‹ Œuvres complètes de Bossuet (volume 4)Chapitre 209 sur 387 · LIVRE IX, N. LXI-LXIIT · texte numérisé non relu

LIVRE IX, N. LXI-LXIIT

Le méme embarras paroît, quand il s'agit d'expliquer ces paroles : « Ceci est mon corps. » Tous ses livres, tous ses sermons, tous ses discours sont remplis de l'interprétation figurée et de la figure métonymie, qui met le signe pour la chose. C'est la facon de parler qu'il appelle sacramentelle, à laquelle il veut que les apótres fussent déjà tout accoutumés quand Jésus-Christ fit la Cène. La pierre étoit Christ, l'Agneau est la pâque, la circoncision est l'alliance : « Ceci est mon corps, » cesont, selon lui, des façons de parler semblables : et voilà ce qu'on trouve à toutes les pages.

Savoir s’il en est content, ce passage le va faire connoître. Il est tiré de ce livre intitulé : Claire explication, dont nous avons déjà fait mention, et qui est écrit contre Heshusius, ministre lutherien. « Voicy, dit Calvin, comme ce pourceau nous fait parler. Dans cette phrase, « Cecy est mon corps, » il y a une figure semblable à celle-cy : La circoncision est l'alliance , la pierre estoit Christ , l'agneau est la pasque. Le faussaire s'est imaginé qu'il causoit à table, et qu'il plaisantoit avec ses convives. Jamais on ne trouvera dans nos écrits de semblables niaiseries : mais voicy simplement ce que nous disons, que lorsqu'il s'agit des sacremens , il faut suivre une certaine et particulière facon de parler qui est en usage dans l'Ecriture. Ainsi sans nous échapper à la faveur d'une figure , nous nous contentons de dire ce qui seroit clair à tout le monde, si ces bestes n’obscurcissoient tout, jusques au soleil mesme, qu'il faut reconnoistre icy la figure métonymie, oüle nom de la chose est donné au signe. »

Si Heshusius füt tombé dans une semblable contradiction , Calvin n'eüt pas manqué de lui reprocher qu'il étoit ivre : mais Calvin étoit sobre, je l'avoue, et il ne s'embrouille que parce qu'il ne trouve point dans ses explications de quoi contenter son esprit. Il désavoue ici ce qu'il dit à chaque page; il rejette avec mépris la figure où dans le méme moment il est contraint de se replonger; en un mot, il ne peut rien dire de certain , et il a honte de sa propre doctrine.

Il faut pourtant avouer qu'il étoit plus délicat que les autres

Embarras et contra-

dictions de Calvin dans la défense du sens figuré

La cause de son embarras.

Il à mieux

sacramentaires, et qu'outre qu'il avoit meilleur esprit, la dispute v» an-

1 Diluc. exp., Opusc., 861.

culté que les autres sacramenlaires.

Comment il a tàché de la résoudre.

Les exemples qu'il tiroit de VEcriture.

Celui de la circoncision qui le convainc

au lieu de :

l'aider.

qui avoit duré si longtemps lui avoit donné le loisir de mieux digérer cette matière. Car il ne s'arréte pas tant aux allégories et aux paraboles : « Je suis la porte, je suis la vigne, » ni aux autres expressions de même nature !, qui portent toujours leurs explications avec elles si claires et si manifestes , qu'un enfant méme ne pourroit pas s'y tromper. Et d'ailleurs, si sous prétexte que Jésus-Christ s'est servi de paraboles et d'allégories il falloit tout entendre en ce sens, Al voyoit bien que c'étoit remplir tout l'Evangile de confusion.

Calvin, pour y remédier, trouva ces locutions qu'il appelle sacramentelles , où on met le signe pour la chose ? ; et en les admettant dans l'Eucharistie, qui est sans contestation un sacrement, il eroit trouver un moyen certain d'y établir la figure, sans qu'on puisse la tirer à conséquence dans les autres matières.

Il avoit méme apporté des exemples de l'Ecriture plus propres que tous les autres qui avoient écrit devant lui. La principale difficulté étoit de trouver un signe d'institution, où dans l'institution méme on donnât d'abord au signe le nom de la chose sans y préparer les esprits, et dans la propre parole où l'on institue ce signe. Il s'agissoit de savoir s'il y en avoit quelque exemple dans l'Ecriture. Les catholiques prétendoient que non; et Calvin crut les convaincre par ce texte de la Genèse, où Dieu en parlant de la circoncision qu'il instituoit , l'avoit nommée l'allianee : « Vous aurez , dit-il, mon alliance en votre chair ?. » Mais il se trompoit visiblement, puisque Dieu, avant que de dire : « Mon alliance sera dans votre chair, » avoit commencé de dire : « C'est ici le signe de l'allianee *. » Le signe étoit donc institué avant qu'on lui donnât le nom de la chose, et l'esprit étoit préparé par cet exorde à l'intelligence de toute la suite : d’où il s'ensuit que Notre-Seigneur auroit dù préparer l'esprit des apôtres à prendre le signe pour la chose, s'il avoit voulu donner ce sens à ces mots : « Ceci est mon corps, ceci est mon sang ; » ce que n'ayant pas fait, on doit croire qu'il a voulu laisser les paroles dans leur sens naturel et simple. Calvin le reconnoit lui-méme , puisqu'en nous disant

1 Admon. ult. ad Vestph., Opusc., p. 812. — ? b Def., Opusc., p. 181, etc., 812, 813, 818, ele. — 3 Gen., XVII, 13. — * Jbid.,

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