‹ Œuvres complètes de Bossuet (volume 4)Chapitre 225 sur 387 · LIVRE X, N. VI · texte numérisé non relu

LIVRE X, N. VI

core parmi les fondamentaux un des premiers. Si c'étoit un point si fondamental et le principal sujet de ces martyres tant vantés , on ne pouvoit l'expliquer en termes trop précis. Après une explication aussi claire que celle qu'on avoit donnée sous Edouard , en revenir, comme vouloit Elisabeth, « à des expressions générales» qui laissassent la chose « indécise, et où les partis opposez trouvassent leur compte, » en sorte qu'on en püt croire tout ce qu'on voudroit, c'étoit trahir la vérité et lui égaler l'erreur. En un mot, «ces termes vagues » dans une confession de foi n'étoient qu'une illusion dans la matière du monde la plus sérieuse , et qui demande le plus de sincérité. C'est ce que les réformés d'Angleterre eussent dû représenter à Elisabeth. Mais la politique l'emporta contre la religion, et l'on n'étoit pas d'humeur à tant rejeter la présence réelle. Ainsi « l'article xxix » de la confession d'Edouard, où elle étoit condamnée, «fut fort changé ! : » on y óta tout ce qui montroit la présence réelle impossible et contraire à la séance de Jésus-Christ dans les cieux. « Toute cette forte explication, dit M. Burnet, fut effacée dans l'original avec du vermillon. » L'historien remarque avec soin qu'on peut encore la lire : mais cela méme est un témoignage contre la doctrine qu'on efface. On vouloit qu'on la püt lire encore, afin qu'il restât une preuve que c'étoit précisément celle-là qu'on avoit voulu retrancher. On avoit dit àla reine Elisabeth sur les images, « que la gloire des premiers réformateurs seroit flestrie, si l'on venoit à rétablir dans les églises ce que ces zélez martyrs de la pureté évangélique avoient pris soin d'abattre?. » Ce n'étoit pas un moindre attentat de retrancher de la Confession de foi de ces prétendus martyrs ce qu'ils y avoient mis contre la présence réelle, et d'en óter la doctrine pour laquelle ils avoient versé leur sang. Au lieu de leurs termes simples et précis on se contenta de dire selon le dessein d'Elisabeth, « en termes vagues , que le corps de Notre-Seigneur Jésus- Christ est donné et receù d'une manière spirituelle, et que le moyen par lequel nous le recevons est la foy ?. » La première partie de l'article est très-véritable , en prenant la « manière spirituelle » pour une manière au-dessus des sens et de la nature, 1 Burn., liv. II, 601. — ? P. 588. — 3 P. 601.

comme la prennent les catholiques et les luthériens ; et la seconde n'est pas moins certaine, en prenant la réception pour la réception utile et au sens que saint Jean disoit en parlant de Jésus- Christ, que « les siens ne le recurent pas, » encore qu'il füt au monde en personne au milieu d'eux, c’est-à-dire qu'ils ne recurent ni sa doctrine ni sa grace. Àu surplus ce qu'on ajoutoit dans la confession d'Edouard sur la communion des impies, qui ne recoivent que les symboles, fut pareillement retranché ; et on prit soin de n'y conserver sur la présence réelle que ce qui pouvoit étre approuvé par les catholiques et les luthériens.

vii. Par la méme raison on changea dans la liturgie d'Edouard ce

Change-

meses qui condamnoit la présence corporelle : par exemple, on y expli-

per. quoit qu'en se mettant à genoux lorsqu'on recevoit l'Eucharistie, (owes « on ne prétendoit rendre par là aucune adoration à une présence corporelle. de la chair et du sang, cette chair et ce sang n'estant point ailleurs que dans le ciel ?. » Mais sous Elisabeth on retrancha ces paroles, et on laissa la liberté toute entière d'adorer dans l'Eucharistie la chair et le sang de Jésus-Christ comme présens. Ce que les prétendus martyrs et les auteurs de la réformation anglicane avoient regardé comme une grossière idolâtrie, devint sous Elisabeth une action innocente. Dans la seconde liturgie d'Edouard on avoit Óté ces paroles qu'on avoit laissées dans la premiére : « Le corps ou le sang de Jésus-Christ garde ton corps et ton ame pour la vie éternelle; » mais ces mots, qu'Edouard avoit retranchés parce qu'ils sembloient « trop favoriser la présence corporelle, furent rétablis par Elisabeth ?. » La foi alloit au gré des rois; et ce que nous venons de voir ôté dans la liturgie par la méme reine, y fut depuis remis sous le feu roi Charles II.

vni. Malgré tous ces changemens dans des choses si essentielles ,

Jllusion de 5 . , . .

x. umet, M. Burnet veut que nous croyions qu'il n'y eut point de variaaire quon tions dans la doctrine de la Réforme en Angleterre. « On y dén'a point , : Lade ^ , . A

change la truisoit, dit-il, alors, » tout de même qu'aujourd'hui, le dogme

doctrine

we dela présence corporelle ; et «seulement on estima qu'il n'estoit

sous

rdwad. ni nécessaire ni avantageux de s'expliquer trop nettement là 1 Joan., 1, 10, 11. — ? Burn., liv. lI, p. 580. — ? Burn., liv. I, p. 259.

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