‹ Œuvres complètes de Bossuet (volume 4)Chapitre 211 sur 387 · LIVRE IX, N. LXVIII, LXIX · texte numérisé non relu

LIVRE IX, N. LXVIII, LXIX

plutôt que pour le baptéme, et la sagesse éternelle auroit parlé en l'air. Cet endroit sera l'éternelle et inévitable confusion des défenseurs du sens figuré. D'un cóté la nécessité de donner à l'Eucharistie à l'égard de la présence du corps quelque chose de particulier, et d'autre part l'impossibilité de le faire selon leurs principes, les jetteront toujours dans un embarras d’où ils ne pourront se déméler; et c'a été pour s'en tirer que Calvin a dit tant de choses fortes de l'Eucharistie qu'il n'a jamais osé dire du baptême , quoiqu'il eût selon ses principes la méme raison de le faire.

Ses expressions sont si violentes et les tours qu'il donne ici à sa doctrine si forcés, que ses disciples ont été contraints de l'abandonner dans le fond ; et je ne puis m'empêcher de marquer ici une insigne variation de la doctrine calvinienne. C'est que les calvinistes d'à présent, sous prétexte d'interpréter les paroles de Calvin, les réduisent tout à fait à rien. Selon eux, recevoir la propre substance de Jésus-Christ, c’est seulement le recevoir « par sa vertu, par son efficace, par son mérite !; » toutes choses que Calvin avoit rejetées comme insuffisantes. Tout ce que nous pouvons espérer de ces grands mots de propre substance de Jésus- Christ reçue dans la Cène, c'est seulement que ce que nous y reeevons « n'est pas la substance d'un autre? : » mais pour la sienne, on ne la recoit non plus que l’œil reçoit celle du soleil lorsqu'il est éclairé de ses rayons : cela veut dire qu'en effet on ne sait plus ce que c'est que cette propre substance tant inculquée par Calvin; on ne la défend plus que par honneur, et pour ne se point dédire trop ouvertement; et si Calvin, qui l'a établie avec tant de force dans ses livres, ne l'avoit encore insérée dans les Catéchismes et dans la confession de foi, il y a longtemps qu'elle seroit abandonnée.

J'en dis autant de cette parole de Calvin et du Catéchisme , que Jésus-Christ est recu pleinement dans l'Eucharistie, et en partie seulement dans la prédication et dans le baptême *. A l'entendre naturellement, c'est-à-dire que l'Eucharistie a quelque chose de particulier que la prédication ni le baptéme n'ont pas : mais main-

1 Préserv., 195. — ? Préserv., 496. — 3 Dim., LI.

Les calvinistes dans le fond ont abandonné Calvin :

comment il est expliqué dans le livre du Préserva-

tif.

Suite des explica-

tions qu'on donne aux paroles de Calvin.

S'il n'y à que de simples défauts d'expres-

sions daus ces eu-

droils de Calvin.

Calvin à voulu faire entendre plus qu'il ne disoit en effet,

tenant c'esttoute autre chose : «c'est que trois c’est plus que deux ; » c'est « qu'après avoir receü la grace par le baptéme , et l'instruction par la parole, quand Dieu ajouste à tout cela l'Eucharistie, la graces'augmente et s'affermit, et nous possédons Jésus-Christ plus parfaitement ‘. » Ainsi toute la perfection de l'Eucharistie, c'est qu'elle vient la dernière ; et encore que Jésus-Christ se soit servi en l'instituant de termes si particuliers, au fond elle n'a rien de particulier, rien enfin de plus que le baptéme, si ce n'est peut-étre un nouveau signe ; et c'est en vain que Calvin y mettoit avee tant de soin la propre substance. |

Par ce moyen les explications qu’on donne à présent aux paroles de Calvin et à celles du Catéchisme et de la confession de foi, c'est sous couleur d'interprétation une variation effective dans la doctrine, et une preuve que les illusions dont Calvin avoit voulu amuser le monde pour entretenir l'idée de réalité, ne pouvoient subsister longtemps.

Il est vrai que, pour couvrir ce foible visible de la secte, les calvinistes répondent qu'en tout cas on ne peut conclure autre chose de ces expressions qu'on leur reproche, si ce n'est peut-étre qu'au commencement on ne se seroit pas expliqué parmi eux en termes assez propres ? : mais répondre de cette sorte, c'est faire semblant de ne voir pas la difficulté. Ce qu'on doit conclure de ces expressions de Calvin et des calvinistes , c'est que les paroles de Notre- Seigneur leur ont mis d'abord dans l'esprit, malgré qu'ils en eussent, une impression de réalité qu'ils ne pouvoient remplir, et qui ensuite les obligeoit à dire des choses qui n'ayant aucun sens dans leur croyance, rendent témoignage à la nôtre; ce qui n'est pas seulement se tromper dans les expressions, mais confesser une erreur dans la chose méme, et en porter encore la conviction dans sa propre confession de foi.

Par exemple, quand d'un cóté il faut dire qu'on recoit la propre substance du corps et du sang de Notre-Seigneur; et de l'autre, qu'il faut dire aussi qu'on ne les recoit que par leur vertu, comme on recoit le soleil par ses rayons, c'est dire des choses contradictoires, et se confondre soi-même.

1 Préserv., p. 197. — ? Préserv., 194.

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