LIVRE IX, N. XXXV-XXXVII
blement, parce qu'ils lui touchent également le corps et le cœur.
C'est ce qui fait la différenee de ceux qui communient en discernant ou en ne discernant pas le corps du Seigneur; en recevant avec le corps etle sang la grace qui les accompagne naturellement, ou en se rendant coupables de l'attentat sacrilége de les avoir profanés. Jésus-Christ par ce moyen exerce sur tous la toute-puissance qui lui est donnée dans le ciel et dans la terre, s'appliquant aux uns comme sauveur et aux autres comme juge rigoureux.
Voilà ce qu'il faut rappeler du mystère de l'Eucharistie pour entendre ce que nous avons à dire; et il paroit que l'état de la question est de savoir d'un cóté, si le don que Jésus-Christ nous fait de son corps et de son sang dans l'Eucharistie est un mystère comme les autres indépendant de la foi dans sa substance, et qui exige seulement la foi pour en profiter; ou si tout le mystère consiste dans l'union que nous avons par la seule foi avec Jésus- Christ, sans qu'il intervienne autre chose de sa part que des promesses spirituelles figurées dans le sacrement et annoncées par sa parole. Par le premier de ces sentimens la présence réelle et substantielle est établie ; par le second elle est niée, et Jésus- Christ ne nous est uni qu'en figure dans le sacrement et en esprit par la foi.
Nous avons vu que Luther, quelque dessein qu'il eüt de rejeter la présence substantielle, en demeura si fort pénétré par les paroles de Notre-Seigneur, qu'il ne put jamais s'en défaire. Nous avons vu que Zuingle et OEcolampade rebutés de l'impénétrable hauteur d'un mystère si élevé au-dessus des sens, ne purent jamais y entrer. Calvin pressé d'un cóté de l'impression de réalité; et de l'autre des difficultés qui troubloient les sens, cherche une voie mitoyenne, dont il est assez difficile de concilier toutes les parties;
Premièrement il admet que nous participons réellement au vrai corps e&au vrai sang de Jésus-Christ; et il le disoit avec tant de force, que les luthériens croyoient presque qu'il étoit des leurs : car il répète cent et cent fois que « la vérité nous doit estre donnée avec les signes; que sous ces signes nous recevons vrayment lecorps etle sang de Jésus-Christ; que la chair de Jésus-Christ
L'état précis de la question posé par la doctrine précédente.
Calvin cherche à concilier Luther et Zuingle.
Combien Calvin
parle for-
tement de la réalité.
Il faut qu'on soit uni au corps de Jésus- Christ plus que par vertu et par pensée
Nouvel effet de la Toi selon Calvin.
Calvin veut la
est distribuée dans ce sacrement; qu'elle nous pénètre ; que nous sommes partieipans, non-seulement de l'esprit de Jésus-Christ , mais encore de sa chair; que nous en avons la propre substance , et que nous en sommes faits participans ; que Jésus-Christ s'unit à nous tout entier, et pour cela qu'il s'y unit de corps et d'esprit ; qu'il nefaut point douter que nous ne recevions son propre corps ; et que s'il y a quelqu'un dans le monde qui reconnoisse sincèrement cette vérité, c’est lui *. »
Il reconnoit bien dans la Cène «la vertu du corps et du sang, » mais «il veut que la substance y soit jointe ; » et déclare que lorsqu'il parle de la maniere dont on recoit Jésus-Christ dans la Cène, il n'entend point parler de la part qu'on y peut avoir « à ses mérites, à sa vertu , à son efficace, au fruit de sa mort, à sa puissance ?. » Calvin rejette toutes ces idées, et il se plaint des luthériens, qui, dit-il, en lui reprochant qu'il ne donnoit part aux fidèles qu'aux mérites de Jésus-Christ, « obscurcissent la communion qu'il veut qu'on ait avec luy. » Il pousse cette pensée si avant qu'il exclut méme comme insuffisante toute l'union qu'on peut avoir avec Jésus-Christ, non-seulement par l'imagination, mais encore par la pensée, ou par la seule appréhension de l'esprit. « Nous sommes, dit-il, unis à Jésus-Christ, non par phantaisie et par imagination, ni par la pensée ou la seule appréhension de l'esprit, mais réellement et en effet par une vraye et substantielle unité ?. »
Il ne laisse pas de dire que nous y sommes unis seulement par foi, ce ne qui s'accorde guèreavecses autres expressions: mais c’est que par une idée aussi bizarre qu’elle est nouvelle, il ne veut pas que ce qui nous est uni par la foi nous soit uni simplement par la pensée, comme si la foi étoit autre chose qu'une pensée ou une appréhension de notre esprit, divineà la vérité et surnaturelle, que le Pere céleste peut inspirer seul, mais enfin toujours une pensée.
On ne sait ce que veulent dire toutes ces expressiogs de Calvin, si elles ne signifient que la chair de Jésus-Christ est en nous non-
! [nstit., lib. IV, cap. XviI, n. 17, etc.; Diluc. expos., Adm. contr. Vestph., int. Opusc., etc.—? Tract. de Ceend Domin., 1540, int. Opusc.; Inst.,1 V, XVI, XVIII, etc.; Diluc. expos., Opusc., p. 846. — ? Brev. admon. de Cená Domin., int. Ep. p. 594.