‹ Œuvres complètes de Bossuet (volume 4)Chapitre 257 sur 387 · LIVRE XI, N. XVI-XVIII · texte numérisé non relu

LIVRE XI, N. XVI-XVIII

lirela sainte Ecriture, de peur qu'ils ne découvrissent plusieurs semblables erreurs.

C'étoit par de telles calomnies que les manichéens séduisoient XVI.

Dessein

les simples. On a toujours remarqué parmi eux un grand désir 4 paui-

ciens sur

d'étendre leur secte. Pierre de Sicile découvrit durant le temps 1e nu gares, et

de son ambassade à Tibrique, qu'il avoit été résolu dans le conseil isstraction

de Pierre

des pauliciens, d'envoyer?des prédicateurs de leur secte dans là ae sicite

Bulgarie, pour en séduire les peuples nouvellement convertis 1. empêcher La Thrace voisine de cette province étoit, il y avoit déjà long- "^ temps, infectée de cette hérésie. Ainsi il n'y avoit que trop à craindre pour les Bulgares, si les pauliciens, les plus artificieux des manichéens, entreprenoient de les séduire; et c'est ce qui obligea Pierre de Sicile d'adresser à leur archevéque le livre dont nous venons de parler, afin de les prémunir contre des hérétiques si dangereux. Malgré ses soins, il est constant que l'hérésie manichéenne jeta de profondes racines dans la Bulgarie, et c'est de là qu'elle se répandit bientót aprés dans le reste de l'Europe; ce qui fit donner, comme nous verrons, le nom de Bulgares aux sectateurs de cette hérésie.

Mille ans s'étoient écoulés depuis la naissance de J ésus-Christ, et xvi.

Les mani-

le prodigieux relâchement de la discipline menacoit l'Eglise d'Oc- iis

ciden. de quelque malheur extraordinaire. C'étoit peut-être aussi 42? > e * P ^ itre Y

le temps de ce terrible « déchainement de Satan » marqué dans 257

aprés l'an

lApoealypse?, « aprés mille ans; » ce qui peut signifier d'ex- ‘000 de ^ n . x A , * " Nolre-Seitrèmes désordres, mille ans aprés que «le fort armé, » c'est-à-dire +"

€ gneur.

le démon victorieux, « fut lié » par Jésus-Christ venant au monde *. Quoi qu'il en soit, dans ce temps et en 1017, sous le roi Robert, on découvrit à Orléans des hérétiques d’une doctrine qu'on ne connoissoit plus il y avoit longtemps parmi les Latins *.

Une femme italienne avoit apporté en France cette damnable xv. T : , ^ ; ; 2 Manihérésie. Deux chanoines d'Orléans, l'un nommé Etienne ou Héri- chéens ve- " AS UT » = nus d’Itabert, et l’autre nommé Lisoïus, qui étoient en réputation, furent x, i verts sous

les premiers séduits. On eut beaucoup de peine à découvrir leur 1 roi ro-

3 Petr. Sic., initio lib.— ? Apoc. , XX, 2, 3, 7.— 3 Matth., xit, 295 Luc., x1, 21, 22, — * Acta Conc. Aurel:, Spicil., tom. HI, Conc., Lab., tom. IX; Glab., lib. lll, Cap. VIII.

berl à

Orléans.

Suite.

Suite.

secret. Mais enfin un Arifaste, qui soupconna ce que c'étoit, s'étant introduit dans leur familiarité, ces hérétiques et leurs sectateurs confessèrent avec beaucoup de peine qu'ils nioient la chair humaine en Jésus-Christ; qu'ils ne croyoient pas que la rémission des péchés füt donnée dans le baptéme, ni que le pain et le vin pussent étre changés au corps et au sang de Jésus-Christ‘. On découvrit qu'ils avoient une eucharistie particulière, qu'ils appeloient la viande céleste. Elle étoit cruellé et abominable, et tout à fait du génie des manichéens, quoiqu'on ne la trouve pas dans les anciens. Mais outre ce qu'on en vit à Orléans, Guibert de Nogent la remarque encore en d'autres pays?. Il ne faut pas s'étonner qu'on trouve de nouveaux prodiges dans une secte si cachée, soit qu'elle les invente, ou qu'on les y découvre de nouveau.

Voilà de vrais caractères de manichéisme. On a vu que ces hérétiques rejetoient l'incarnation. Pour le baptéme, saint Augustin dit expressément que les manichéens « ne le donnoient pas, et le croyoient inutile ?. » Pierre de Sicile et après lui Cédrénus nous apprennent la méme chose des pauliciens * : tous ensemble nous font voir que les manichéens avoient une autre eucharistie que la nótre. Ce que disoient les hérétiques d'Orléans, qu'il ne falloit pas implorer le secours des Saints, étoit encore de méme caractère et venoit , comme on a vu, de l'ancienne source de cette secte.

Ils ne dirent rien ouvertement des deux principes : maisils parlèrent avec mépris de la création et des livres où elle étoit écrite. Cela regardoit l'Ancien Testament, et ils confessèrent dans le supplice qu'ils avoient eu de mauvais sentimens « sur le Seigneur de l'univers^. » Le lecteur se souvient bien que c'est celui que les manichéens croyoient mauvais. Ils allèrent au feu avec joie dans l'espérance d'en étre miraculeusement délivrés, tant l'esprit de séduction agissoit en eux. Au reste c'est ici le premier exemple d'une semblable condamnation. On sait que les lois romaines condamnoient à mort les manichéens * : le saint roi Robert les jugea dignes du feu.

1 Glab., ibid; Acta Conc. Aurel., Conc., Labb., ibid. — ? De vitd sud, lib. UE,

cap. xvi. — ? De Heres., in heres. Manich., tom. VIII, col. 17. — * Petr. Sic, Hist. de Manich. ; Cedr., tom. I, p. 434,— 5 Ibid, — * Cod. de her., lib. V:

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