LIVRE IX, N. XLV, XLI
sence substantielle, personne ne doutant que le Saint-Esprit ne fût substantiellement présent sous la forme de la colombe, comme Dieu l'étoit toujours d'une facon particulière lorsqu'il apparoissoit sous quelque figure.
Les paroles dont il se sert sont précises : « Nous ne prétendons pas, dit-il, qu'on recoive un corps symbolique , comme ce n'est pas un esprit symbolique qui a paru dans le baptéme de Nostre-Seigneur : le Saint-Esprit fut alors vrayment et substantiellement présent; mais il se rendit présent par un symbole visible, et il fut veü dans le baptéme de Jésus-Christ, parce qu'il apparut véritablement sous le symbole et sous la forme extérieure de la colombe !. »
Si le corps de Jésus-Christ nous est aussi présent sous le pain que le Saint-Esprit fut présent sous la forme de la colombe, je ne sais plus ce que l'on peut désirer pour une présence réelle et substantielle. Et Calvin dit toutes ces choses dans un ouvrage où il se propose d'expliquer plus clairement que jamais comme on recoit Jésus-Christ, puisqu'il les dit aprés avoir longtemps disputé sur cette matiére avec les luthériens, dans un livre qui a pour titre : Claire exposition de la manière dont on participe au corps de Nostre-Seigneur.
Dans ce méme livre il dit encore que Jésus-Christ est présent dans le sacrement « comme Dieu estoit présent dans l'arche, oü il se rendoit, dit-il, véritablement présent, et non-seulement en figure, mais en propre substance ?. »
Ainsi quand on veut parler très-clairement et très-simplement de ce mystère, on emploie naturellement les expressions qui mènent l'esprit à la présence réelle.
Et c'est pourquoi, en quatriéme lieu Calvin dit en cet endroit et partout ailleurs, qu'il ne dispute point de la chose, mais seulement de la manière. « Je ne dispute point, dit-il, de la présence ni dela manducation substantielle, mais de la maniére de l'une et de l'autre ?*. » Il répète cent et cent fois qu'il convient de la chose, et ne dispute que de la facon. Tous ses disciples parlent de méme,
1 Diluc. exp. sanc doct., Opusc., p. 844. — ? Ibid. — ? Ibid., p. TIT et seq., 839, 844, etc.
Autre expression
de Calvin, qui fait
Jésus-
Christ présent sous le pain, comme
Dieul'étoit
dans l'arche,
Calvin dit quil ne dispute que de la manière,
etqu'il met la chose
autant que
nous.
et encore à présent nos réformés se fâchent quand nous leur disons que le corps de Jésus-Christ, selon leur croyance, n'est pas aussi substantiellement avec eux , qu'il l'est avec nous selon la nótre : ce qui montre que l'esprit du christianisme est de mettre Jésus- Christ dans l'Eucbaristie aussi présent qu'il se peut, et que sa parole nous conduit naturellement à ce qu'il y a de plus substantiel.
xi, — Delà vient qu'en cinquième lieu Calvin met une présence tout me p à fait miraculeuse et divine. Il n'est pas comme les Suisses qui se cw uet. fâchent quand on leur dit qu'il y a du miracle dans la Cène : lui ane, AU contraire se fâche quand on dit qu'il n’y en a point. Il ne cesse de répéter quele mystère de l'Eucharistie passe les sens; que c'est un ouvrage incompréhensible de la puissance divine, et un secret impénétrable à l'esprit humain; que les paroles lui manquent
: pour exprimer ses pensées, et que ses pensées, quoique beaucoup au-dessus de ses expressions, n'égalent pas la hauteur de ce mystère ineffable': «De sorte, dit-il, qu'il expérimente plütost ce que c'est que cette union qu'il ne l'entend : » ce qui montre qu'il en ressent ou qu'il eroit en ressentir les effets, mais que la cause le passe. C'est aussi ce qui lui fait mettre dans la confession de foi, « que ce mystère surmonte en sa hautesse la mesure de nostre sens et tout ordre de nature ; et que pour ce qu'il est céleste, il ne peut estre appréhendé (c'est-à-dire compris) que par foy ?.» Et s'efforcant d'expliquer dans le Catéchisme comment il se peut faire que « Jésus-Christ nous fasse participans de sa propre substance, veü que son corps est au ciel, et nous sur la terre, » il répond « que cela se fait par la vertu incompréhensible de son esprit, laquelle conjoint bien les choses séparées par distance de lieu ?. »
xu, — Un philosophe comprendroit bien que la vertu divine n'est pas i" bornée par les lieux : les moins capables entendent comment on
cu se peut unir par l'esprit et par la pensée à ce qu'il y a de plus
éloigné, et Calvin nous menant par ses expressions à une union plus miraculeuse , ou il ne dit rien, ou il exclut l'union par la seule foi.
1 [nstit., lib. IV, cap. XVII, n. 32. — ? Art. 36. — ? Dim., Litt.