LIVRE IX, N. LXXXIV-LXXXVI
Il s'agissoit dans ce lieu dela prière pour les morts. Tous ses
LXXXIY.
Les Péres
écrits sont pleins de pareils discours. Mais malgré l'orgueil des se tont res-
pecter par
hérésiarques, l'autorité des Pères et de l'antiquité ecclésiastique ies protes-
tans, mal-
ne laisse pas de subsister dans leur esprit. Calvin, qui méprise gré’ qvis
tant les saints Pères, ne laisse pas de les alléguer comme des témoius dont il n'est pas permis de rejeter l'autorité, lorsqu'il écrit ces paroles, après les avoir cités : « Que diront-ils à l’ancienne Eglise? Veulent-ils damner l’ancienne Eglise? » Ou bien, « veulent-ils chasser de l'Eglise saint Augustin ‘? » On pourroit lui en dire autant dans le point de la prière pour les morts, et dans les autres où il est certain, et souvent de son aveu propre, qu'il a les Péres contre lui. Mais sans entrer dans cette dispute particuliére, il me suffit d'avoir remarqué que nos réformés sont souvent contraints par la force de la vérité à respecter le sentiment des Péres plus qu'il ne semble que leur doctrine et leur esprit ne le porte.
Ceux qui ont vu les variations infinies de Luther pourront de-
en aient,
$i Calvin 4
mander si Calvin est tombé dans la même faute. A quoi je répon- varié dans
drai qu'outre que Calvin avoit l'esprit plus suivi, il est vrai d'ailleurs qu'il a écrit longtemps aprés le commencement de la Réforme prétendue; de sorte que les matières ayant déjà été fort agitées, et les docteurs ayant eu plus de loisir de les digérer, la doctrine de Calvin paroit plus uniforme que celle de Luther. Mais nous verrons dans la suite que par une politique ordinaire aux chefs des nouvelles sectes qui cherchent à s'établir, ou par la nécessité commune de ceux qui tombent dans l'erreur, Calvin ne laisse pas d'avoir beaucoup varié, non-seulement dans ses écrits particuliers, mais encore dans les actes publics qu'il a dressés au nom de tous les siens, ou qu'il leur a inspirés.
Et méme sans aller plus loiñ, en considérant seulement ce que nous avons rapporté de sa doctrine, nous avons vu qu'elle est pleine de contradictions, qu'il ne suit pas ses principes, et qu'avec de grands mots il ne dit rien.
Et pour peu qu'on fasse de réflexion sur les actes qu'il a dressés, ou que les calvinistes ont publiés de son aveu en cinq ou six ans,
1 11 Def., Opusc., p. 111; Admonit. ult:, 836, ibid.
. Sadoctrine
Variations dans les
actes des calvinistes L'accord de Genève comparé avec le , "Catéchisme et la Confession de France.
Troisiéme confession de foi envoyée en Allemagne
ils ne pourront se laver ni lui ni eux tous d’avoir expliqué leur foi avec une dissimulation criminelle.
En 1554 nous avons vu qu'il se fit un accord solennel entre ceux de Genève et de Zurich ' : c'est Calvin qui le dressa, et la foi commune de ces deux églises y est expliquée.
Sur la Cène, il n’y est dit autre chose, « sinon que ces paroles : « Ceci est mon corps, » ne doivent pas estre prises précisément à la lettre, mais figurément, en sorte que le nom de corps et de sang soit donné par métonymie au pain et au vin qui les signifient; et que si Jésus-Christ nous nourrit par la viande de son corps et le breuvage de son sang, cela se fait par la foy et par la vertu du Saint-Esprit sans aucune transfusion ni aucun mélange de substance, mais parce que nous avons la vie par son corps une fois immolé et son sang une fois répandu pour nous?. »
Si on n'entend parler dans cet accord ni de la propre substance du corps et du sang reçus dans la Cène, ni des merveilles incompréhensibles de ce sacrement, ni des autres choses semblables que nous avons remarquées dans le Catéchisme et dans la Confession de foi des calvinistes de France, la raison n'en est pas malaisée à deviner. C'est, comme nous l'avons vu, que les Suisses, et surtout ceux de Zurich instruits par Zuingle, n'avoient jamais voulu reconnoitre aucun miracle dans la Cène; et contens de la présence de vertu, ils ne savoient ce que vouloit dire cette communication de propre substance que Calvin et les calvinistes vantoient tant; de sorte que pour s'aecorder, il fallut supprimer ces choses, et présenter aux Suisses une confession de foi dont ils pussent s'accommoder.
A ces deux confessions de foi dressées par Calvin, dont l'une étoit pour la France, et l'autre fut composée pour s'aceommoder avec les Suisses, on en ajouta, pendant qu'il vivoit encore, une troisième en faveur des protestans d'Allemagne.
Bèze et Farel comme députés des églises réformées de France et de celle de Genève, la portèrent en 4557 à Vorms, où les princes et les Etats de la Confession d'Augsbourg étoient assemblés. On les vouloit engager à intercéder pour les calvinistes auprès de
1 Opusc. Calv., 152; Hosp., an. 1554. — ? Art. 22, 23.