‹ Œuvres complètes de Bossuet (volume 4)Chapitre 238 sur 387 · LIVRE X, N. L, LI · texte numérisé non relu

LIVRE X, N. L, LI

ou augmenté les maux, et s'il les faut regarder ou comme des réformateurs qui les corrigent, ou plutót comme des fléaux envoyés de Dieu pour les punir.

On pourroit ici traiter la question, s’il est vrai que la Réforme, comme elle s'en glorifie, n'a jamais songé à s'établir par la force !: mais le doute est aisé à résoudre par tous les faits qu'on a vus. Tant que la Réforme fut foible, il est vrai qu'elle parut toujours soumise, et donna méme pour un fondement de sa religion, qu'elle ne se croyoit pas permis, non-seulement d'employer la force, mais encore de la repousser. Mais on découvrit bientót que c'étoit là de ces modesties que la crainte inspire et un feu couvert sous la cendre : car aussitót que la nouvelle Réforme put se rendre la plus forte dans quelque royaume, elle y voulut régner seule. Premièrement les évêques et les prêtres n'y furent plus en sûreté: secondement, les bons catholiques furent proscrits, bannis, privés de leurs biens, et en quelques endroits de la vie, par les lois publiques; comme, par exemple, en Suède, quoiqu'on ait voulu dire le contraire ; mais le fait n'en est pas moins constant. Voilà où en sont venus ceux qui d'abord crioient tant contrela force ; et il n'y avoit qu'à considérer l'aigreur, l'amertume et la fierté répandue dans les premiers livres et dans les premiers sermons de ces réformés ; leurs invectives sanglantes ; les calomnies dont ils noircissoient notre doctrine ; les sacriléges, les impiétés, les idolâtries qu'ils ne cessoient de nous reprocher ; la haine qu'ils inspiroient contre nous; les pilleries qui furent l'effet de leurs premiers préches; « l’aigreur et la violence » qui parut dans leurs placards séditieux contrela messe ?, pour juger de ce qu'on devoit attendre de semblables commencemens.

Mais plusieurs sages , dit-on, improuvérent ces placards : tant pis pour le parti protestant, oà l'emportement étoit si extréme, que ce qu'il y restoit de sages ne le pouvoient reprimer. Les placards furent répandus dans tout Paris, attachés et semés dans tous les carrefours, « attachez jusqu'à la porte dela chambre du roy ?;» et les sages, qui l'improuvoient, ne prenoient aucun moyen effi-

1 Crit., tom. I, lett. vitz, n. 4, p. 129 et seq.; lett. xvi, n. 9, p. 315, etc. — 2 Bèze, liv. I, p. 16. — 3 Ibid.

Question sur l'esprit de la Réforme. Si c'étoit un esprit de douceur ou de violence.

Suiles de l'esprit violent qui dominoit dans la Réforme.

LIT, Vaines excuses.

cace pour l'empêcher. Lorsque ce prétendu martyr Anne du Bourg eut déclaré d'un ton de prophète au président Minard qu'il récusoit, que malgré le refus qu'il fit de s'abstenir de la connoissance de ce procès, il ne seroit point de ses juges ', les protestans surent bien accomplir sa prophétie, et le président fut massacré sur le soir en rentrant dans sa maison. On sut depuis que le Maistre et Saint- André trés-opposés au nouvel évangile, auroient eu le méme sort, s'ils étoient venus au palais : tant il étoit dangereux d'offenser la Réforme quoique foible ; et nous apprenons de Bèze méme que Stuart, parent de la reine, « homme d'exécution, » et très-zélé protestant, « visitoit souvent en la conciergerie des prisonniers pour le fait de la religion ?. » On ne put pasle convaincre d'avoir fait le coup, mais toujours voit-on le canal par où l'on pouvoit communiquer; et quoi qu'il en soit, ni le parti ne manquoit de gens de main, ni on ne peut accuser de ce complot que ceux qui s'intéressoient pour Anne du Bourg. Il est aisé de prophétiser, quand on a de tels anges pour exécuteurs. L'assurance d'Anne du Bourg à marquer si précisément l'avenir, fait assez voir le bon avis qu'il avoit recu ; et ce que dit l'histoire de M. de Thou, pour nous en faire un devin plutót qu'un complice d'un tel crime, ressent bien une addition de Genève. Il ne faut donc pas s'étonner qu'un parti qui nourrissoit de tels esprits se soit déclaré aussitôt qu'il a trouvé des règnes foibles, et c'est à quoi nous avons vu qu'on ne manqua pas.

Un nouveau défenseur de la Réforme est persuadé par les mœurs peu chastes et par toute la conduite du prince de Condé, qu'il y avoit « plus d'ambition que de religion dans son fait?; » etil avoue que la religion « ne luy servit qu'à trouver des instrumens de vengeance *. » Par là il croit tout réduire à la politique et excuser sa religion : sans songer que c'est cela méme qu'on lui reproche, qu'une religion qui se disoit réformée ait été un instrument si prompt de la vengeance d'un prince ambitieux. C'est cependant le crime de tout le parti. Mais que nous dit cet auteur

1 Thuan., lib. XXIII, an. 1559, p. 669 ; Bèze, liv. I; La Poplin., liv. V, p. 144. — ? Liv. III, p. 248, an. 1560. — 8 Critiq., tom. 1, lett. 11, n. 3, p. 45 et seq. — * [bid., lett. XVIII, p. 331.

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