‹ Œuvres complètes de Bossuet (volume 4)Chapitre 201 sur 387 · LIVRE IX, N. XXXII · texte numérisé non relu

LIVRE IX, N. XXXII

de personnes, sous les espèces du pain, c'étoit de quoi étonner tous les esprits; et nous avons déjà vu que les Péres s'étoient servis des effets les plus étonnans de la puissance divine pour expliquer celui-ci.

C'étoit peu que Dieu eût fait un si grand miracle en notre faveur, s'il ne nous eût donné le moyen d'en profiter; et nous ne le pouvions espérer que par la foi.

Ce mystère étoit pourtant, comme tous les autres, indépendant de la foi. Qu'on croie ou qu'on ne croie pas, Jésus-Christ s'est incarné , Jésus-Christ est mort et s'est immolé pour nous; et par la méme raison, qu'on croie ou qu'on ne croie pas, Jésus-Christ nous donne à manger dans l'Eucharistie la substance de son corps; car il nous falloit confirmer par là que c'est pour nous qu'il l'a prise, et pour nous qu'il l'a immolée : les gages de l'amour divin, en eux-mémes, sont indépendans de notre foi; seulement il faut notre foi pour en profiter.

En méme temps que nous recevons ce précieux gage, qui nous assure que Jésus-Christ immolé est tout à nous, il faut aussi appliquer notre esprit à ce témoignage inestimable de l'amour divin. Et comme les anciens en mangeant la victime immolée devoient la manger comme immolée, et se souvenir de l'oblation qui en avoit été faite à Dieu en sacrifice pour eux: ceux aussi qui recoivent à la sainte table la substance du corps et du sang de l'Agneau sans tache, la doivent recevoir comme immolée, et se souvenir que le Fils de Dieu en avoit fait le sacrifice à son Pére pour le salut, non-seulement de tout le monde en général, mais encore de chacun des fidèles en particulier. C'est pourquoi en disant: « Ceci est mon corps, ceci est mon sang, » il avoit ajouté aussitôt après : « Faites ceci en mémoire de moi; » c'est-à-dire, comme la suite le fait voir, en mémoire de moi immolé pour vous, et de cette immense charité qui m'a fait donner ma vie pour vous racheter, conformément à cette parole de saint Paul: « Vous annoncerez la mort du Seigneur *. »

Il falloit done bien se garder de recevoir seulement dans notre corps le corps sacré de Notre-Seigneur: on devoit s'y attacher

1 Luc., XXII, 19, 20; 1 Cor., x1, 24, 25. — ? I Cor., XI, 26.

Ce que fait la foi dans ce mystère

Sentiment des catholiques sur ces paroles

« Faites

ceci en

mémoire de moi.»

par l'esprit, et se souvenir qu’il ne nous donnoit son corps, qu'afin que nous eussions un gage certain que cette sainte victime étoit toute à nous. Mais en méme temps que nous rappelions ce pieux souvenir dans notre esprit, nous devions entrer dans les sentimens d'une tendre reconnoissance envers le Sauveur, et c'étoit l'unique moyen de jouir parfaitement de ce gage inestimable de notre salut.

xxur Et encore que la réception actuelle de ce corps et de ce sang ne

Comment

la jouis- NOUS fût permise qu'à certains momens, c'est-à-dire dans la com-

sance du

coms ae IDunion, notre reconnoissance n'étoit pas bornée à un temps si Chris e Court; et c'étoit assez qu'à certains momens nous recussions ce dar a gage sacré, pour faire durer dans tous les momens de notre vie ww». la jouissance spirituelle d'un si grand bien.

Car encore que la perception actuelle du corps et du sang ne füt que momentanée, le droit que nous avons de le recevoir est perpétuel, semblable au droit sacré qu'on a l'un sur l'autre par le lien du mariage.

Ainsi l'esprit et le corps se joignent pour jouir de Notre-Seigneur et de la substance adorable de son corps et de son sang ; mais comme l'union des corps est le fondement d'un si grand ouvrage , celle des esprits en est la perfection.

Celui donc qui ne s'unit pas en esprit à Jésus-Christ dont il recoit le corps sacré, ne jouit pas comme il faut d'un si grand don : semblable à ces époux brutaux ou trompeurs qui unissent les corps sans unir les cœurs.

xxxv. — Jésus-Christ veut trouver en nous l'amour dont il est plein, à dé. lorsqu'il s'en approche. Quand il ne le trouve pas, l'union des dom corps n'en est pas moins réelle : mais au lieu d’être fructueuse, "^" elle est odieuse et outrageuse à Jésus-Christ. Ceux qui viennent à son corps sans cette foi vive, sont « la troupe qui le presse; » ceux qui ont cette foi, c'est la femme malade « qui le touche 1. »

A la rigueur tous le touchent; mais ceux qui le touchent sans foi le pressent et l'importunent : ceux qui non contens de le toucher , regardent cet attouchement de sa chair comme un gage de la vertu qui sort de lui sur ceux qui l'aiment, le touchent vérita-

1 Marc., v, 30, 31; Luc., vir, 45, 46.

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