‹ Œuvres complètes de Bossuet (volume 4)Chapitre 210 sur 387 · LIVRE IX, N. LXV, LXVI · texte numérisé non relu

LIVRE IX, N. LXV, LXVI

que les apótres devoient déjà étre accoutumés à ces facons de parler sacramentelles, il reconnoit qu'il y eût eu de l'inconvénient à en employer de semblables, s'ils n'y eussent pas été accoutumés. Comme donc il paroit manifestement qu'ils ne pouvoient pas étre accoutumés à donner le nom de la chose à un signe d'institution, sans en étre auparavant avertis, puisqu'on ne trouve aucun exemple de cet usage ni dans l'Ancien Testament ni dans le Nouveau; il faut conclure contre Calvin, par les principes de Calvin méme, que Jésus-Christ n'a pas dü parler en ce sens; et que s'il l'eüt fait, ses apôtres ne l'auroient pas entendu.

Aussi est-il véritable qu'encore qu'il fasse son fort de ces facons de parler qu'il appelle sacramentelles , oà le signe est pris pour la chose , et que ee soit là son vrai dénouement, il en est si peu satisfait, qu'il dit en d'autres endroits que ce qu'il a de plus fort pour soutenir sa doctrine , c'est que l'Eglise est nommée le corps de Notre-Seigneur *. C'est bien sentir sa foiblesse que de mettre là sa principale défense. L'Eglise est-elle le signe du corps de Notre-Seigneur, comme le pain l'est selon Calvin ? Nullement : elle est son corps comme il est son chef par cette facon de parler si vulgaire , où l'on regarde les sociétés et le prince qui les gouverne comme une espéce de corps naturel qui a sa téte et ses ‘membres. D’où vient donc qu'après avoir fait son fort de ces facons de parler sacramentelles, Calvin le met encore davantage dans une facon de parler qui est tout àfait d'un autre genre, si ce n'est que pour soutenir la figure dont il a besoin, il appelle à son secours toutes les facons de parler figurées , de quelque nature qu'elles soient et quelque peu de rapport qu'elles aient ensemble.

Le reste de la doctrine ne lui donne pas moins de peine , et les expressions violentes dont il se sert le font assez voir. Nous avons vu comme il veut que la chair de Jésus-Christ nous pénètre par sa substance. Nous avons dit qu'il ne veut pourtant nous insinuer autre chose par ces magnifiques paroles, sinon qu'elle nous pénétre par sa vertu : mais cette facon de parler lui paroissant foible, pour y méler la substance, il veut que nous ayons dans l'Eucharistie comme « un extrait de la chair de Jésus-Christ , à 1 Instit., lib. IV, cap. xvi.

Autre exemple qui ne fait rien à la question :

que l'Eglise est aussi appelée le corps de Jésus-

Christ.

Calvin fait de nouveaux efforts pour

sauver l'idée de réalité

Il ne peut satisfaire l'idée de

réalité qu'imprime J'instilulion de Notre-Seigneur.

condition toutefois qu'elle demeure dans le ciel, et que la vie coule en nous de sa substance 1, » comme si nous recevions une quintescence et le plus pur de la chair, le reste demeurant au ciel. Je ne veux pas dire qu'il l'ait cru ainsi; mais seulement que l'idée de réalité dont il étoit plein ne pouvant étre remplie par le fond de sa doctrine, il suppléoit à ce défaut par des expressions recherchées, inouies et extravagantes.

Pour ne dissimuler ici aucune partie de la doctrine de Calvin sur la communication que nous avons avec Jésus-Christ, je suis obligé de dire qu'en quelques endroits il semble mettre Jésus- Christ aussi présent dans le baptême que dans la Cène : car en général il distingue trois choses dans le sacrement outre le signe, «La signification qui consiste dans les promesses; la matière ou la substance qui est Jésus-Christ, avec sa mort et sa résurrection; et l'effet, c'est-à-dire la sanctification, la vie éternelle, et toutes les graces que Jésus-Christ nous apporte ?. » Calvin reconnoît toutes ces choses dans le sacrement de baptéme comme dans celui de la Cène; et en particulier il enseigne du baptême « que le sang de Jésus-Christ n'y est pas moins présent pour laver les ames que l'eau pour laver les corps; qu'en effet, selon saint Paul, nous y sommes revestus de Jésus-Christ, et que nostre vestement ne nous environne pas moins que nostre nourriture nous pénètre ?. » Par là donc il déclare nettement que Jésus-Christ est aussi présent dans le baptéme que dans la Cène, et j'avoue que la suite de sa doctrine le mène là naturellement : car au fond , ni il ne connoit d'autre présence que par la foi, ni il ne met une autre foi dans la Céne que dans le baptéme ; ainsi je n'ai garde de prétendre qu'il y mette en effet une autre présence. Ce que je prétends faire voir, c'est l'embarras oü le jettent ces paroles : « Ceci est mon corps. » Car, ou il faut embrouiller tous les mystères, ou il faut pouvoir rendreune raison pourquoi Jésus-Christ n'a parlé avec cette force que dans la Cène. Si son corps et son sang sont aussi présens et aussi réellement reçus partout ailleurs, il n’y avoit aucune raison de choisir ces fortes paroles pour l'Eucharistie

4 Diluc. exp., Opusc., 864. — ? Instit., lib. IV, cap. xvir, n. 11. — 9 Diluc. exp., Opuc., 864.

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