LIVRE X, N. IV, V
tées 1, » C'étoit en penser au fond tout ce qu'en pensent les catholiques, « Si elles excitent la dévotion » envers Dieu, elles pouvoient bien aussi en exciter les marques extérieures ; c'est là tout le culte que nous leur rendons : « y estre afféctionné » dans ce sens, comme la reine Elisabeth, n'étoit pas un sentiment si grossier qu'on veut à présent nous le faire croire; et je doute que M. Burnet voulüt accuser une reine, qui selon lui a fixé la religion en Angleterre, d'avoir eu des sentimens d'idolàtrie. Mais le parti des iconoclastes avoit prévalu : la reine ne leur put résister ; et on lui fit tellement outrer la matière, que non contente « d'ordonner qu'on ostàt les images des églises, elle défendit à tous ses sujets de les garder dans leurs maisons ?; » il n’y eut que le crucifix qui s'en sauva, encore ne fut-ce que dans la chapelle royale, d’où l'on ne put persuader à la reine de l'arracher *.
Il est bon de considérer ce que les protestans lui représentèrent pour l'obliger à cette ordonnance contre les images, afin qu'on en voie ou la vanité, ou l'excés. Le fondement principal est que « le deuxiéme commandement défend de faire des images à la similitude de Dieu * : » ce qui manifestement ne conclut rien contre les images ni de Jésus-Christ en tant qu'homme, ni des Saints, ni en général contre celles oà l'on déclare publiquement , comme fait l'Eglise catholique, qu'on ne prétend nullement représenter la divinité. Le reste étoit si excessif que personne ne le peut soutenir : car ou il ne conclut rien, ou il conclut à la défense absolue de l'usage de la peinture et de la sculpture : foiblesse, qui à présent est universellement rejetée de tous les chrétiens, et réservée à la superstition et grossièreté des mahométans et des Juifs.
La reine demeura plus ferme sur le point de l'Eucharistie. Il est de la dernière importance de bien comprendre ses sentimens, selon que M. Burnet les rapporte : « Elle estimoit qu'on s'estoit restreint du temps d'Edouard, sur certains dogmes, dans des limites trop étroites et sous des termes trop précis ; qu'il falloit user d'expressions plus générales, où les partis opposez trouvassent leur compte *. » Voilà ses idées en général. En les appli-
1 Burn., liv. II, p. 551, 558. — ? P. 590. — 3 Thuan., lib. XXI, an, 1559. — ^ Burn., ibid. — 5 Ibid., 551.
On la persuade par desraisons évidemment mauvaises.
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On varie "manifestement sur la présence réelle.
La politique règle lareligion.
La foi des prétendus martyrs est changée.
quant à l'Eucharistie, «son dessein estoit de faire concevoir en des paroles un peu vagues la manière de la présence de Jésus- Christ dans l'Eucharistie. Elle trouvoit fort mauvais que, par des explications si subtiles, on eust chassé du sein de l'Eglise ceux qui croyoient la présence corporelle. » Et encore : « Le dessein estoit de dresser un office pour la communion , dont les expressions fussent si bien ménagées, qu'en évitant de condamner la présence corporelle, on réunist tous les Anglois dans une seule et mesme Eglise !. » ;
On pourroit croire peut-étre que la reine jugea inutile de s'expliquer contre la présence réelle, à cause que ses sujets se portoient d'eux-mémes à l'exclure : mais au contraire « la pluspart des gens estoient imbus de ce dogme de la présence corporelle ; ainsi la reine chargea les théologiens de ne rien dire qui le censurast absolument, mais de le laisser indécis, comme une opinion spéculative que chacun auroit la liberté d'embrasser ou de rejeter. »
C'étoit une étrange variation dans un des principaux fondemens de la réformation anglicane. Dans la Confession de foi de 4551, sous Edouard, on avoit pris avee tant de force le parti contraire à la présence réelle, qu'on la déclara impossible et contraire à l'ascension de Notre-Seigneur. Lorsque sous la reine Marie, Cranmer fut condamné comme hérétique, il reconnut que le sujet principal de sa condamnation « fut de ne point reconnoitre dans l'Eucharistie une présence corporelle de son Sauveur. » Ridley, Latimer et les autres prétendus martyrs de la réformation anglicane rapportés par M. Burnet, ont souffert pourla méme cause. Calvin en dit autant des martyrs francois, dont il oppose l'autorité aux luthériens ?. Cet arliele paroissoit encore si important en 4549 et durant le règne d'Edouard, que lorsqu'on y voulut travailler à faire « un systeme de doctrine qui embrassast , dit M. Burnet, tous les points fondamentaux da la religion, on approfondit surtout l'opinion de la présence de Jésus-Christ dans le sacrement?, » C'étoit donc alors non-seulement un des points fondamentaux, mais en-
1 Burn., liv. II, p. 579. — ? Calv., Diluc. explic., Opusc., p. 861. — 3 Liv. Ml, p. 158.