‹ Œuvres complètes de Bossuet (volume 4)Chapitre 207 sur 387 · LIVRE IX, N. LIV, LV · texte numérisé non relu

LIVRE IX, N. LIV, LV

sont la femme pieuse « qui le touche ‘. » A ne regarder que le corps , tous le touchent également : mais on a raison de dire que ceux qui le touchent avec foi sont les seuls qui le touchent véritablement, parce que seuls ils le touchent avec fruit. Peut-on parler de cette sorte, sans reconnoitre que Jésus-Christ est présent trèsréellement aux uns et aux autres, et que cette parole : « Ceci est mon corps, » a toujours infailliblement l'effet qu'elle énonce? Je sais bien qu'en disant des choses si fortes sur le corps donné — uw.

Calvin

aux impies aussi véritablement qu'aux saints, Calvin n'a pas parte peu laissé de distinguer entre donner et recevoir, et qu'au méme lieu dol où il dit que la chair de Jésus-Christ « étoit aussi véritablement donnée aux indignes qu'aux élus,» il dit aussi qu'elle n’estoit receuë que des élus seuls ? : mais il abuse des mots. Car s'il veut dire que Jésus-Christ n'est pas recu par les indignes au méme sens que saint Jean a dit dans son Evangile : 7l est venu chez sot, et les siens ne l'ont pas recu ?, c'est-à-dire ils n'y ont pas cru, il a raison. Mais comme ceux qui n'ont pas recu Jésus-Christ de cette sorte n'ont pas Pub par leur infidélité qu’il ne soit aussi véritablement venu à eux qu'aux autres, ni que « le Verbe fait chair pour habiter au milieu de nous *, » eu égard à sa présence personnelle, n'ait été vraiment recu au milieu du monde , je dis méme au milieu du monde qui l'a méconnu et crucifié : ainsi pour parler conséquemment, il faut dire que cette parole : « Ceci est mon corps, » ne le rend pas moins présent aux indignes qui sont coupables de son corps et de son sang, qu'aux fidèles qui s'en approchent avec foi; et qu'à regarder simplement la présence corporelle, il est recu également des uns et des autres.

Je remarquerai encore ici une parole de Calvin, quinous met à rv.

Calvin

couvert d'un reproche que lui et les siens ne cessent de nous faire. explique

comme

Combien de fois nous objectent-ils ces paroles de Notre-Seigneur : nous cette

parole :

« La chair ne sert de rien ?? » et cependant Calvin les explique «La char ainsi : « La chair ne sert de rien toute seule; mais elle sert avec rien. l'esprit 5. » C'est justement ce que nous disons, et ce qu'on doit conclure de cette parole: ce n'est pas que Jésus-Christ ne nous

1 Diluc. exp., Opusc., p. 848. — ? Instit., lib. IV, cap. XvII, n. 33. — nm . 1, M, — * Ibid., 14, — 5 Joan., v1, 64. — $ Diluc. ezp., Opusc., 859. |

donne point la propre substance de sa chair indépendamment de notre foi; car il la donne, selon Calvin même, aux indignes; mais c'est qu'il ne sert de rien de recevoir sa chair, si on ne la recoit avec son esprit.

Que si on ne recoit pas toujours son esprit avec sa chair, ce n'est pas qu'il n'y soit toujours, car Jésus-Christ vient à nous « plein d'esprit et de grace; » mais c'est que pour recevoir l'esprit qu'il apporte, il lui faut ouvrir le nótre par une foi vive. LVT. Ce n'est donc pas un corps sans ame, ou , comme parle Calvin, ax un cadavre que nous faisons recevoir aux indignes, quand ils

Calvin

qi i: n. recoivent la sainte chair de Jésus-Christ sans en profiter, comme ce

dignes ne

dime»? n'est pas un cadavre et un corps sans ame et sans esprit que Jésus-

m" Christ leur donne selon Calvin méme *. C'est déjà une vaine exagé-

“we ration d'appeler cadavre un corps qu'on sait être animé: car Jésus-

Ow. Christ ressuscité ne meurt plus; la vie est en lui, et non-seule-

ment la vie qui fait vivre le corps, mais encore la vie qui fait vivre

lame. Partout où Jésus-Christ vient, il y vient avec la grace et

la vie. Il. portoit avec lui et en lui toute sa vertu à l'égard de la

troupe qui le pressoit : mais « cette vertu ne sortit » qu'en faveur

de celle qui le toucha avec la foi. Ainsi quand Jésus-Christ se

donne aux indignes, il vient à eux avec la méme vertu et le

méme esprit qu'il déploie sur les fidèles ; mais cet esprit et cette

vertu n'agissent que sur ceux qui croient; et Calvin doit dire sur

tous ces points les mémes choses que nous, s'il veut parler conséquemment.

wu. Îl est pourtant vrai qu'il ne le dit pas. Il est vrai qu'encore

Calvin af-

bit «s qu'il dise que nous sommes participans de la propre substance du

Peso». €orps et du sang de Jésus-Christ, il veut que cette substance ne

nous soit unie que par la foi; et qu'au fond, malgré ces grands

mots de propre substance, il n'a dessein de reconnoitre dans l'Eucharistie qu'une présence de vertu.

Il est vrai aussi qu'après avoir dit que nous sommes partieipans

de la propre substance de Jésus-Christ, il refuse de dire « qu'il soit

réellement et substantiellement présent ?; » comme si la partici-

1 Inst., IV, xvii, n. 33; Ep. ad Mart. Schal., p. 241. — * M Defens., Opusc., p. 715. .

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