‹ Œuvres complètes de Bossuet (volume 4)Chapitre 218 sur 387 · LIVRE IX, N. XCIV · texte numérisé non relu

LIVRE IX, N. XCIV

Les fortes expressions que nous avons vues dans la confession de foi qui fut alors présentée, étoient assez propres à ce jeu : mais les ministres ne laissèrent pas d'y ajouter des choses qu'il ne faut pas oublier. C’est ce qui paroît surprenant : car comme ils devoient avoir fait leur dernier effort pour bien expliquer leur doctrine dans leur confession de foi qu'ils venoient de présenter à une assemblée si solennelle, il semble qu'interrogés sur leur croyance, ils n'avoient qu'à se rapporter à ce qu'ils en avoient dit dans un acte si authentique : mais ils ne le firent pas, et voici comme ils proposèrent leur doctrine d'un commun consentement. « Nous confessons la présence du corps et du sang de Jésus-Christ en sa sainte Cène, où il nous donne véritablement la substance de son corps et de son sang par l'opération de son Saint-Esprit ; et que nous recevons et mangeons spirituellement et par foy ce mesme vray corps qui a esté immolé pour nous pour estre os de ses os et chair de sa chair, et pour estre vivifiez, et en recevoir tout ce qui est utile à nostre salut ; et parce que la foy appuyée sur la promesse de Dieu rend présentes les choses receüés, et qu'elle prend réellement et de faitle vray corps naturel de Nostre- Seigneur par la vertu du Saint-Esprit, en ce sens nous croyons et reconnoissons la présence du propre corps et du propre sang de Jésus-Christ dans la Céne. » Voilà toujours ces grandes phrases, ces pompeuses expressions et ces longs discours pour ne rien dire. Mais avec toutes ces paroles ils ne crurent pas s'étre encore assez expliqués; et bientôt après ils ajoutèrent « que la distance des lieux ne peut empêcher que nous ne participions au corps et au sang de Jésus-Christ, puis que la Cène de Nostre-Seigneur est une chose céleste; et qu'encore que nous recevions sur la terre par nos bouches le pain et le vin comme les vrays signes du corps et du sang, nos ames, qui en sont nourries, enlevées au ciel par la foy et l'efficace du Saint-Esprit, joüissent du corps présent et du sang de Jésus-Christ; et qu'ainsi le corps et le sang sont vrayment unis au pain et au vin, mais d'une maniére sacramentelle, c'est-à-dire non selon le lieu ou la naturelle position des corps, mais en tant qu'ils signifient efficacement que Dieu donne ce corps et ce sang à ceux qui participent fidèlement aux signes mesmes,

XCY.

Réflexions des catholiques sur ces discours và-

gues et pompeux.

et qu'ils les recoivent vrayment par la foy. » Que de paroles pour dire que les signes du corps et du sang recus avec foi nous unissent par cette foi inspirée de Dieu au corps et au sang qui sont au ciel! Il n'en falloit pas davantage pour s'expliquer nettement ; et cette jouissance substantielle du corps vraiment et réellement présent , et les autres termes semblables ne servent qu'à entretenir des idées confuses, au lieu deles déméler, comme on est obligé de faire dans une explication de la foi. Mais dans cette simplicité que nous demandons, les chrétiens n'eussent pas trouvé ce qu'ils désiroient , c'est-à-dire la vraie présence de Jésus-Christ en ses deux natures; et privés de cette présence ils auroient ressenti , pour ainsi parler, un certain vide, qu'au défaut de la chose méme les ministres tàchoient de remplir par cette multiplicité de grandes paroles et par leur son magnifique.

Les catholiques n'entendoient rien dans ce prodigieux langage, et ils sentirent seulement qu'on avoit voulu suppléer par toutes ces phrases à ce que Bèze avoit laissé de trop vide et de trop creux dans la Cène des calvinistes. Toute la force étoit dans ces paroles : « La. foi rend présentes les choses promises. » Mais ce discours parut bien vague aux catholiques. Par ce moyen, disoient-ils , et le jugement, et la résurrection générale, et la gloire des bienheureux, aussi bien que le feu des damnés, nous seront autant présens que le corps de Jésus-Christ nous l'est dans la Cène; et si cette présence par foi nous fait recevoir la substance méme des choses, rien n'empéche que les ames saintes qui sont dans le ciel ne recoivent dès à présent et avant la résurrection générale la propre substance de leur corps, aussi véritablement qu'on nous veut faire recevoir ici par la seule foi la propre substance du corps de Jésus-Christ. Car si la foi rend les choses si véritablement présentes qu'on en possede par ce moyen la substance, combien plus la vision bienheureuse ! Mais à quoi sert cet enlèvement de nos ames dans le ciel par la foi, pour nous unir la propre substance du corps et du sang ? Un enlévement moral et par affection fait-il de semblables unions? Quelle substance ne pouvons-nous pas embrasser de cette sorte? Qu'opere ici l'efficace du Saint-Esprit? L Saint-Esprit inspire la foi; mais la foi ainsi inspirée, quelque forte

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