‹ Œuvres complètes de Bossuet (volume 4)Chapitre 244 sur 387 · LIVRE X, N. LVII-LIX · texte numérisé non relu

LIVRE X, N. LVII-LIX

dangereuse que de donner la souffrance pour un caractère de vraie Eglise; et je ne connois parmi les chrétiens que les sociniens et les anabaptistes qui s'opposent à cette doctrine. En un mot, le droit est certain, mais la modération n'en est pas moins nécessaire.

Calvin mourut au commencement des troubles. C'est une foiblesse de vouloir trouver quelque chose d'extraordinaire dans la mort de telles gens ; Dieu ne donne pas toujours de ces exemples. Puisqu'il permet les hérésies pour l'épreuve des siens, il ne faut pas s'étonner que, pour achever cette épreuve, il laisse dominer en eux jusqu'à la fin l'esprit de séduction avec toutes les belles apparences dont il se couvre ; et sans m'informer davantage de la yie et de la mort de Calvin, c'en est assez d'avoir allumé dans sa patrie une flamme que tant de sang répandu n'a pu éteindre , et d'étre allé comparoitre devant le jugement de Dieu sans aucun remords d'un si grand crime.

Sa mort ne changea rien dans les affaires du parti ; mais l'instabilité naturelle aux nouvelles sectes donnoit toujours au monde de nouveaux spectacles, et les confessions de foi alloient leur train. En Suisse les défenseurs du sens figuré, bien éloignés de se contenter de tant de confessions de foi faites en France et ailleurs pour expliquer leur doctrine , ne se contentèrent pas méme de celles qui s'étoient faites parmi eux. Nous avons vu celle de Zuingle en 1530, nous en avons une autre publiée à Bâle en 1532, et une autre de la méme ville en 1536, une autre en 1554, arrétée d'un commun accord entre les Suisses et ceux de Genéve. Toutes ces confessions de foi, quoique confirmées par divers actes, ne furent pas jugées suffisantes , et il en fallut faire une cinquième en 1566 :.

Les ministres qui la publièrent virent bien que ces changemens dans une chose aussi importante, et qui doit être aussi ferme et aussi simple qu'une confession de foi, décrioient leur religion. C'est pourquoi ils font une préface, où ils tàchent de rendre raison de ce dernier changement; et voici toute leur défense : « C'est qu'encore que plusieurs nations ayent déjà publié des confessions

* Synt. Gen., Y part., p. 1.

LVIT, Mort de Calvin.

Nouvelle confession de foi des églises helvéliques.

Frivoles raisons des ministres sur cette nouvelle confession de foi.

On commence seu-

lement

alors à connoitre parmi les Suisses la justice im-

putative,

Le mérite

de foy différentes, et qu'eux-mesmes aient aussi fait la mesme chose par des écrits publics ; toutefois ils proposent encore celle-cy (lecteur, remarquez) à cause que ces écrits ont peut-estre esté oubliez, ou qu'ils sont répandus en divers lieux, et qu'ils expliquent la chose si amplement, que tout le monde n'a pas le temps de les lire '. » Cependant il est visible que ces deux premières confessions de foi que les Suisses avoient publiées tiennent à peine cinq feuillets; et une autre qu'on y pourroit joindre est à peu prés de méme longueur; au lieu que celle-ci , qui devoit étre plus courte, en a plus de soixante. Et quand leurs autres confessions de foi auroient été oubliées , rien ne leur étoit plus aisé que de les publier de nouveau, s'ils en étoient satisfaits ; tellement qu'il n'eüt pas été nécessaire d'en proposer une quatrième , n'étoit qu'ils s'y sentoient obligés par une raison qu'ils n'osoient dire : c'est qu'il leur venoit continuellement de nouvelles pensées dans l'esprit; et comme il ne falloit pas avouer que tous les jours ils chargeassent leur confession de foi de semblables nouveautés , ils couvrent leurs changemens par ces vains prétextes.

Nous avons vu que Zuingle fut apótre et réformateur, sans connoitre ce que c'étoit que la grace par laquelle nous sommes chrétiens; et sauvant jusqu'aux philosophes par leur morale, il étoit bien éloigné de la justice imputative. En effet il n'en parut rien dans les confessions de foi de 1532 et de 1536. La grace y fut reconnue d'une maniere que les catholiques eussent pu approuver si elle eüt été moins vague, et sans rien dire contre le mérite des œuvres ?. Dans l'accord fait avec Calvin en 1554, on voit que le calvinisme commencoit à gagner ; la justice imputative paroit ? : on avoit été réformé prés de quarante ans, sans connoitre ce fondement de la Réforme. La chose ne fut expliquée à fond qu'en 1566 *; et ce fut par un tel progrès que des excès de Zuingle on passa insensiblement à ceux de Calvin.

Au chapitre des bonnes ceuvres on en parle dans le méme sens

1 Synt. Gen., init. Praef. — ? Conf., 1532, art. 955 Synt. Gen., I, p. 68, 1536; art. 2, 3, ibid., p. 12. — 8 Consens., art.*i3 ; Opus. Calv., 151. — * Conf. fid., cap. xv; Synt. Gen., 1 part., p. 26.

Page 1