LIVRE X, N. XXXVII-XXXIX
C’est un acte si chrétien et si héroïque dans la nouvelle Réforme de faire la guerre à son souverain pour la religion, qu’on fait un crime à un ministre de s’en être repenti, et d'en avoir demandé pardon à la reine. Il faut faire réparation devant tout le peuple dans l’action la plus célèbre de la religion, c’est-à-dire dans la Cène, des excuses respectueuses qu'on en a faites à la reine, et pousser l'insolence jusqu'à lui déclarer à elle-même qu'on désavoue ce respect, afin qu'elle sache que dorénavant on ne veut garder aucunes mesures; encore ne sait-on pas aprés celte réparation et ce désaveu, si on a Ôté le scandale que cette soumission avoit causé parmi le peuple réformé. Ainsi on ne peut nier que lobéissanee n'y füt scandaleuse: un synode national le décide ainsi. Mais voici dans l'article xzvir, une autre décision, qui ne paroitra pas moins étrange : « Un abbé, venu à la connoissance de l'évangile, a bruslé ses titres, et n'a pas permis depuis six ans qu'on ait chanté messe en l'abbaye. » Quelle réforme! Mais voici le comble de la louange : « Ains s'est toujours porté fidèlement, et a porté les armes pour maintenir l’évangile. » C'est un saint abbé, qui très-éloigné du papisme et tout ensemble de la discipline de saint Bernard et de saint Benoit, n'a souffert dans son abbaye ni messe ni vépres, quoi qu'aient pu ordonner les fondateurs; et qui de plus, peu content de ces armes spirituelles tant célébrées par saint Paul, mais trop foibles pour son courage, a généreusement porté les armes et tiré l'épée contre son prince pour la défense du nouvel évangile. « Il doit estre receü à la Cène, » conclut tout le synode national; et ce mystère de paix est la récompense de la guerre qu'il a faite à sa patrie.
Cette tradition du parti s'est conservée dans les temps suivans; et le synode d'Alais en 1620, remercie M. de Châtillon, qui lui avoit écrit « avec protestation de vouloir employer, à l'exemple de ses prédécesseurs, tout ce qui estoit en luy pour l'avancement du règne de Christ. » C'étoit le style. La conjoncture des temps et les affaires d'Alais expliquent l'intention de ce seigneur, et on sait ce qu'entendoient par le règne de Christ l'amiral de Châtillon et
Dandelot ses prédécesseurs.
Les ministres qui enseignoient cette doctrine crurent imposer
Autre décision.
La méme doctrine s'est perpétuée dans les synodes suivans jusqu'à nos jours,
Quel fut
reprit as au monde , en établissant dans leurs troupes cette belle discipline ds es tant louée par M. de Thou. Elle dura bien environ trois mois : "7. au surplus les soldats bientôt emportés aux derniers excès, s'en crurent assez excusés, pourvu qu'ils sussent crier : « Vive l'évangile; » et le baron des Adrets connoissoit bien le génie de cette milice, lorsqu'au rapport d'un historien huguenot !, sur le reproche qu'on lui faisoit, que l'ayant quittée on ne lui voyoit plus rien entreprendre qui füt digne de ses premiers exploits, il s'en excusoit en disant, qu'en ce temps il n'y avoit rien qu'il ne püt oser avec des troupes « soudoyeez de vengeance, de passion et d'honneur, » à qui méme il avoit « osté tout l'espoir du pardon » par les cruautés où il les avoit engagées. Si nous en croyons les ministres, nos réformés sont encore dans les mémes dispositions; et celui de tous qui écrit le plus, l'auteur des nouveaux systèmes, et l'interpréte des prophéties, vient encore d'imprimer, que «la fureur où sont aujourd'hui ceux à qui on fait violence, et la rage qu'ils ont d'estre forcez, fortifie l'amour et l'attache qu'ils avoient pour la vérité ?. » Voilà, selon les ministres, l'esprit qui anime ces nouveaux martyrs. :
XL. Il ne sert de rien à nos réformés de s'excuser des guerres ci- $i l'exem-
ple desc. Viles sur l'exemple des catholiques sous Henri IIT et Henri IV,
tholiques
justifie is puisqu'outre qu'il ne convient pas à cette Jérusalem de se dé-
P2" fendre par l'autorité de Tyr et de Babylone, ils savent bien que le parti des catholiques qui détestoit ces excés et demeura fidéle à ses rois, fut toujours grand; au lieu que dans le parti huguenot on peut à peine compter deux ou trois hommes de marque qui aient persévéré dans l'obéissance.
QE On fait encore ici de nouveaux efforts pour montrer que ces
aine pré-
wntonds guerres furent purement politiques, et non point de religion. ww we Ces vains discours ne méritent pas d'être réfutés, puisque pour ae cs Voir le dessein de toutes ces guerres, il ny a seulement qu'à lire “ru les traités de paix et les édits de pacification, dont le fond étoit "ww" toujours la liberté de conscience et quelques autres priviléges
ment la
religion. POur les prétendus réformés : mais puisqu'on s'attache en ce temps
1! D'Aub., tom. 1, liv. III, chap. 1x, p. 155, 156. — 2 Jurieu, Accomplis. des proph.; Avis à tous les Chrét., à la tète de cet ouvrage, vers le milieu.