LIVRE I, N. XXI
n'avoit rien d'uniforme : il étoit même grossier en quelques endroits, et il écrivoit exprès de cette manière. Loin de se promettre l'immortalité de son nom et de ses écrits, il ne l'avoit jamais recherchée ‘. » Au surplus il attendoit avec respect le jugement de l'Eglise, jusqu'à déclarer en termes exprés que s'il ne s'en tenoit à sa détermination, il consentoit d’être traité comme hérétique ?. » Enfin tout ce qu'il disoit étoit plein de soumission , non-seulement envers le concile, mais encore envers le Saint-Siége et envers le Pape : car le Pape, ému des clameurs qu'excitoit dans toute l'Eglise la nouveauté de sa doctrine, en avoit pris connoissance ; et ce fut alors que Luther parut le plus respectueux. « Je ne suis pas, disoit-il, assez téméraire pour préférer mon opinion particulière à celle de tous les autres?. » Et pour le Pape, voici ce qu'il lui éerit le dimanche de la Trinité en 1518 : « Donnez la vie ou la mort, appelez ou rappelez, approuvez ou réprouvez comme il vous plaira, j'écouterai votre voix comme celle de Jésus-Christ méme *. » Tous ses discours furent pleins de semblables protestations durant environ trois ans. Bien plus, il s’en rapportoit à la décision des universités de Dàle, de Fribourg et de Louvain *. Un peu aprés il y ajouta celle de Paris, et il n'y avoit dans l'Eglise aucun tribunal qu'il ne voulüt reconnoitre.
Il sembloit méme qu'il parloit de bonne foi sur l'autorité du Saint-Siége. Car les raisons dont il appuyoit son attachement pour ce grand Siége, étoient en effet les plus capables de toucher un cœur chrétien. Dans un livre qu’il écrivit contre Silvestre de Priére, jacobin, il alléguoit en premier lieu ces paroles de Jésus- Christ : « Tu es Pierre; » et celles-ci: « Pais mes brebis. » « Tout le monde confesse, dit-il, que l'autorité du Pape vient de ces passages ©. » Là méme, aprés avoir dit: « que la foi de tout le monde se doit conformer à celle que professe l'Eglise romaine , » il continue en cette sorte : « Je rends graces à Jésus-Christ de ce qu'il conserve sur la terre cette Eglise unique par un grand miracle, et qui seul peut montrer que notre foi est véritable, en
1 Resol. de Pot. Pape, Præfat., tom. I, fol. 310; Praef. oper., ibid., 2. — ? Cont. Prier., tom. I, fol. 177. — 3 Protest. Luth., tom. I, fol. 195. — * Epist. ad Leon. X, ibid. — 5 Act. ap. Legat., ibid., fol. 208. — 9 Cont. Prier., tom. I, p- 173, 188.
Raisons
dont il appuyoit celle sou-
mission.
sorte qu’elle ne s’est jamais éloignée de la vraie foi par aucun décret. » Après même que dans l’ardeur de la dispute ces bons principes se furent un peu ébranlés, « le consentement de tous les fidèles le retenoit dans la révérence de l’autorité du Pape. Estil possible, disoit-il, que Jésus-Christ ne soit pas avec ce grand nombre de chrétiens !? » Ainsi il condamnoit «les Bohémiens qui s'étoient séparés de notre communion, et protestoit qu'il ne lui arriveroit jamais de tomber dans un semblable schisme. » xu. — On ressentoit cependant dans ses écrits je ne sais quoi de fier “eme et d'emporté. Mais encore qu'il attribuât ses emportemens à la áwae violence de ses adversaires, dont les excès en effet n'étoient pas "U^ petits, il ne laissoit pas de demander pardon de ceux où il tomboit: « Je confesse, écrivoit-il au cardinal Cajétan, légat alors en Allemagne, que je me suis emporté indiscrétement, et que j'ai manqué de respect envers le Pape. Je m'en repens. Quoique poussé, je ne devois pas répondre au fol qui écrivoit contre moi , selon sa folie. Daignez, poursuivoit-il, rapporter l'affaire au saint Pére : je ne demande qu'à écouter la voix de l'Eglise et la suivre ?. »
xx. — Aprés qu'il eut été cité à Rome, en formant (a) son appel du pod Pape mal informé au Pape mieux informé, il ne laissoit pas de soumission dire « que l'appellation, quant à lui, ne lui sembloit pas néces- Paca Saire?, » puisqu'il demeuroit toujours soumis au jugement du "wei Pape: mais il s’excusoit d'aller à Rome à cause des frais. Et 5 canes d'ailleurs, disoit-il, cette citation devant le Pape étoit inutile | contre un homme qui n’attendoit que son jugement pour y obéir *.
Dans la suite de la procédure, il appela du Pape au concile le dimanche 28 novembre 1518. Mais dans son acte d'appel il persista toujours à dire « qu'il ne prétendoit ni douter de la primauté et de l'autorité du Saint-Siége, ni rien dire qui füt contraire à la puissance du Pape bien avisé et bien instruit *, »
En effet le 3 mars 1519, il écrivoit encore à Léon X , « qu'il ne
1 Disp. Lips., tom. I, fol. 251.— ? Ibid., fol. 215.— 5 Ad card. Caj. — * Ibid. — 5 Ibid., Appell. Lut. ad Conc.
(a) re édit. : Tout en formant.