‹ Œuvres complètes de Bossuet (volume 4)Chapitre 256 sur 387 · LIVRE XI, N. XIII, XIV · texte numérisé non relu

LIVRE XI, N. XIII, XIV

religion; mais qu'il est particulièrement affecté à la secte des

manichéens, à cause de leurs abstinences et observances su- |

perstitieuses : les livres de saint Augustin en sont de bons témoins !.

Cette secte si cachée, si abominable, si pleine de séduction, de superstition et d'hypocrisie, malgré les lois des empereurs qui en avoient condamné les sectateurs au dernier supplice, ne laissoit pas de se conserver et de se répandre. L'empereur Anastase et l'impératrice Théodore, femme de Justinien, l'avoient favorisée. On en voit les sectateurs sous les enfans d'Héraclius, c'est-à-dire au septième siècle, en Arménie, province voisine de la Perse, d'où cette fable détestable étoit venue, et autrefois sujette à son empire. Ils y furent ou établis, ou confirmés par un nommé Paul*, d’où le nom de Pauliciens leur fut donné en Orient par un nommé Constantin , et enfin par un nommé Serge : et ils y parvinrent à une si grande puissance, ou par la foiblesse du gouvernement ou par la protection des Sarrasins, ou méme par la faveur de l'empereur Nicéphore trés-attaché à cette secte?, qu'à la fin persécutés par l'impératrice Théodore, femme de Basile, ils se trouvèrent en état de bâtir des villes, et de prendre les armes contre leurs princes *.

Ces guerres furent longues et sanglantes sous l'empire de Basile le Macédonien, c'est-à-dire à l'extrémité du neuvième siècle. Pierre de Sicile fut envoyé par cet empereur à Tibrique, en Arménie *, que. Gédrénus appelle Téphrique*, une des places de ces hérétiques, pour y traiter de l'échange des prisonniers. Durant ce temps il connut à fond les pauliciens, et il adressa un livre sur leurs erreurs à l'archevéque de Bulgarie pour les raisons que nous verrons. Vossius reconnoit que nous avons une grande obligation à Radérus, qui nous a donné en grec et en latin une histoire si particulière et si excellente". Pierre de Sicile nous y désigne ces hérétiques par leurs propres caractères, par leurs deux principes, par le mépris qu'ils avoient pour l'Ancien Testament, par

1 De morib. Ecc. Cath., cap. xxx1v, n. 14; De morib. Man., cap. xviur, n. 65; Cont. Ep. Fundam., cap. xv, n. 19.— ? Cedr., tom. I, p. 432.— ? Cedr., tom. Il, p. 480. — * Ibid., p. 541. — 5 Petr. Sic., Hist, de Manich. — 6 Cedr., tom. II, p. 541, etc. — 7 Voss., de Hist. Grec.

Les pauliciens ou les mani-

chéens d'Arménie

Histoire des auliciens, de Pierre de Sicile, adressée à l'archevéque de

Bulgarie.

Convenance des pau-

liciens avec les

manichéens réfutés par S. Auguslin.

leur adresse prodigieuse à se cacher quand ils vouloient, et par les autres marques que nous avons vues'. Mais il en remarque deux ou trois qu'il ne faut pas oublier : c’étoit leur aversion particulière pour les images de la croix; suite naturelle de leur erreur, puisqu'ils rejetoient la passion et la mort du Fils de Dieu; leur mépris pour la sainte Vierge, qu'ils ne tenoient point pour mère de Jésus-Christ, puisqu'il n'avoit pas de chair humaine; et surtout leur éloignement pour l'Eucharistie.

Cédrénus, qui a pris de cet historien la plupart des choses qu'il raconte des pauliciens, marque après lui ces trois caractères, c'està-dire leur aversion pour la croix, pour la sainte Vierge et pour la sainte Eucharistie?. Les anciens manichéens avoient les mêmes sentimens. Nous apprenons de saint Augustin? que leur eucharistie n'étoit pas la nótre, mais quelque chose de si exécrable qu'on n'ose méme y penser, loin qu'on puisse l'écrire. Mais les nouveaux manichéens avoient encore recu des anciens une autre doctrine qu'il importe de remarquer: Dés le temps de saint Augustin, Fauste le Manichéen reprochoit aux catholiques leur idolâtrie dans le culte qu'ils rendoient aux saints martyrs, et dans les sacrifices qu'ils offroient sur leurs reliques *. Mais saint Augustin leur faisoit voir que ce culte n'avoit rien de commun avec celui des paiens, parce que ce n'étoit pas le culte de latrie ou de sujétion et de servitude parfaite *; et que si on offroit à Dieu l'oblation sainte du corps et du sang de Jésus-Christ aux tombeaux et sur les reliques des martyrs, on se gardoit bien de leur offrir ce sacrifice; mais qu'on espéroit seulement « par là s'exciter à l'imitation de leurs vertus, s'associer à leurs mérites, et enfin être secouru par leurs priéres*. » Une réponse si nette n'empécha pas que les nouveaux manichéens ne continuassent dans les calomnies de leurs peres. Pierre de Sicile nous rapporte qu'une femme manichéenne séduisit un laique ignorant nommé Serge", en lui disant que les catholiques honoroient les Saints comme des divinités, et que c'étoit pour cette raison qu'on empéchoit les laiques de

1 Pet. Sic., ibid., Pref. etc. — ? Cedr., tom. II, p. 434.— 3 Aug., Her. 46, etc, — * Lib. XX, cont. Faust., cap. IV.— 5 Ibid., cap, xx1 et seq:— 9 [bid., cap. XVIII. — 7 Pet, Sic., Hist. de Manich.

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