‹ Œuvres complètes de Bossuet (volume 4)Chapitre 247 sur 387 · LIVRE X, N. LXVII · texte numérisé non relu

LIVRE X, N. LXVII

présent : « Il n’est pas, disent-ils, absent de la Cène. Bien loin que le soleil soit dans le ciel absent de nous, il nous est présent efficacement, » c'est-à-dire présent par sa vertu. « Combien plus Jésus- Christ nous est-il présent par son opération vivifiante 1? » Qui ne voit que ce qui est présent seulement par sa vertu, comme le soleil, n’a pas besoin de communiquer sa propre substance? Ces deux idées sont incompatibles ; et personne n'a jamais dit sérieusement qu'il recoive la propre substance et du soleil et des astres, sous prétexte qu'il en recoit les influences. Ainsi les zuingliens et les calvinistes, qui de tous ceux qui se sont séparés de Rome se vantent d'étre les plus unis entre eux , ne laissent pas de se réformer les uns les autres dans leurs propres confessions de foi, et n'ont pu convenir encore d'une commune et simple explication de leur doctrine.

Il est vrai que celle des zuingliens ne laisse rien de particulier à la Cène. Le corps de Jésus-Christ n'y est pas plus que dans tous les autres actes du chrétien; et c'est en vain que Jésus-Christ a dit de la Céne seule avec tant de force : « Ceci est mon corps, » puisqu’avec ces fortes paroles il n'a pu venir à bout d'y rien opérer de particulier. C'est le foible inévitable du sens figuré; les

: zuingliens l'ont senti et l'ont avoué franchement : « Cette nourriture spirituelle se prend , disent-ils, hors de la Cène; et toutes les fois qu'on croit, le fidèle qui a crü, a déjà receü cét aliment de vie éternelle, et il en jouit; mais pour la mesme raison quand il reçoit le sacrement, ce qu'il recoit n'est pas un rien : Von nihil accipit.» Où en est réduite la Cène de Notre-Seigneur? On n'en peut dire autre chose, sinon que ce qu'on y recoit «n'est pas un rien. » Car, poursuivent nos zuingliens, « on y continué à participer au corps et au sang de Nosire-Seigneur : » ainsi la Cène n'a rien de particulier. « La foy s'éehauffe , s’accroist, se nourrit par quelque aliment spirituel; car, tant que nous vivons, elle recoit de continuels accroissemens. » Elle en recoit donc autant hors de la Cène que dans la Cène, et Jésus-Christ n'y est pas plus que partout ailleurs. C'est ainsi qu'aprés avoir dit que ce qu'on recoit de particulier dans la Cène «n’est pas un rien, » et qu'en effet on .-4:P. 50. ) :

Rien de particulier à la Cène.

LXVHI.

Les Suisses sont les plu sincéres de tous les défenseurs du sens figuré.

Confession remarqua-

ble des

Polonois zuingliens où les luthériens sont maltraités.

le réduit à si peu de chose, on ne peut encore expliquer ce peu qu'on y laisse. Voilà un grand vide, je l'avoue : c'étoit pour couvrir ce vide que Calvin et les calvinistes avoient inventé leurs grandes phrases. Ils ont cru remplir ce vide affreux, en disant dans leur Catéchisme que hors de la Cène on ne recoit Jésus- Christ « qu'en partie, » au lieu que dans la Cène on le recoit pleinement. Mais que sert de dire de si grandes choses, si en les disant on ne dit rien? J'aime mieux la sincérité de Zuingle et des Suisses, qui confessent la pauvreté de leur Cène, que la fausse abondance de nos calvinistes riches seulement en paroles.

Je dois donc ce témoignage aux zuingliens, que leur confession de foi est la plus naturelle et la plus simple de toutes : ce que je dis, non-seulement à l'égard du point de l'Eucharistie, mais à l'égard de tous les autres; et en un mot, de toutes les confessions de foi que je vois dans le parti protestant, celle de 4566 est, avec tous ses défauts, celle qui dit le plus nettement ce qu'elle veut dire.

Parmi les Polonois séparés de la communion romaine, il y en avoit quelques-uns qui défendoient le sens figuré, et ceux-ci avoient souscrit en l'an 1567.la confession de foi que les Suisses avoient dressée l'année précédente. Ils s'en contentèrent trois ans durant : mais en l'an 1570 ils jugérent à propos d'en dresser une autre dans un synode tenu à Czenger, qu'on trouve dans le ecueil de Genève, où ils s'expliquent d'une facon fort particulière sur la Cène.

Ils condamnent la réalité, et selon la réverie des catholiques, qui disent que le pain est changé au corps, et selon la folie des luthériens qui mettent le corps avec le pain ? : ils déclarent particulièrement contre les derniers que la réalité qu'ils admettent ne peut subsister sans un changement de substance, tel que celui qui arriva dans les eaux d'Egypte, dans la verge de Moise et dans l'eau des noces de Cana : ainsi ils reconnoissent clairement que la transsubstantiation est nécessaire, méme selon les principes des luthériens. Ils témoignent tant d'horreur pour eux, qu'ils ne leur donnent point d'autre nom que celui de mangeurs de chair hu-

Synod. Czeng.; Synt, Conf., part. T, p. 148. — ? Cap. de Cen. Dom., p. 153.

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