‹ Œuvres complètes de Bossuet (volume 4)Chapitre 260 sur 387 · LIVRE VII, N. XXIX-XXXI · texte numérisé non relu

LIVRE VII, N. XXIX-XXXI

explique la cérémonie *. Ils s'acharnoient contre le baptême des petits enfans : ce que je remarque encore une fois , parce que c'est là un des caractères de ces nouveaux manichéens. Ils en avoient encore un autre qui n'est pas moins remarquable : c'est qu'ils disoient que les sacremens perdoient leur vertu par la mauvaise vie de ceux qui les administroient?. C'est pourquoi ils exagéroient la corruption du clergé, pour faire voir qu'il n'y avoit plus de sacremens parmi nous; et c'est une des raisons pour lesquelles nous avons vu qu'on les accusoit de rejeter et le sacerdoce et tous les ordres ecclésiastiques.

On n'avoit pas encore tout à fait pénétré la croyance des deux principes dans ces nouveaux hérétiques. Car encore qu'on sentit bien que c'étoit la raison profonde qui leur faisoit rejeter et l'union des deux sexes et toutes ses suites dans tous-les animaux, comme les chairs, les ceufs et le laitage : Ecbert est le premier, que je sache, qui leur objecte cette erreur en termes formels. Il dit méme « qu'il a découvert trés-certainement, » que c'étoit la raison secréte qu'ils avoient entre eux d'éviter la viande, « parce que le diable en étoit le créateur ?. » On voit la peine qu'on avoit de pénétrer dans le fond de leur doctrine, mais elle paroissoit assez par ses suites.

On apprend du méme auteur que ces hérétiques se mitigeoient quelquefois à l'égard du mariage *. Un certain Hartuvin le permettoit parmi eux à un garcon qui épousoit une fille, et il vouloit qu'on füt vierge de part et d'autre , encore ne devoit-on pas aller au delà du premier enfant : ce que je remarque afin qu'on voie les bizarreries d'une secte qui n'étoit pas d'aecord avec elleméme, et se trouvoit souvent contrainte à démentir ses principes.

Mais la marque la plus certaine pour connoitre ces hérétiques étoit le soin qu'ils avoient de se cacher, non-seulement en recevant les sacremens avec nous, mais encore en répondant comme nous, lorsqu'on les pressoit sur la foi. C'étoit l'esprit de la secte dés son commencement, et nous l'avons remarqué dés le temps de saint Augustin et de saint Léon. Pierre de Sicile et aprés lui

1 Eckb., serm. vir. — ? Serm. 1v, ete, — 5 Serm. vi, p. 611. — * Serm. v, p. 608.

On découvre qu'ils tenoient deux premiers principes.

Variations de ces hérétiques.

Soin de se cacher.

Leurs équivoques lorsqu'on les interrogeoil sur

la foi.

Cédrénus nous font voir le méme caractère dans les pauliciens. Non-seulement ils nioient en général qu'ils fussent manichéens ; mais encore interrogés en particulier de chaque dogme de la foi, ils paroissoient catholiques en trahissantleurs sentimens par des mensonges manifestes !, ou du moins en les déguisant par des équivoques pires que le mensonge, parce[qu'elles étoient plus artificieuses et plus pleines d'hypocrisie. Par exemple, quand on leur parloit de l'eau du baptéme, ils la recevoient en entendant par l'eau du baptéme la doctrine de Notre-Seigneur, dont les ames sont purifiées?. Tout leur langage étoit plein de semblables allégories; et on les prenoit pour des orthodoxes, à moins d'avoir appris par un long usage à connoitre leurs équivoques.

Ecbert nous en apprend une qu'on n'auroit jamais devinée. On savoit qu'ils rejetoient l'Eucharistie; et lorsque, pour les sonder sur un article si important, on leur demandoit s'ils faisoient le corps de Notre-Seigneur, ils répondoient sans hésiter qu'ils le faisoient, en entendant que «leur propre corps; »jqu'ils faisoient en quelque sorte en mangeant, étoit «le corps de Jésus-Christ ?, » à cause que, selon saint Paul, ils en étoient les membres. Par ces artifices ils paroissoient au dehors très-catholiques. Chose étrange! un de leurs dogmes étoit, que l'Evangile défendoit de jurer pour quelque cause que ce fût * : cependant interrogés sur la religion, ils croyoient qu'il étoit permis non-seulement |de mentir, mais encore de se parjurer; et ils avoient appris des anciens priscillianistes, autre branche de manichéens connue en Espagne, ee vers rapporté par saint Augustin: «Jurez, parjurez -vous tant que vous voudrez, et gardez-vous seulement de trahir le secret de la secte. Jura, perjura; secretum prodere noli *. » C'est pourquoi Ecbert les appeloit des « hommes obscurs 5, » des gens qui ne préchoient pas, mais qui parloient à l'oreille, qui se cachoient dans des coins, et qui murmuroient plutót en secret qu'ils n'expliquoient leur doctrine. C'étoit un des attraits de la secte : on trouvoit je ne sais quelle douceur dans ce secret impénétrable

1 Petr. Sic., init. lib. Hist. de Manich. — ? Ibid.; Cedr., tom. 1,Np. 434. — 3 Eckb., serm. 1, 11:— * Bern., in Cant., serm. Lxv, n. 2.— 5 De Hær., in her. Priscil.; Eckb., serm. 11 ; Bern., loc. cit. — * Init. lib. id., serm. 1,12, 7, elc.

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