LIVRE IX, N. LXXXIX-XCI
dire aucun mot contre la doctrine particulière du luthéranisme.
C'est ce qui fit que les luthériens, de l'avis commun de tous leurs théologiens, jugèrent la déclaration envoyée de France « conforme en tout point à la Confession d'Augsbourg, malgré ce qu'on y disoit sur l’article x, parce qu'au fond on en disoit plus sur la présence réelle que n’avoit fait cet article.
L'article d'Augsbourg disoit « qu'avec le pain et le vin le corps et le sang étoient vraiment présens et vraiment distribués à ceux qui prenoient la Cène.» Ceux-ci disent «que la propre chair et la propre Substance de Jésus-Christ est vraiment présente et vraiment donnée avec les symboles, et sous les espéces visibles, » et le reste non moins précis que nous avons rapporté; de sorte que si on demande lesquels expriment le plus fortement la présence substantielle, ou des luthériens qui la croient ou des calvinistes qui ne la croient pas, il se trouvera que c'est les derniers.
Pour ce qui étoit des autres articles de la Confession d'Augs- rxxux.
bourg, ils demeuroient établis par l'exception du seul article de la quar Cène, c'est-à-dire que les calvinistes, méme ceux qu'on détenoit Confesen prison pour leur religion, professoient contre leur croyance la p nécessité du baptéme, l'amissibilité de la justice, l'incertitude de évouéa par
la prédestination, le mérite des bonnes œuvres et la prière pour rise. les morts; tous points que nous avons lus en termes formels dans la Confession d'Augsbourg; et voilà de quelle maniére les martyrs de la nouvelle Réforme détruisoient par leurs équivoques, ou par un exprès désaveu, Ja foi pour laquelle ils mouroient.
Ainsi nous avons vu clairement trois langages différens de nos xc.
EE x . * 0t . c -c Réflexions
calvinistes en: trois différentes Confessions de foi. Par celle qu'ils sur ces
^ . x 4 s trois con-
firent pour eux-mêmes, ils songérent apparemment à se satis- fessions de foi.
faire : ils en ótoient quelque chose pour contenter les zuingliens, et ils savoient y ajouter dans le besoin ce qui pouvoit leur rendre les luthériens plus favorables.
Nous allons maintenant entendre les calvinistes s'expliquer, xr.
c : AR . Le collo-
non plus entre eux, ni avec les zuingliens ou les luthériens, mais que da - 3 3 HM oissy ,
avec les catholiques. Ce fut en 1561 durant la minorité de comment » 4 , entrepris.
Charles IX, au fameux colloque de Poissy, où, par l'ordre de la cui my vient point
reine Catherine de Médicis sa mère et régente du royaume, les et hisse
cette affaire à Béze.
prélats furent assemblés pour conférer avec les ministres, et réformer les abus qui donnoient prétexte à l'hérésie'. Comme on s'ennuyoit en France des longues remises du concile général si souvent promis par les papes, et des fréquentes interruptions de celui qu'ils avoient enfin commencé à Trente, la reine abusée par quelques prélats d'une doctrine suspecte, dont le chancelier de l'Hôpital, trés-zélé pour l'Etat et grand personnage, appuyoit l'avis, crut trop aisément que dans une commotion si universelle elle pourroit pourvoir en particulier au royaume de France, sans l'autorité du Saint-Siége et du concile. On lui fit entendre qu'une conférence concilieroit les esprits, et que les disputes qui les partageoient seroient plus sürement terminées par un accord, que par une décision dont l'un des partis seroit toujours mécontent. Le cardinal Charles de Lorraine, archevéque de Reims, qui ayant tout gouverné sous Francois Il avec Francois, duc de Guise, son frére, s'étoit toujours conservé une grande considération; grand génie, grand homme d'Etat, d'une vive et agréable éloquence, savant méme pour un homme de sa qualité et de ses emplois, espéra de se signaler dans le public, et tout ensemble de plaire à la cour en entrant dans le dessein de la reine. C'est ce qui fit entreprendre cette assemblée de Poissy. Les calvinistes y députèrent ce qu'ils avoient de plus habile, à la réserve de Calvin qu'on ne voulut pas montrer, soit qu'on craignit d'exposer à la haine publique le chef d'un parti si odieux, soit qu’il crüt que son honneur füt mieux conservé en envoyant ses disciples et conduisant secrètement l'assemblée de Geneve où il dominoit, que s'il se fût commis lui-même, I] est vrai aussi que par la foiblesse de sa santé et la, violence de son humeur emportée, il étoit moins propre à se soutenir dans une conférence que Théodore de Bèze d'une constitution plus robuste et plus maitre de lui-même. Ce fut done Bèze qui parut le plus, ou pour mieux dire, qui parut seul dans cette assemblée. Il étoit regardé comme le principal disciple et l'intime confident de Calvin, qui l'avoit choisi pour étre coopérateur de son ministère et de ses travaux dans Genève, où sa Réforme sem-
! Hosp., ad an. 1561; Bez., Hist. eccl., liv. IV ; La Poplin., liv. VIL; 'fhuan., lib. XXVIII.