‹ Œuvres complètes de Bossuet (volume 4)Chapitre 237 sur 387 · LIVRE X, N. XLVIII, XLIX · texte numérisé non relu

LIVRE X, N. XLVIII, XLIX

comme ille confesse, un des principaux instigateurs de la guerre : un des fruits de son évangile fut d'apprendre à des sujets età des officiers de la couronne ce nouveau devoir. Tous les ministres entrérent dans ses sentimens; et il raconte lui-même que, lorsqu'on parla de paix, les ministres s'y opposèrent tellement, que le prince résolu de la conclure, fut obligé deles exclure tous de la délibération ! : car ils vouloient empêcher qu'on ne souffrit dans le parti la moindre exception à l'édit qui lui étoit le plus favorable : c’étoit celui de janvier. Mais le prince, qui pour le bien de la paix avoit consenti à quelques modifications assez légéres, « les fit lire devant la noblesse, ne voulant qu'autre en dist son avis , que les gentilshommes portans armes, comme il dit tout haut en l'assemblée : de sorte que les ministres ne furent depuis oüis, ni admis pour en donner leur avis ?. » Par ce moyen la paix se fit, et toutes les clauses du nouvel édit font voir qu'il ne s'agissoit que de la religion dans cette guerre. On voit méme qu'il n’eût pas tenu aux ministres qu'on ne l’eût continuée, pour obtenir les conditions plus avantageuses qu'ils proposèrent par un long écrit, où ils ajoutoient beaucoup, même à l'édit de janvier; et ils en firent, comme dit Bèze, la déclaration, « afin que la postérité fust avertie comme ils se sont portez dans cette âffaire *. » C'est donc un témoignage éternel que les ministres approuvoient la guerre, et vouloient méme, plus que les princes et les gens armés, qu'on la poursuivit sur le seul motif de la religion, qu'on en veut maintenant exclure : et voilà, du «consentement de tous les auteurs catholiques et protestans, le fondement des premières guerres.

Les autres guerres sont destituées même des plus vains prétextes, xivur. puisque la reine concouroit alors avec toutes les puissances de zwvel'Etat; et on n’allègue pour toute excuse que des mécontentemens ‘inc de et des contraventions : toutes choses qui, après tout, n'ont aucun ei poids qu'en présupposant cette erreur, que des sujets ont droit de prendre les armes contre leur roi pour la religion, encore que la religion ne prescrive que d'endurer et d’obéir.

Je laisse maintenant à examiner aux calvinistes, s'il y a la en moindre apparence dans le discours de M. Jurieu, lorsqu'il dit PEN. TE.

1 Liv. VI, p. 280, 282. — ? Ibid, — 5 Ibid.

que c’est ici une querelle « où la religion s'est trouvée purement par accident, et pour servir de prétexte ', » puisqu'il paroit au contraire que la religion en étoit le fond, et que la réformation du gouvernement n'étoit que le vain prétexte dont on tächoit de couvrir la honte d'avoir entrepris une guerre de religion, après avoir tant protesté qu'on n'avoit que de l'horreur pour de tels complots.

Mais voici bien une autre excuse que cet habile ministre prépare à son parti dans la conjuration d'Amboise, lorsqu'il répond «qu’en tout cas elle n'est criminelle que selon les règles de l'Evangile ?. » Ce n'est donc rien, à des réformateurs , qui ne nous vantent que l'Evangile, de former un complot que l'Evangile condamne, et ils se consoleront pourvu qu'ils n'en combattent que les règles saintes? Mais la suite des paroles de M. Jurieu fera bien voir qu'il ne se connoit pas mieux en morale qu'en christianisme, puisqu'il a osé écrire ces mots : « La tyrannie des princes de Guise » ne pouvoit estre abattué que par une grande effusion de sang ; » l'esprit du christianisme ne souffre point cela : mais si l'on juge » de cette entreprise par les régles de la morale du monde, elle » n'est point du tout criminelle *. » C'étoit pourtant selon les règles de la morale du monde que l'amiral trouvoit la conjuration si honteuse et si détestable; c'étoit comme homme d'honneur, et non pas seulement comme chrétien, qu'il en concut tant d'horreur; et la corruption du monde n'est pas encore allée assez loin pour trouver de l'innocence dans des attentats oü l'on a vu toutes les lois divines et humaines également renversées.

Le ministre ne réussit pas mieux dans son dessein, lorsqu'au lieu de justifier ses prétendus réformés de leurs révoltes , il s'attache à faire voir la corruption de la cour contre laquelle ils se révoltèrent, comme si les réformateurs eussent dû ignorer ce précepte apostolique : « Obéissez à vos maîtres, méme fàcheux *. »

Ses longues récriminations, dont il remplit un volume, ne valent pas mieux, puisqu'il s’agit toujours de savoir si ceux qu'on nous vante comme réformateurs du genre humain en ont diminué

1 Apolog. pour la Réform., Ite part., chap. x, p. 301. — ? Jbid., chap. xv, p. 453. — 3 Ibid. — + Il Petr., 11, 18.

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