‹ Œuvres complètes de Bossuet (volume 4)Chapitre 3 sur 387 · REMARQUES HISTORIQUES. Y · texte numérisé non relu

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dement sur ce terrain. Les protestans présentèrent à la diète d'Augsbourg, en 1530, trois confessions de foi. La première par l'autorité , celle qu'affectent de respecter ceux-là mêmes qui la rejettent, la Confession d'Augsbourg enseigne la présence réelle dans les termes les plus formels etles plus positifs; mais la deuxième, dressée par Zwingle au nom des Suisses, la Confession Helvétique n'admet que la présence figurée, faisant un simple signe du plus divin de nos mystères. La troisiéme, appelée Confession des quatre villes , vint se placer pour ainsi dire entre les précédentes; rédigée par Bucer, habile artisan d'équivoques et de phrases trompeuses, elle sembloit enseigner et la présence réelle et la présence figurée; si bien que les luthériens et les zwingliens, trouvant dans ce symbole ce qui n'y étoit pas, le mirent chacun de leur côté. C'est Mélanchthon qui avoit composé la Confession d'Augsbourg; mais ce premier essai d'autorité dogmatique ne satisfit pas son zèle; il écrivit une nouvelle formule de foi, la Confession Saxonique. A Augsbourg, non-seulement il enseignoit la présence réelle, comme on l'a vu tout à l'heure, mais il proclamoit le Serf arbitre de Luther et faisoit de l'homme une pure machine sous la main de Dieu; en Saxe , il enveloppa le dogme eucharistique dans un long tissu de paroles inextricables , et il porta le libre arbitre jusqu'au semi-pélagianisme, en attribuant à la nature déchue le commencement des ceuvres surnaturelles. Le plus honnéte des protestans, comme on se plait à qualifier Mélanchthon, fit plus encore : il alla pendant toute sa vie modifiant, changeant fondamentalement, dans quatre éditions successives, la Confession d'Augsbourg qui avoit recu la sanction suprème et faisoit règle de foi dans son église. Les protestans s’assemblèrent à Naumbourg, en 1561, pour choisir entre ces quatre éditions : on ignore laquelle obtint leur préférence; mais on sait positivement qu'ils ne voulurent en désapprouver aucune, bien qu'elles fussent entre elles comme la lumière et les ténèbres, comme le oui et le non. Telles et cent fois plus nombreuses sont les variations des symboles qu'on vient de nommer; comment retracer dans quelques lignes celles de l'Apologie, du livre de la Concorde, des Articles de Smalcalde , ete.? Et pendant que les confessions de foi luthériennes se heurtoient les unes les autres, les confessions de foi calviniennes vinrent se jeter à la traverse, et ce fut une horrible mêlée de dogmes contradictoires. O profonde humiliation de l’orgueil! à juste punition de la révolte! des églises entières nous présentent comme la pure expression de la parole évangélique , comme la forme immuable de la vérité divine, quoi! des opinions divergentes, des illusions passagères, des réves qui se dissipent comme une légère vapeur. C'est dans l'Histoire des Variations qu'il faut voir ces apparitions fatastiques de mille erreurs éphémères. Au reste l'auteur n’a pas exploré, ni même nommé tous

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les symboles protestans; on en trouve le signalement et la doctrine dans la Symbolique de Mœhler.

Bossuet rattache au corps de l'ouvrage, avec un art infini, plusieurs faits accessoires qu'il trouve sur les confins du sujet. Ainsi dans les portraits qu'il nous donne des premiers docteurs de la Réforme, il peint la crédulité vulgaire de Mélanchthon; qui l'auroit cru ? ce cygne de l'évangélisme , l'esprit le plus noble et le plus élevé de l'aréopage luthérien, trembloit de frayeur à l'aspect des astres, aux révélations des devins, à la naissahce d'un veau à deux tétes, ou bien à l'enfantement d'une mule dont le petit avoit un pied de grue. Les prédicüons de Jurieu provoquent aussi les recherches de Bossuet et l'épreuve de sa redoutable critique; il fait voir comment ce docteur infaillible, inspiré par le Saint-Esprit comme tous ceux de la secte, applique à l'avenir des prophéties qui ont déjà recu leur réalisation dans le passé. Ailleurs, voulant montrer le protestantisme hors de la chaine de la tradition, pour lui óter jusqu'à l'honneur d'une ignoble descendance, il met en lumière l’origine si obscure des manichéens d'Occident, des albigeois et des vaudois, des vicléfites et des bohémiens. Enfin l'habile historien raconte comment les pères de la Réforme, tout en refusant à l'Eglise universelle le pouvoir de dispenser dans certains cas des lois qu'elle a portées pour régler l'union conjugale, accordèrent une dispense qui introduisoit le mariage turc parmi les chrétiens ; il montre par quelle làche forfaiture, pour ne pas perdre lappui d'un bras de chair, Luther, Mélanchthon, Bucer, Corvin et d'autres permirent au landgrave Philippe de Hesse d'avoir deux femmes à la fois. L'auteur appuie son récit sur les actes authentiques qui légitimèrent dans le bienheureux bercail évangélique la polygamie paienne. Comment connut-il ces documens officiels? On ne le voit pas dans son ouvrage : disons-le brièvement. Quand ils aecordérent. leur criminelle dispense , les pères de l’église réformée, rougissant de honte, prescrivirent au landgrave de garder le secret au fond de son ame, « sous le sceau de la confession. » Le silence et les ténèbres les protégèrent pendant la vie de ce prince; mais après sa mort, le sceau de la confession fut rompu , le mystère d'iniquité parut à la lumière du jour. Un des plus zélés défenseurs du protestantisme , l'éleeteur palatin Charles-Louis 'entretenoit publiquement, du vivant de sa femme, des relations seandaleuses avec une dame Egenfeld. Pour apaiser la désapprobation que soulevoit cet outrage à la morale chrétienne, il disoit qu'il lui étoit bien permis d'avoir une femme et une concubine, puisque les auteurs de sa religion avoient donné au landgrave de Hesse la permission d'avoir deux femmes en méme temps; mais comme son plaidoyer obtenoit peu de faveur, il chargea un de ses conseillers de plaider sa cause. Daphnæus Arcuarius , ou tout simple-

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ment Laurent Bceger soutint, dans un ouvrage volumineux, que plusieurs docteurs avoient permis la polygamie sous la nouvelle alliance ; et non content de nommer Luther, Mélanchthon et Bucer, il rapporta en latin et en allemand la consultation doctrinale et toutes les pièces qui concernoient le mariage du landgrave Philippe. L'électeur envoya son livre aux principales Cours de l'Europe, ainsi qu'à plusieurs savans; un magistrat de Strasbourg en recut un exemplaire , et le fit connoitre à Bossuet !. Quelque temps après, un descendant du fameux landgrave, le prince Ernest abjura le protestantisme pour rentrer dans le sein de l'Eglise; alors les documens qui seront la honte éternelle des réformateurs , sortirent pour la seconde fois des ténèbres avec tous les caractères de l'authenticité.

Comme nous l'avons déjà dit, l'Histoire des Variations vit le jour pour la première fois en 1688 ; ajoutons qu'elle fut éditée de nouveau l'année suivante, en 1689. Ces deux éditions, la première en 2 vol. in-4°, la seconde en ^ vol. in-12, parurent chez la veuve Cramoisy. Deux années plus tard, la seconde édition fut placée chez Guillaume Desprez imprimeur et libraire ordinaire du roi, avec un nouveau fronlispice portant la date de 1691. Vers la méme époque une magnifique édition fut faite en Hollande. — Francois Boutard, membre de l'Académie des inscriptions et belles-lettres, commença en 1688 une traduetion latine de l'ouvrage, et la termina en 1710 ; Bossuet revit avant sa mort la préface avec les deux premiers livres, et Clément XI en avoit agréé la dédicace ; mais ce travail n'a pas été publié. En récompense une version italienne parut à Padoue en 1733, 4 vol. in-12.

Dans la revue de plusieurs de ses ouvrages, à la suite du Sixième Avertissement aux protestans , Bossuet fait sur les deux éditions mentionnées tout à l'heure la remarque que voici : « On est obligé d'avertir que la plus grande partie des fautes de la première édition, qui est de 1688, ont été corrigées dans la seconde, en 1689, et depuis on y a eneore remarqué celles-ci... » Suit un long errata. Nous avons tenu rigoureusement compte des corrections que l'auteur indique dans cette note, et de celles qu'il a faites dans la seconde édition; bien plus, nous les avons signalées, comme variantes, au bas des pages ?.

1 Ce magistrat, M. d'Obrecth , étoit préteur royal, c'est-à-dire avocat général à Strasbourg. ll étoit venu à Germiguy recevoir l'enseignement du grand évéque, et fitson abjuration en 1684. Les détails donnés dans le texte ont été pris dans une lettre qu'il écrivit à Bossuet.

? Dans la premiere moitié du xvii? siècle, les éditeurs ont reproduit avec une fidélité remarquable l'Histoire des Variations; mais lorsque dom Déforis et ses collaborateurs eurent mis la main sur cet ouvrage, à commencer par leur édition revue et corrigée, comme on le pense bien, les inexactitudes et les altérations les plus grossières sont allées se multipliant dans toutes les réimpressions, Voici

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Bossuet cite souvent les péres et les docteurs de la Réforme. Quand leurs ouvrages ont été écrits primitivement ou traduits d'une manière officielle en francois, comme leurs témoignages font autorité dans l'exposition de la nouvelle doctrine, nous les avons reproduits dans la forme originale, d’après l'ancienne orthographe.

On sait que l'Histoire des Variations renferme les pièces relatives au

quelques unes des fautes que nous avons remarquées dans l'édition de Versailles,

Fautes dans les articles. — Caractère d'immutabilité ( Edit. de Vers., vol. XIX, p. 6, à la marge); pour : Caractère de l'immutabilité. — Le livre que les luthériens appellent la Concorde (Ibid., p. 12.) ; pour :... appellent Concorde. — On en voit autant ( de confessions de foi) sous le nom de l'Eglise d'Ecosse (p. 13); pour :... sous le nom des églises d'Ecosse. — Jusqu'à ce qu'il ait trouvé occasion de se déclarer ( p. 60); pour :.. l'occasion de..... — Les impertinens discours que les plus illustres de votre noblesse ont tenus (p. 385); pour:... que des plus illustres de votre noblesse..... — Aux approches de la mort ( p. 421); pour : Dans les approches de la mort. — En parlant du primat d'Afrique (p. 463); pour :... d'un primat d'Afrique.

Fautes dans les pronoms. — Constance par tous ces conciles,... étoit éloigné (p. 17); pour :... s'étoit éloigné. — Si on s'avisoit de les dédire ( p. 23); pour:... de les en dédire. —1l (saint Bernard) ne craignoit pas d'en avertir aussi les religieux (p. 30); pour :... ses religieux. — Ces désordres excitent la haine du peuple contre tout l'ordre ecclésiastique; et si on ne le corrige ( p. 31); pour:... si on ne les corrige. — Onétoitassuré que les péchés sont remis( p. 41); pour:... que ses péchés sont remis. — La propre substance de sa chair immolée pour nous (p. 79); pour :... dela chair... — Il se vante de l'avoit entre ses mains ( p. 318); pour :... entre les mains.

Faules dans les prépositions. — ^ quels termes elle (la dispute) est réduite (p. 20, à la marge); pour : En quels termes... — Le premier traité où Luther parut pour tout ce qu'il étoit (p. 78 ); pour :... parut tout ce qu'il étoit. — Ce fut en cette occasion ( p. 140); pour:... à cette occasion. — Autre erreur de la justification luthérienne ( p. 192, à la marge ); pour :... dans la justification luthérienne. — Dans le fond de son cœur ( p. 222); pour : Dans le fond du cœur. — Je ne sais quoi disoit au cœur de Mélanchthon (p. 312) ; pour :... disoit au cœur à Mélanchthon. — ... l'oblige à maltraiter sa première femme, ou même de se retirer de sa compagnie ( p. 325 ); pour :... à se retirer...

Fautes dans les temps des verbes, — Ce ne fut pas seulement les adversaires de Luther qui blàmoient son mariage ( p. 93); pour :... qui blamérent... — Ceux de Strasbourg entroient dans les mémes interprétations ; Bucer et Capiton devinrent (p. 114 ); pour:... entrérent... — Plus on désire les louanges, et plus on a de peine à voir transporter aux autres celles qu'on a cru avoir méritées (p. 119); pour :... celles qu'on croit avoir méritées. — 11 leur demandoit... avec quel front ils osoient dire que la chair de Jésus-Christ ne sert de rien ( p. 121 ); pour:... ne servit de rien. — N'est pas une substance qui contient (p. 124); pour :... qui contienne. — Nous accorderions au Pape ( p. 309); pour : Nous accordions, — C'est ce qui le fait soupirer (p. 221); pour:... le faisoit soupirer. — Ce qu'il y a de pis pour eux (p. 349); pour : Ce qu'il y avoit... — Ils se réduisoient ( p. 352); pour : Ils se réduisirent. — D'ou il concluoit... qu'on ne leur en peut refuser le signe ( p. 559); pour ;... qu'on ne pouvoit...

Fautes par changements de mots. — Un corps entier de la saine théologie ( p. 10); pour :... dela sainte théologie. — 1l ne pouvoit soutenir un jugement

REMARQUES HISTORIQUES. IX mariage du landgrave de Hesse. Une de ces pièces, l'instruction du landgrave à Bucer, a été mise en françois par l'abbé Leroi ; les deux autres, la consultation des réformateurs et l'acte de mariage, ont été traduites par Bossuet. Les précédens éditeurs ont donné toutes ces traductions ; nous avons rejeté celle de l'abbé Leroi, pour ne garder que celle de Bossuet.

inégal (p. 54); pour... souffrir un traitement inégal. — Evangéliste (p. 65); pour : Evangélique.— Il faut éprouver... les prophètes (p. 71) ; pour ;... les prophéties. — Les Péres, les Papes, les conciles,... à moins qu'ils ne tombent dans son sens, ne lui font rien (p. 73); pour :... ne lui sont rien. — C'est qu'il s'agit du Pape : à ce seul mot (p. 13); pour :... à ce seul nom. — L'Agneau est la pâque et le passage ( p. 116); pour :... est la pàque ou le passage. — Cette chose est toute particulière (p. 222); pour : Cette thèse... — Suum est in bona conscientia (p. 310) ; pour : Situm est...—...que Dieu lui avoit données (p. 403); pour : Dont la divine libéralité l'avoit rempli. — Les contestations des protestans venoient fort à propos (p. 529) ; pour : Les contentions. . — Nous sommes autant assurés de l'un comme de l'autre (p. 558); pour :... de l'un que de l'autre,

Fautes par additions de mots. — Car c'est (p. 67); pour : C'est, — Et comme les historiens protestans (p. 91); pour : Comme les historiens... — 11 fait tout ce qu'il peut (p. 96); pour :... ce qu'il peut. — Calvin écrivit un jour à Mélanchthon (p- 137); pour : Calvin écrivit à Mélanchthon. — On ne rougit pas de voir condamner saint Bernard (p. 182); pour : On ne rougit pas de condamner... — Le corps etle sang y doivent étre recus (p. 224) ; pour : Le corps et le sang doivent... — le consentement des églises peut se déclarer par d'autres voies que par des conciles universels (p. 461); pour :.. que par des conciles.

Fautes par omission de mots. — Il ne falloit pas espérer que la réformation se püt faire (p. 35); pour :... se püt bien faire. — Ne déclare pas ce que le pain est devenu, et ce que c’est qui est le corps ( p. 123 ) ; pour : Ne déclare pas ce que cest que le pain est devenu, et ce que... — Jésus-Christ n'impute sa justice qu'à ceux qui sont pénitens et sincèrement pénitens, c'est-à-dire, sincèrement conirits, affligés de leurs péchés, sincèrement convertis (p. 184) ; pour :... €'est-àdire sincèrement contrits, sincèrement afiligés de leurs péchés, sincèrement convertis. — Judicamus... unumquemque habere propter fornicationem(p. 310 ) ; pour : Judicamus... unumquemque debere uxorem habere propter..,— Pour recouvrer sa santé (p. 383); pour : Pour conserver ou recouvrer sa santé. — Puisque le concile de Trente a toujours cru ( p. 428); pour : Puisque nous avons vu mille fois que le concile... — Le Kyrie eleison, le Pater, dit en un endroit plutót qu'en un autre ( p. 475); pour : Le Kyrie eleison, le Pater, la Paix ou la Bénédiction donnée peut-étre en un endroit de la messe plutót qu'en un autre.

Chacune de ces fautes a été choisie parmi plusieurs autres ; on pourra les vérifier, du moins la plupart, à la simple vue du contexte, sans recourir à l'édition princeps. Nous les avons signalées , afin que certain lecteur ne prenne pas nos corrections pour des inexactiludes.

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