‹ Œuvres complètes de Bossuet (volume 4)Chapitre 226 sur 387 · LIVRE X, N. IX, X · texte numérisé non relu

LIVRE X, N. IX, X

dessus !; » comme si on pouvoit s'expliquer trop nettement sur la foi. Mais il faut encore aller plus avant. C'est varier manifestement dans la doctrine, non-seulement d'en embrasser une contraire, mais encore de laisser indécis ce qui auparavant étoit décidé. Si les anciens catholiques, aprés avoir décidé en termes précis l'égalité du Fils de Dieu avec son Pére, avoient supprimé ce qu'ils en avoient prononcé à Nicée, pour se contenter simplement de l'appeler Dieu en termes vagues et au sens que les ariens n’avoient pu nier, en sorte que ce qu'on avoit si expressément décidé devint indécis et indifférent, n'auroient-ils pas manifestement changé la foi de l'Eglise, et fait un pas en arrière? Or c'est ce qu'a fait l'Eglise anglicane sous Elisabeth; et on ne peut pas en convenir plus clairement que M. Burnet en est convenu dans les paroles que nous avons rapportées, oü il paroit en termes formels que ce ne fut ni par hasard ni par oubli qu'on omit les expressions du temps d'Edouard, mais par un dessein bien médité « de ne rien dire qui censurast la présence corporelle, et au contraire de laisser ce dogme indécis, en sorte que chacun eust la liberté de l'embrasser ou de le rejeter : » ainsi, ou sincèrement ou par politique, on revint de la foi des réformateurs, et on laissa pour indifférent le dogme de la présence corporelle, contre lequel ils avoient combattu jusqu'au sang.

C'est là encore l'état présent de l'église d'Angleterre, si nous en croyons M. Burnet. ("a été sur ce fondement que l’évêque Guillaume Bedel , dont il a écrit la vie, crut qu'un grand nombre de luthériens qui s'étoient réfugiés à Dublin, pouvoient communier sans crainte avec l'église anglicane, « qui en effet, dit M. Burnet, a eu une telle modération en ce point (de la présence réelle), que n'y ayant aucune définition positive de la maniére dont le corps de Jésus-Christ est présent dans le sacrement, les personnes de différent sentiment peuvent pratiquer le mesme culte sans estre obligeez de se déclarer et sans qu'on puisse présumer qu'elles contredisent leur foy ?. » C'est ainsi que l'église d'Angleterre a réformé ses réformateurs et corrigé ses maitres.

Au reste ni sous Edouard, ni sous Elisabeth, la réformation an-

1 Burn., liv. III, p. 602. — ? Vie de Guill. Bedel, p. 132, 133.

L'Angleterre est

indifféren-

le sur la présence réelle,

On ne se

sut pint glicane n’employa jamais dans l'explication de l'Eucharistie ni la iere substance du corps, ni ces opérations incompréhensibles tant nde, me exaltées par Calvin. Ces expressions favorisoient trop une pré- “rs sence réelle, et c'est pourquoi on ne s'en servit ni sous Edouard 40^" où on la vouloit exclure, ni sous Elisabeth où on vouloit laisser

la chose indécise; et l'Angleterre sentit bien que ces mots de Calvin peu convenables à la doctrine du sens figuré, n'y pouvoient étre introduits qu'en forcant trop visiblement leur sens

naturel.

E, I reste que nous expliquions l'article de la suprématie. Il est à supré- : » ? 2 - .

matie dela vrai qu'Elisabeth y répugnoit; et ce titre de chef de l'Eglise trop

pes grand à son avis, même dans les rois, lui parut encore plus inels ct supportable , pour ne pas dire plus ridicule, dans une reine !. Un pii célebre prédicateur protestant lui avoit, dit M. Burnet, «suggéré cette délicatesse ; » c’est-à-dire qu'il y avoit encore quelque reste de pudeur dans l'église anglicane, et que ce n'étoit pas sans quelques remords qu'elle abandonnoit son autorité à la puissance séculière ; mais la politique l'emporta encore en ce point. Avec toute la secrète honte que la reine avoit pour sa qualité de chef de l'Eglise, elle 'accepta et l'exerca sous un autre nom. Par une i5» — ]oi publiée en 4559, « on attacha de nouveau la primauté ecclésiastique à la couronne. On déclara que le droit de faire les visites ecclésiastiques, et de corriger ou de réformer les abus de l'Eglise, estoit annexé pour toüjours à la royauté; et qu'on ne pourroit éxercer aucune charge publique, soit civile, ou militaire, ou ecclésiastique, sans jurer de reconnoistre la reine pour souveraine gouvernante dans tout son royaume en toutes sortes de causes séculiéres et ecclésiastiques ?. » Voilà donc à quoi aboutit le scrupule de la reine; et tout ce qu'elle adoucit dans les lois de Henri VIII sur la primauté des rois, fut qu'au lieu que sousce roi on perdoit « la vie » en la niant, sous Elisabeth « on ne perdoit que ses biens ?. » | xu — Les évêques catholiques se souvinrent à cette fois de ce qu'ils dei étoient; et attachés invinciblement à l'Eglise eatholique et au esp

iholiques. Saint-Siége, ils furent déposés pour avoir constamment refusé de 1 Burn., liv. HII, p. 558, 571. — ? Jbid., p. 510 et seq. — ? Jbid., p. 91.

Page 1