IV REMARQUES HISTORIQUES
Aussi le voyons-nous bientôt combattant les dogmes les plus fondamentaux : l'autorité judiciaire de l'Eglise, car si elle a le pouvoir d'infliger des peines, elle a pareillement celui de les remettre par des indulgences; le mérite des bonnes œuvres, par la raison que si le chrétien peut mériter pour lui-même, il peut dans une société de frères mériter aussi pour les. autres; la liberté morale, puisque si l'homme agit librement, il mérite en agissant bien; la communion des Saints, vu que si les habitans: du ciel ne forment avec les habitans de la terre qu'une grande famille,. la dispensatrice des graces peut employer les trésors surabondans des uns pour payer à la justice divine les dettes des autres; enfin l'existence et l'infaillibilité du corps enseignant, parce qu'il proposoit à la croyance des fidèles la communion des Saints, la liberté morale, le mérite des bonnes ceuvres, l'autorité judiciaire de l'Eglise, et par une conséquence nécessaire les indulgences. Ainsi l'auteur de la Réforme construisit son évangile de pièces et de dogmes rapportés. Et ce n'est pas tout : larchitecte n'avoit-pas encore achevé son échafaudage ,. que des manœuvres en sous-ordre le renversèrent de fond en comble. Admettant le sens littéral des paroles eucharistiques, Luther enseignoit à Vittenberg la présence réelle; Zwingle attaqua ce dogme à Zurich , en soutenant le sens figuré. A Genéve , aprés avoir longtemps flatté les deux partis par des expressions vagues et des phrases équivoques, lorsqu'il n'eut plus à redouter les foudres du moine saxon,. Calvin nia pareillement la présence sur la terre de « celui qui fait ses. délices d’être avec les enfans des hommes !. » Quant à l'apótre d'Outre- Manche, il se fit pape pour piller l'Eglise plutôt que pour la réformer, pour pratiquer la luxure plus que pour dogmatiser; mais l'Eglise anglicane ne s’est pas moins signalée par linconstance et la mobilité dans ses principes : catholique dans sa forme extérieure sous Henri VIII, elle se fit calviniste par la nudité de son “culte sous Edouard VI; elle se rapprocha du catholicisme en ramenant la pompe dans ses temples. sous Elisabeth, et devint zwinglienne par la doctrine sous Charles If. L'espace ne nous permet pas de parler des mille sectes qui déchirent le Royaume-Uni; et si l'anglicanisme même semble avoir fixé ses: fluctuations dans la foi, c'est que d'une part il n'a plus de eroyance religieuse, et que de l'autre la loi temporelle en a fait une institution purement politique.
Mais les symboles sont l'expression officielle des doctrines, la forme authentique de la foi; c'est là principalement, c’est dans les documens. publies reconnus par les églises que Bossuet recherche les variations des novateurs. Il passe en revue les confessions de foi qui divisent les. grandes fractions de la Réforme : nous ne pouvons le suivre que rapi-
1 Prov., vim, 31.