‹ Œuvres complètes de Bossuet (volume 4)Chapitre 212 sur 387 · LIVRE IX, N. LXXII-LXXIV · texte numérisé non relu

LIVRE IX, N. LXXII-LXXIV

De méme, quand d'un côté il faut dire que dans la Cène calvinienne on recoit autant la propre substance du corps et du sang de Jésus-Christ que dans celle des catholiques, et qu'il n'y a de différence que de la manière ; et qu'il faut dire d'autre part que le corps et le sang de Jésus-Christ sont en leur substance aussi éloignés des fidèles que le ciel l'est de la terre, de sorte qu'une présence réelle et substantielle se trouve au fond la méme chose qu'un si prodigieux éloignement : c’est un prodige inoui dans le discours, et de telles expressions ne servent qu’à faire voir qu’on voudroit bien pouvoir dire ce qu'en effet on ne peut pas dire raisonnablement selon ses principes.

Et afin de faire voir une fois, pour n'étre plus obligé d'y reve- ixur.

Pourquoi

nir, la conséquence de ces expressions de Calvin et des premiers je hérécalvinistes, songeons qu'il n'y eut jamais d'hérétiques qui n'at- "5:7" fectassent de parler comme l'Eglise. Les ariens et les sociniens finir r disent bien comme nous que Jésus-Christ est Dieu, mais impro- '** prement et par représentation, parce qu'il agit au nom de Dieu et

par son autorité. Les nestoriens disent bien que le Fils de Dieu et

le Fils de Marie ne sont que la méme personne, mais comme un ambassadeur est aussi la méme personne avec le prince qu'il représente. Dira-t-on qu'ils ont le méme fond que l'Eglise catholique, et n'en different que dans la manière de s'expliquer? On

dira au eontraire qu'ils parlent comme elle, sans penser comme

elle, paree que le mensonge est forcé d'imiter du moins la vérité.

C'est justement ce que fait la propre substance, et les autres expressions semblables dans le discours de Calvin et des calvinistes.

Nous pouvons remarquer ici le triomphe tout manifeste de la Lxxu, vérité catholique, puisque le sens littéral des paroles de Jésus- Dec Christ que nous défendons, aprés avoir forcé Luther à le soutenir " malgré qu'il en eût, ainsi que nous l'avons vu, a encore forcé Calvin, qui le nie, à confesser tant de choses par lesquelles il est établi d'une manière invincible.

Avant que de sortir de cette matière , il faut encore observer wv.

Passage

un endroit de Calvin qui nous donnera beaucoup à deviner; et je de Canin

pour une

ne sais si nous en pourrons pénétrer le fond. Il s'agit des luthé- présence

réelle in-

riens qui sans détruire le pain, « enferment le.corps dedans. » A wen > AC Ia 101.

LXXY.

Les cérémonies rejetées par Calvin,

« Si, dit-il, ce qu'ils prétendent étoit seulement que pendant qu'on présente le pain dans le mystère on présente en méme temps le corps, à cause que la vérité est inséparable de son signe, je ne m'y opposerai pas beaucoup. »

C'est done ici quelque chose qu'il n'approuve ni n'improuve pas tout à fait. C'est une opinion mitoyenne entre la sienne et celle du commun des luthériens : opinion où l'on met le corps inséparable du signe, par conséquent indépendamment de la foi, puisqu'il est constant que le signe peut étre recu sans elle; et cela, qu'est-ce autre chose que l'opinion que nous avons attribuée à Bucer et à Mélanchthon, oü l'on admet une présence réelle, méme dans la communion des indignes et sans le secours de la foi; où l'on veut que cette présence accompagne le signe quant au temps, mais ne soit point enfermée dedans quant au lieu? Voilà ce que Calvin « n'improuve pas beaucoup; » de sorte qu'il n'improuve pas beaucoup une vraie présence réelle inséparable du sacrement et indépendante de la foi.

J'ai tàché de faire connoitre la doctrine de ce second patriarche de la nouvelle Réforme, et je pense avoir découvert ce qui lui a donné tant d'autorité dans ce parti. Il a paru avoir de nouvelles vues sur la justice imputative qui faisoit le fondement de la Réforme, et sur la matière de l'Eucharistie qui la divisoit depuis si longtemps : mais il y eut un troisième point qui lui donna grand crédit parmi ceux qui se piquoient d avoir de l'esprit. C'est la hardiesse qu'il eut de rejeter les cérémonies beaucoup plus que n'avoient fait les luthériens; car ils s'étoient fait une loi de retenir celles qui n'étoient pas manifestement contraires à leurs nouveaux dogmes. Mais Calvin fut inexorable sur ce point. ll condamnoit Mélanchthon, qui trouvoit à son avis les cérémonies trop indifférentes ? ; et si le culte qu'il introduisit parut trop nu à quelquesuns, cela méme fut un nouveau charme pour les beaux esprits, qui crurent par ce moyen s'élever au-dessus des sens et se distinguer du vulgaire. Et parce que les apôtres avoient écrit peu de choses touchant les cérémonies qu'ils se contentoient d'établir par la pratique, ou que {même ils laissoient souvent à la disposition de

1 [nst., AV, XVII, ne 16. — ? Ep. ad Mel., p. 120, etc.

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