‹ Œuvres complètes de Bossuet (volume 4)Chapitre 263 sur 387 · LIVRE XI, N. XXXIX, XL · texte numérisé non relu

LIVRE XI, N. XXXIX, XL

la réserve des Evangiles, des Epitres de saint Paul, des sept Epitres canoniques, des Actes et de l'Apocalypse. » C'en est assez, sans parler davantage du reste, pour faire rougir nos protestans des erreurs de leurs ancétres.

Mais pour faire soupconner quelque calomnie dans la procédure qu'on tint contre eux , ils remarquent qu'on les appela non point manichéens, mais ariens; que cependant les manichéens n'ont jamais été accusés d'arianisme, et que Baronius lui-même a reconnu cette équivoque *. Quelle chicane de verbaliser sur le titre qu'on donne à une hérésie, quand on la voit désignée, pour ne point parler des autres marques, par celle de rejeter l'Ancien Testament! Mais il faut encore montrer à ces esprits contentieux quelle raison on avoit d'accuser les manichéens d'arianisme. C'est que Pierre de Sicile dit ouvertement , « qu'ils professoient la Trinité en parole, qu'ils la nioient dans leur cœur, et qu'ils en tournoient le mystère en allégories impertinentes ?. »

C'est aussi ce que saint Augustin nous apprend à fond. Fauste évéque des manichéens avoit écrit : « Nous reconnoissons sous trois noms une seule et méme divinité de Dieu le Pére tout-puissant, de Jésus-Christ son Fils, et du Saint-Esprit?.» Mais il ajoutoit ensuite : « Que le Pére habitoit la souveraine et principale lumière, que saint Paul appeloit inaccessible : pour le Fils, qu'il résidoit dans la seconde lumiére, qui est la visible; et qu'étant double selon l'Apótre qui nous parle de la vertu et de la sagesse de Jésus-Christ , sa vertu résidoit dans le soleil, et sa sagesse dans la lune; et enfin pour le Saint-Esprit, que sa demeure étoit dans l'air qui nous environne. » Voilà ce que disoit Fauste : par oü saint Augustin le convainc de séparer le Fils d'avec le Père, méme par des lieux corporels; de le séparer encore d’avec lui-même, et de séparer le Saint-Esprit de l'un et de l’autre * : les situer aussi, comme faisoit Fauste, dans des lieux si inégaux , c'étoit mettre entre les personnes divines une trop manifeste inégalité. Telles étoient ces allégories pleines d'ignorance, par lesquelles Pierre de Sicile convainquoit les manichéens de nier la Trinité. Ce n'étoit

1 La Roq.; ióid.; Bar., tom. XII, an. 1176, p. 674. — ? Petr. Sic., Hist. de Manich. — 3 Faust., ap. Aug., lib. XX cont. Faust, cap. 11. — * Ibid,, eap. vit.

Pourquoi ces héréliques sont appelés ariens.

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