‹ Œuvres complètes de Bossuet (volume 4)Chapitre 258 sur 387 · LIVRE XI, N. XXI-XXI · texte numérisé non relu

LIVRE XI, N. XXI-XXI

En même temps la même hérésie se trouve en Aquitaine et à Toulouse, comme il paroît par l'Histoire d'Adémare de Chabanes, moine de l'abbaye de Saint-Cibard d'Angouléme, contemporain de ces hérétiques !. Un ancien auteur de l'histoire d'Aquitaine, que le célèbre Pierre Pithou a donnée au publie, nous apprend qu'on découvrit en cette province, dont le Périgord faisoit partie, « des manichéens qui rejetoientle baptéme, le signe de la sainte croix, l'Eglise et le Rédempteur lui-méme, » dont ils nioient l'incarnation etla passion, « l'honneur dà aux Saints, le mariage légitime et l'usage de la viande ?. » Et le méme auteur nous fait voir qu'ils étoient de la méme secte que les hérétiques d'Orléans , dont l'erreur étoit venue d'Italie.

En effet nous voyons que les manichéens s'étoient établis en ce pays-là. On les appeloit Cathares, c'est-à-dire purs. D'autres hérétiques avoient autrefois pris ce nom ; et c'étoit les novatiens, dans la pensée qu'ils avoient que leur vie étoit plus pure que celle des autres, à cause de la sévérité de leur discipline. Mais les manichéens enorgueillis de leur continence et de l'abstinence de la viande qu'ils croyoient immonde, se regardoient non-seulement comme cathares ou purs, mais encore, au rapport de saint Augustin?, comme Catharistes, c'est-à-dire, purificateurs à cause de la partie de la substance divine mélée dans les herbes et dans les légumes avec la substance contraire , dont ils séparoient et purifioient cette substance divine en la mangeant. Ce sont là des prodiges, je l'avoue; et on n'auroit jamais cru que les hommes en pussent étre si étrangement entétés, si on ne l'avoit connu par expérience, Dieu voulant donner à l'esprit humain des exemples del'aveuglement on il peut tomber, quand il est laissé à lui-méme. Voilà donc la véritable origine des hérétiques de France venus des cathares d'Italie.

Vignier, que nos réformés ont regardé comme le restaurateur de l'histoire dans le dernier siècle, parle de cette hérésie et de la découverte qui s'en fit au concile d'Orléans, dont il met Ia date

1 Bib. nov., Labb., tom. Il, p. 176, 180. — ? Fragm. hist. Aquit., edita à Petro Pith , Bar., tom. XI, an. 1017. — ? De Har., in her. Manich., tom. VMI,

col. 15.

La même hérésie en Gascogne et à Toulouse.

XxH.

Les manichéens d'Italie ap»

pelés Cathares , et pourquoi,

Origine des manichéens de Toulouse

et d'Italie.

Preuve qu'ils venoient de Bulgarie.

La mème origine prouvée par un ancien auteur, chez Vignier.

Suite du méme passage.

par erreur en 1022 ; et il remarque qu'en cette année «furent pris et brulez publiquement plusieurs personnages en présence du roy Robert pour crime d'hérésie; car on écrit, poursuit-il, qu'ils parloient mal de Dieu et des sacremens, à savoir dujbaptéme , et du corps et du sang de Jésus-Christ, ensemble aussi du mariage ; et ne vouloient user des viandes ayant sang et graisse, les réputant immondes !. » Il raconte aussi que le principal de ces hérétiques s'appeloit Etienne, dontil donne Glaber pour témoin avec la chronique de Saint-Cibard : « Selon lesquels, continue-t-il, plusieurs autres sectaires de la mesme hérésie, qu'on appeloit des Manichéens, furent exécutez ailleurs, comme à Toulouse et en Italie. » N'importe que cet auteur se soit trompé dans la date et dans quelques autres circonstances de l'histoire : il n'avoit pas vu les actes qu'on a recouvrés depuis. Il suffit que cette?hérésie d'Orléans, dont Etienne fut l’un des auteurs, dont le roi Robert vengea les excès et dont Glaber nous a raconté l'histoire, soit reconnue pour manichéenne par Vignier; qu'il l'ait regardée comme la source de l'hérésie qu'on punit depuis à Toulouse, et que toute cette impiété fût dérivée de la Bulgarie, comme on va voir.

Un ancien auteur rapporté dans les additions du méme Vignier, ne permet pas d'en douter. Le passage de cet auteur, que Vignier transcrit tout entier en lalin ?, veut dire en francois : « Que dés que l'hérésie des Bulgares commenca à se multiplier dans la Lombardie, ils avoient pour évéque un certain Mare qui avoit recu son ordre dela Bulgarie, et sous lequel étoientles Lombards, les Toscans et ceux de la Marche : mais qu'il vint de Constantinople dans la Lombardie un autre Pape nommé Nicétas, qui accusa l'ordre dela Bulgarie; » et que Marc reçut l'ordre de la Drungarie.

Quel pays c'est que la Drungarie, je n'ai pas besoin de l'examiner. Renier très-instruit, comme nous verrons, de toutes ces hérésies, nous parle des églises manichéennes « de Dugranicie et de Bulgarie ?, d'où viennent toutes les autres » de la secte en Italie et en France; ce qui, comme l'on voit, s'accorde très-bien avec l'auteur de Vignier. On voit dans ce méme « ancien auteur» de

! Bibl. hist., Me part., à l'an 1022, p. 672. — ? Addit. à la [le part., p. 133. — * Rin., Cont. Vald., cap. vt, tom. XXV; Bibl. PP., p. 269. |

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