LIVRE IX, N. XLI, XLII
seulement par sa vertu, mais encore par elle-méme et par sa propre substance; et ces fortes expressions ne se trouvent pas seulement dans les livres de Calvin, mais encore dans les Catéchismes et dans la Confession de foi qu'il donna à ses disciples ! ; ce qui montre combien simplement il les faut entendre.
Zuingle et OEcolampade avoient souvent objecté aux catholiques et aux luthériens, que nous recevions le corps et le sang de Jésus-Christ comme les anciens Hébreux les avoient recus dans le désert : d’où il s'ensuivoit que nous les recevons non pas en substance, puisque leur substance n'étoit pas alors, mais seulement en esprit. Mais Calvin ne souffre pas ce raisonnement; et en avouant que nos pères ont recu Jésus-Christ dans le désert, il soutient qu'ils ne l'ont pas recu comme nous, puisque nous avons maintenant «la substance de sa chair , et que nostre manducation est substantielle : ce que celle des anciens ne pouvoit pas estre ?. »
Secondement il enseigne que ce corps une fois offert pour nous, nous « est donné dans la Cène pour nous certifier que nous avons part à son immolation ?, » et à la réconciliation qu'elle nous apporte : ce qui, à parler naturellement, voudroit dire qu'il faut distinguer ce qu'il y a du cóté de Dieu d'avec ce qu'il y a de notre cóté, et que ce n'est pas notre foi qui nous rend Jésus-Christ présent dans l'Eucharistie; mais que Jésus-Christ présent d'ailleurs comme un sacré gage de l'amour divin, sert de soutien à notre foi. Car comme quand nous disons que le Fils de Dieu s'est fait homme pour nous certifier qu'il aimoit notre nature, nous reconnoissons son incarnation comme indépendante de notre foi, et tout ensemble comme un moyen qui nous est donné pour la soutenir : ainsi enseigner que Jésus-Christ nous donne dans ce mystère son corps et son sang, pour nous certifier que nous avons part au sacrifice qu'il en a fait, à vrai dire, c'est reconnoitre que
' ce corps et ce sang nous sont donnés, non parce que nous croyons, mais afin que notre foi, excitée par un si digne présent, se tienne plus assurée de l'amour divin qui nous est certifié par un tel gage.
Par là done il paroit certain que le don du corps et du sang est
4 Dim., A-LUI j. Confess., xxxvi. — ? II Def. cont. Vestph., p. 119. — 3 Cat. Dim., Li.
propre substance.
Il veut que nous recevions le corps et le sang de Jésus- Chrisl autrement que les anciens Hébreux ne le pouvoient faire.
A entendre naturellement les expressions de Calvin, on doit croire que la réception du corps et du sang esl indépendante de la foi.
indépendant de la foi'dans le sacrement, et la doctrine de Calvin nous porte encore à cette pensée par un autre endroit. xum, Car'il dit en troisième lieu, et il répète souvent, que la sainte À re Cène « est composée de deux choses, ou, qu'il y a deux choses canin, 1e dans ce sacrement, le pain matériel et le vin que nous voyons à det ie l'oil, et Jésus-Christ dont nos ames sont intérieurement nourcrement. Ties !.»
Nous avons vu ces paroles dans l'accord de Vitenberg ? : Luther et les luthériens les avoient tirées d'un fameux passage de saint Irénée?, où il est ditque l'Eucharistie étoit «composée d'une chose céleste et d’une chose terrestre; » c’est-à-dire, comme ils l'expliquoient , tant de la substance du pain que de celle du corps. Les catholiques contestoient cette explication; et sans entrer iei dans cette dispute contre les luthériens, si cette explication leur sembloit contraire à la transsubstantiation catholique, elle ruinoit. visiblement la figure zuinglienne, et établissoit du moins la consubstantiation de Luther : car en disant qu'on trouve dans le sacrement, c'est-à-dire dans le signe méme, la chose terrestre avec la céleste, c'est-à-dire selon le sens des luthériens, le pain matériel avec le propre corps de Jésus-Christ, c'est mettre manifestement les deux substances ensemble ; et dire quele sacrement soit composé du pain qui est devant nos yeux , et de J ésus-Christ qui est au plus haut des cieux à la droite de son Père, ce seroit une expression tout à fait extravagante. Il faut donc dire que les deux substances se trouvent en effet dans le sacrement, et que le signe y est conjoint avec la chose.
xuv. C’est à quoi tend encore cette expression que nous trouvons quss dans Calvin, « que sous le signe du pain nous prenons le corps, e Calvin,
me le et sous le signe du vin nous prenons le sang distinctement l'un
corps est
^^» delautre, afin que nous jouissions de Jésus-Christ tout entier. » si d "m Vus , . .
V Et ce qu'il y a ici de plus remarquable, c’est que Calvin dit que comme le * 3 . » ,
trs. le corps de Jésus-Christ est sous le pain, «comme le Saint-Esprit
prit sous la
Mie." est sous {la colombe; » ce qui marque nécessairement une pré-
1 Instit., lib. IV, cap. xvIt, n. 41, 14; Catech. Dim., Li.— ? Ci-dessus, liv. IV, n.93. — 3 Lib. IV, adv. Hæres., cap. XXXIV. — * Instit., lib. IV, cap. XVII, n. 46, 47. — 5 Diluc. exp. sanc doct., Opusc., p. 839.