LIVRE X, N. LXII
que font les autres protestans, comme des fruits nécessaires de la desœuvres foi, et en rejetant leur mérite, dont nous avons vu qu’on ne disoit «ji. mot dans les confessions précédentes. On se sert ici, pour les condamner, d’un mot souvent inculqué par saint Augustin : mais on le rapporte mal; et au lieu que saint Augustin dit et répète sans cesse que Dieu « couronne ses dons en couronnant nos mérites, » on lui fait dire « qu’il couronne en nous non pas nos mérites , mais ses dons !. » On voit bien la différence de ces deux expressions , dont l'une joint les mérites avec les dons, et l'autre les en sépare. Il semble pourtant qu'à la fin on ait voulu faire entendre qu'on ne condamnoit le mérite que comme opposé à la grace, puisqu'on finit par ces paroles : « Nous condamnons donc ceux qui défendent tellement le mérite , qu'ils nient la grace. » A vrai dire, ce n'est donc ici que les pélagiens dont on condamne l'erreur; elle mérite que nous admettons est si peu contraire à la grace, qu'il en est le don et le fruit.
Dans le chapitre x, la vraie foi est attribuée aux seuls prédes- :xi. tinés par ces paroles : « Chacun doit tenir pour indubitable, que mea
propre aux s'il croit, et qu'il soit en Jésus-Christ, il est prédestiné ?. » Et un tie peu après : «Si nous communiquons avec Jésus-Christ, et qu'il zin soit à nous, et nous à luy par la vraye foy, ce nous est un témoi- 1. nic. gnage assez clair et assez ferme que nous sommes écrits au livre de vie. » Par là il paroit que la vraie foi, c'est-à-dire la foi justifiante, n'appartient qu'aux seuls élus; que cette foi et cette justice ne se perd jamais finalement ; et que la foi temporelle n'est pas la vraie foi justifiante. Ces mêmes paroles semblent établir la cer- | titude absolue de la prédestination : car encore qu'on la fasse dépendre de la foi, c'est une doctrine reçue dans tout le parti protestant , que le fidèle, puisqu'il dit : Je crois , sent la vraie foi en lui-méme. Mais en cela ils n'entendent pas la séduction de notre amour-propre, nile mélange de nos passions si étrangement compliquées, que nos propres dispositions et les motifs véritables qui nous font agir sont souvent la chose du monde que nous connoissons avec le moins de certitude ; de sorte qu'en disant : Je crois, avec ce père affligé de l'Evangile?, quelque touchés que 1 Conf. fid., cap. Xv ; Synt. Gen., | part., p. 26.— ? Chap. x, p. 15.— 9? Marc, , 1x, 23. TOM. XIV. 29
LxIHI.
La conversion mal expliquée.
nous nous sentions, et quand nous pousserions à son exemple des cris lamentables, accompagnés d’un torrent de larmes, nous devons toujours ajouter avec lui : « Aidez, Seigneur, mon incrédulité ; » et montrer par ce moyen que dire : Je crois, c’est plutôt en nous un effort pour produire un si grand acte qu'une certitude absolue de l'avoir produit.
Quelque long que soit le discours que font les zuingliens sur le libre arbitre dans le chapitre 1x de leur Confession *, voici le peu qu'il y a de substantiel. Trois états de l'homme sont bien dislingués : celui de sa première institution, où il pouvoit se porter au bien et se détourner vers le mal; celui de la chute, où ne pouvant plus faire le bien, il demeure «libre pour le mal, » parce qu'il «l'embrasse volontairement, et par conséquent avec liberté, » quoique Dieu prévienne souvent l'effet de son choix, et l'empéche d'aecomplir ses mauvais desseins ; et celui de sa régénération, où rétabli par le Saint-Esprit « dans le pouvoir de faire le bien volontairement, il est libre, » mais non pleinement, à cause de l'infirmité et de la concupiscence qui lui restent : « agissant néanmoins non point passivement ; » ce sont les termes, assez étranges , je l'avoue; car qu'est-ce qu'agir passivement? et à qui une telle idée peut-elle étre tombée dans l'esprit? Mais enfin nos zuingliens ont voulu parler ainsi. « Agissant (ils continuent à parler de l'homme régénéré, ) non point passivement, mais activement , dans le choix du bien et dans l'opération par laquelle il l'aecomplit. » Qu'il restoit à dire de choses pour s'expliquer nettement ! Il falloit joindre à ces trois états celui où se trouve l'homme entre la corruption et la régénération, lorsque touché par la grace il commence à enfanter l'esprit de salut parmi les douleurs de la pénitence. Cet état n'est pas l'état de la corruption où on ne veut que le mal, puisqu'on y commence à vouloir le bien ; et si les zuingliens ne vouloient point le regarder comme un état, puisque c'est plutót le passage d'un état à l'autre, ils devoient du moins expliquer en quelque autre endroit que, dans ce passage et avant la régénération , l'effort qu'on fait par la grace pour se convertir n'est pas un mal. Nos réformés ne connoissent point ces précisions
! Chap. IX, p. 12.