‹ Œuvres complètes de Bossuet (volume 4)Chapitre 246 sur 387 · LIVRE X, N. LXIV · texte numérisé non relu

LIVRE X, N. LXIV

nécessaires. Il falloit aussi expliquer si dans ce passage, lorsque nous sommes attirés au bien par la grace, nous y pouvons résister ; et encore si dans l'état de corruption nous faisons tellement le mal de nous-mémes, que nous ne puissions méme nous abstenir d'un mal plutót que d'un autre; et enfin si dans l'état de la régénération , faisant le bien par la grace, nous y sommes si fortement entrainés, que nous ne puissions alors nous détourner vers le mal. On avoit besoin de toutes ces choses pour bien entendre l'opération et méme la notion du libre arbitre, que ces docteurs laissent embrouillé par des notions trop vagues et trop équivoques.

Mais ce qui finit le chapitre montre encore mieux la confusion de leurs pensées. « On ne doute point, disent-ils, que les hommes régénérez ou non régénérez n'ayent également leur libre arbitre dans les actions ordinaires, puisque l'homme n'estant pas inférieur aux bestes, il a cela de commun avec elles, qu'il veut de certaines choses et n'en veut pas d'autres : ainsi il peut parler et se taire, sortir de la maison et y demeurer. » Etrange pensée de nous faire libres à la manière des bêtes ! ils n'ont pas une idée plus noble de la liberté de l'homme, puisqu'ils disent un peu devant que « par sa chute il n'est pas tout à fait changé en pierre et en büche 1» comme si on vouloit dire qu'il ne s'en faut guère. Quoi qu'il en soit, les Suisses zuingliens n'en prétendent pas davantage ; et les protestans d'Allemagne se mettent encore au-dessous, lorsqu'ils disent que dans la conversion, c'est-à-dire dans la plus noble action de l'homme, dans l’action où il s’unit avec Dieu, il n'agit non plus qu'une pierre ou qu'une büche, quoique hors de là il agisse d'une autre manière ?. 0 homme, où t'es-tu laissé toiméme, quand tu expliques si bassement ton libre arbitre ! Mais enfin, puisque l'homme n'est pas une büche, et que dans les aclions ordinaires on fait consister son libre arbitre à pouvoir faire et ne faire pas certaines choses, il falloit considérer que ne trouvant pas en nous-mémes une autre maniére d'agir dans les actions naturelles que dans les autres, cette méme liberté nous suit partout, et que Dieu sait bien nous la conserver, lors méme qu'il nous

1 P. 12, 13. — ? Concord., p. 662; ci-dessus, liv. VIII, n. 49.

Doctrine prodigieuse sur le libre arbitre.

Nos calvinisles s'expliquent moins ,,et pourquoi.

La Cène sans substance, et la présence seulement en vertu,

élève par sa grace à des actions surnaturelles, n'étant pas digne de son Saint-Esprit de nous faire agir dans celles-là, non plus que dans les autres, comme des bétes, ou plutót comme des pierres et comme des büches.

On s'étonnera peut-étre de ce que nous n'avons rien dit de toutes ces choses en parlant de' la confession des calvinistes. Mais c'est qu'ils les passent sous silence, et ne trouvent pas à propos de parler de la manière dont l'homme agit : comme si c'étoit une matière indifférente à l'homme même, ou qu'il n'appartint pas à la foi de connoitre dans laliberté, avec l'un des plus beaux traits que Dieu mit en nous pour nous faire à son image, ce qui nous rend dignes de blàme ou de louange devant Dieu et devant les hommes.

Il reste l'article de la Cène, où les Suisses paroitront plus sinceres que jamais. Ils ne se contentent plus de ces termes vagues que nous leur avons vu employer une seule fois en 1536, par les conseils de Bucer et par complaisance pour les luthériens. Calvin méme, leur bon ami, neleur put persuader «la propre substance, » ni les miracles incompréhensibles par lesquels le Saint-Esprit nous la donnoit, malgré l'éloignement des lieux. Ils disent done qu'à la vérité « nous recevons » non pas une nourriture imaginaire, mais «lepropre corps, le vray corps de Nostre-Seigneur livré pour nous; mais intérieurement, spirituellement, par la foy : » le corps et le sang de Notre-Seigneur ; « mais spirituellement par le Saint-Esprit, qui nous donne et nous applique les choses que le corps etle sang de Nostre-Seigneur nous ont mériteez, c'est-àdire la rémission des péchés, la délivrance de nos ames et la vie éternelle 1. » Voilà done ce qui s'appelle « la chose receuë » dans ce sacrement. Cette chose recue en effet, c'est la rémission des péchés et la vie spirituelle: et si le corps et le sang sont reçus aussi, c'est par leur fruit et par leur effet; ou, comme l'on ajoute aprés, « par leur figure, par leur commémoration, » et non pas par leur substance. C'est pourquoi, aprèsavoir dit «que le corps de Nostre- Seigneur n'est que dans le ciel où il le faut adorer, et non pas sous les espéces du pain, » pour expliquer la maniere dont il est

1 Chap. XxI, p. 48.

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