‹ Œuvres complètes de Bossuet (volume 4)Chapitre 215 sur 387 · LIVRE IX, N. LXXX VII · texte numérisé non relu

LIVRE IX, N. LXXX VII

Henri II, qui à l'exemple de Francois I‘ son père, n'oublioit rien pour les abattre. Les termes de propre substance ne furent pas oubliés, comme on faisoit volontiers quand on traitoit avec les Suisses. Mais on y ajouta beaucoup d'autres choses, et je ne sais pour moi comment on peut accorder cette confession avec la doctrine du sens figuré. Car il y est dit «qu’on recoit dans la Cène, non-seulement les bienfaits de Jésus-Christ, mais sa substance mesme et sa propre chair; que le corps du Fils de Dieu ne nous y est pas proposé en figure seulement et par signification symboliquement ou typiquement comme un mémorial de Jésus-Christ absent, mais qu'il est vraiment et certainement rendu présent avee les symboles qui ne sont pas de simples signes; et si, disoient-ils, nous ajoustons que la maniére dont ce corps nous est donné est symbolique et Sacramentelle, ce n'est pas qu'elle soit seulement figurative, mais parce que sous l'espéce des choses visibles Dieu nous offre, nous donne, et nous rend présent avec les symboles ce qui nous y est signifié; ce que nous disons afin qu'il paroisse que nous retenons dans la Céne la présence du propre corps et du propre sang de Jésus-Christ, et que, s'il reste quelque dispute, elle ne regarde plus que la maniére f. »

Nous n'avions pas encore oui dire aux calvinistes qu'il ne fallüt pas regarder la Céne « comme un mémorial de Jésus-Christ absent:» nous ne leur avions pas oui dire que pour nous donner non ses bienfaits, mais sa substance et sa propre chair, « il nous la rendit vraiment présente sous les espèces; » ni qu'il fallüt reconnoitre dans la Céne « une présence du propre corps et du propre sang ; » et si nous ne connoissions les équivoques des sacramentaires, nous ne pourrions nous empécher de les prendre pour des défenseurs aussi zélés de la présence réelle que le sont les luthériens. A les entendre parler, on pourroit douter s'il reste quelque dispute entre la doctrine luthérienne et la leur : « S'il reste encore, disent-ils, quelque dispute , elle ne regarde pas la chose méme, mais la maniére de la présence, » de sorte que la présence qu'ils reconnoissent dans la Cène doit être dans le fond aussi réelle et aussi substantielle que celle qu'y reconnoissent les luthériens. ..! Hosp., ad an. 1557, fol. 252.

LXXXVIII Autre confession de foi des prisonniers,

pour êlre envo yée aux protestans.

Et en effet, dans la suite où ils traitent de la manière de cette présence, ils ne rejettent dans cette manière que ce qu'y rejettent les luthériens : ils rejettent la manière de s’unir à nous « naturelle ou locale; » et personne ne dit que Jésus- Christ nous soit uni à la maniére ordinaire et naturelle, ni qu'il soit dans le sacrement ou dans ses fidéles comme les corps sont dans leur lieu; car il y est certainement d'une maniere plus haute. Ils rejettent « l'épanchement de la nature humaine de Jésus-Christ, » e'est-àdire l'ubiquité que quelques luthériens rejetoient aussi, et qui n'avoit pas encore si hautement gagné le dessus. Ils rejettent un «grossier mélange de la substance de Jésus-Christ avec la nôtre, » que personne n'admettoit; car il n'y a rien de moins grossier, ni de plus éloigné des mélanges vulgaires que l'union du corps de Notre-Seigneur avec les nôtres, que les luthériens reconnoissent aussi bien que les catholiques. Mais ce qu'ils rejettent sur toutes choses, c'est « cette grossière et diabolique transsubstantiation, » sans dire aucun mot de la consubstantiation luthérienne, qu'ils ne trouvoient en leur cœur, comme nous verrons, guère moins diabolique, ni moins charnelle. Mais il étoit bon de n’en point parler, de peur de choquer les luthériens, dont on imploroit le secours. Et enfin ils concluent tout court, en disant que la présence qu'ils reconnoissent se fait « d'une manière spirituelle, qui est appuyée sur la vertu incompréhensible du Saint-Esprit : » paroles que les luthériens employoient eux-mémes aussi bien que les catholiques, pour exclure avec la présence en figure, méme la présence en vertu qui n'a rien de miraculeux ni d'incompréhensible.

Telle fut la confession de foi que les calvinistes de France envoyèrent aux protestans d'Allemagne. Ceux qu'on tenoit en prison en France pour la religion y joignirent leur déclaration particulière, où ils recoivent expressément la Confession d? Augsbourg en tous ses articles, à la réserve de celui de l'Eucharistie; en ajoutant toutefois, ce qui n'étoit pas moins fort que la Confession d'Augsbourg, que « la Cène n'est pas un signe de Jésus-Christ absent; » et se tournant aussitót « contre les papistes, et leur changement de substance et leur adoration, » toujours sans

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