LIVRE I, N. XXVIII
car Amsdorf étoit déjà établi pasteur; il le fit évèque avec toute la prérogative attachée à ce nom sacré, et lui donna le caractère supérieur que lui-même n’avoit pas. Mais c’est que tout étoit compris dans sa vocation extraordinaire , et qu'enfin un évangéliste , envoyé immédiatement de Dieu comme un nouveau Paul, peut tout dans l'Eglise.
Ces entreprises, je le sais, sont comptées pour rien dans la nouvelle Réforme. Ces vocations et ces missions tant respectées dans tous les siècles, selon les nouveaux docteurs, ne sont aprés tout que formalités, etil en faut revenir au fond. Mais ces formalités établies de Dieu conservent le fond. Ce sont des formalités, si l'on veut, au méme sens que les sacremens en sont aussi; formalités divines, qui sont le sceau de la promesse et les instrumens de la grace. La vocation, la mission, la succession et l'ordination légitime sont formalités dans le méme sens. Par ces saintes formalités Dieu scelle la promesse qu'il a faite à son Eglise de la conserver éternellement : « Allez, enseignez et baptisez; et voilà, je suis avec vous jusqu'à la consommation des siécles'. » Avec vous enseignans et baptisans , ce n'est pas avec vous qui êtes présens , et que j'ai immédiatement élus; c'est avec vous en la personne de ceux qui vous seront éternellement substitués par mon ordre. Qui méprise ces formalités de mission légitime et ordinaire , peut avec la méme raison mépriser les sacremens, et confondre tout l'ordre de l'Eglise. Et sans entrer plus avant dans cette matière, Luther, qui se disoit envoyé avec un titre extraordinaire et immédiatement émané de Dieu comme un évangéliste et comme un apôtre, n'ignoroit pas que la vocation extraordinaire ne düt être confirmée par des miracles. Quand Muncer avec ses anabaptistes entreprit de s'ériger en pasteur, Luther ne vouloit pas qu'on en vint au fond avec ce nouveau docteur, ni qu'on le recütà prouver la vérité de sa doctrine par les Ecritures : mais il ordonnoit qu'on lui demandàt qui lui avoit donné la charge d'enseigner ? « S'il répond que c'est Dieu , poursuivoit-il, qu'il le prouve par un miracle manifeste ; car c'est par de tels signes que Dieu se déclare, quand il veut changer quelque chose dans la forme ordi-
1 Matth., xxvn, 19 et 20.
XXVTIT.
Raisonnement de Luther contre les anabaplistes, qui préchoient sans mission ordinaire et sans miracles,
naire de la mission !. » Luther avoit été élevé dans de bons principes, et il ne pouvoit s'empécher d'y revenir de temps en temps. Témoin le traité qu'il fit de l'autorité des magistrats en 1534 ?, Cette date est considérable, parce qu'alors, quatre ans aprés la Confession d'Augsbourg et quinze ans aprés la rupture, on ne peut pas dire que la doctrine luthérienne n'eüt pas pris sa forme : et néanmoins Luther y disoit encore, « qu'il aimoit mieux qu'un luthérien se retirát d'une paroisse que d'y précher malgré son pasteur; que le magistrat ne devoit souffrir, ni les assemblées secrètes, ni que personne préchát sans vocation légitime ; que si l'on avoit réprimé les anabaptistes, dés qu'ils répandirent leurs dogmes sans vocation, on auroit bien épargné des maux à l'Allemagne; qu'aucun homme vraiment pieux ne devoit rien entreprendre sans vocation; ce qui devoit être si religieusement observé, que méme un évangélique (c'est ainsi qu'il appeloit ses disciples) ne devoit pas précher dans une paroisse d’un papiste ou d'un hérétique , sansla participation de celui qui en étoit le pasteur : ce qu'il disoit, poursuit-il, pour avertir les magistrats d'éviter ces discoureurs, s'ils n'apportoient de bons et assurés témoignages de leur vocation.ou de Dieu, ou des hommes; autrement, qu'il ne falloit pas les admettre, quand méme ils voudroient précher le pur Evangile, ou qu'ils seroient des anges du ciel. » C'est-à-dire qu'il ne suffit pas d'avoir la saine doctrine, et qu'il faut outre cela de deux choses l'une, ou des miracles pour témoigner une vocation extraordinaire de Dieu, ou l'autorité des pasteurs qu'on avoit trouvés en charge pour établir la vocation ordinaire et dans les formes.
A ces mots, Luther sentit bien qu'on lui pouvoit demander oü ilavoit pris lui-méme son autorité; et il répondit « qu'il étoit docteur et prédieateur; qu'il ne s'étoit pas ingéré ; et qu'il ne devoit pas cesser de précher aprés qu'une fois on l'avoit forcé à le faire; qu'aprés tout, il ne pouvoit se dispenser d'enseigner son église ; et pour les autres églises, qu'il ne faisoit autre chose que de leur communiquer ses écrits, ce qui n'étoit qu'un simple devoir de charité. »
4 Sleid., lib. V, édit. 1555, 69. — ? In Psal. xxxi; De Magistr., tom. HI.