sentiment des catholiques sur ces paroles « Ceci est
de la question, et ne pas craindre de répéter quelque chose de ce que nous avons déjà dit sur cette matière.
Il s’agissoit du sens de ces paroles : « Ceci est mon corps, ceci est mon sang. »
Les catholiques prétendoient que le dessein de Notre-Seigneur étoit de nous y donner à manger son corps et son sang, comme on donnoit aux anciens la chair des victimes immolées pour eux.
Comme cette mandueation étoit un signe aux anciens que la victime étoit à eux, et qu'ils participoient au sacrifice : ainsi le corps et le sang de Jésus-Christ immolé pour nous, nous étant donnés pour les prendre par la bouche avec le sacrement, ce nous étoit un signe qu'ils étoient à nous, et que c'étoit pour nous que le Fils de Dieu en avoit fait à la croix le sacrifice.
Afin que ce gage de l'amour de Jésus-Christ füt efficace et certain, il falloit que nous eussions, non point seulement les mérites, l'esprit et la vertu, mais encore la propre substance de la victime immolée, et qu'elle nous füt donnée aussi véritablement à manger que la chair des victimes avoit été donnée à l’ancien peuple.
C’est ainsi qu'on entendoit ces paroles: « Ceci est mon corps livré pour vous; ceci est mon sang répandu pour vous ! : » C'est aussi véritablement mon corps, qu'il est vrai que ce corps a été livré pour vous, et aussi véritablement mon sang, qu'il est vrai que ce sang a été répandu pour vous.
Par la méme raison, on entendoit que la substance de cette chair et de ce sang ne nous étoit donnée qu'en l'Eucharistie , puisque Jésus-Christ n'avoit dit que là : « Ceci est mon corps, ceci est mon sang. »
Nous recevons donc Jésus-Christ en plusieurs manières dans tout le cours de notre vie par sa grace, par ses lumières, par son Saint-Esprit, par sa vertu toute-puissante; mais cette manière singuliere de le recevoir en la propre et véritable substance de son corps et de son sang, étoit particulière à l'Eucharistie.
Ainsi l'Eucharistie étoit regardée comme un miracle nouveau, qui nous confirmoit tous les autres que Dieu avoit faits pour notre salut. Un corps humain tout entier donné en tant de lieux, à tant
1 Matth., xxvi, 26, 28; Luc., xxir, 19-20; I Cor., XI, 24.