LIVRE XI, N. XLIIT, XLIV
bien marqués? Or on n’y voit point d’autres caractères que dans ces Toulousains et ces Albigeois , dont nous avons vu que la secte s'étoit répandue en Gascogne et dans les provinces voisines. Agen avoit eu aussi ses docteurs particuliers : mais quoi qu'il en soit, on voit partout le méme esprit, et tout y est de méme forme.
Trente de ces hérétiques de Gascogne se réfugièrent en Angleterre en l'an 1160. On les appeloit Poplicains ou Publicains. Mais voyons quelle étoit leur doctrine par Guillaume de Neubridge, historien voisin de ce temps, dont Spelman auteur protestant a inséré le témoignage dans le second tome de ses Conciles d'Angleterre : « On fit, dit-il, entrer ces hérétiques dans le concile assemblé à Oxford. Girard, qui étoit le seul qui süt quelque chose, répondit bien sur la substance du Médecin céleste : mais quand on vint aux remèdes qu'il nous a laissés , ils en parlèrent trés-mal, ayant en horreur le baptéme , l'Eucharistie et le mariage, et méprisant l'unité catholique !. » Les protestans rangent parmi leurs ancêtres ces hérétiques venus de Gascogne ?, à cause qu'ils parlent mal du sacrement de l'Eucharistie , selon les Anglois de ce temps qui étoient persuadés de la présence réelle. Mais ils devroient considérer que ces poplicains sont accusés, non pas de nier la présence réelle, mais « d'avoir en horreur l'Eucharistie , aussi bien que le baptéme et le mariage : » trois caractères visibles du manichéisme; et je ne.tiens pas ces hérétiques entièrement justifiés sur le reste, sous prétexte qu'ils en répondirent assez bien, car nous avons trop vu les artifices de cette secte; et en tout cas ils n'en seroient pas moins manichéens, quand ils auroient adouci quelques erreurs de cette secte.
Le nom méme de Publicains ou de Poplicains étoit un nom de manichéens , comme il paroit clairement par le témoignage. de Guillaume le Breton. Cet auteur, dans la Vie de Philippe Auguste dédiée à Louis son fils aîné, parlant des hérétiques « qu'on appeloit vulgairement Poplicains, » dit « qu'ils rejetoient le mariage ; qu'ils regardoient comme un crime de manger de la chair; et
1 Guil. Neub., Rer. Angl., lib. 1I, cap. xitt; Conc. Oz., tom. II Conc Angl.; Conc. Labb:, tom. X; an. 1160, col. 1405. — ? La Roq., Hist, de PEuch., chap. XVII, p. 460.7
XLIIT.
Lesmémes hérétiques en Angleterre.
Que les poplicains ou publicains sont manichéens,
qu'ils avoient les autres superstitions que saint Paul remarque en peu de mots ! : » c’étoit dans la première à Timothée. xw. . Cependant nos réformés croient faire honneur aux disciples de "ws fmt Valdo, de les mettre au nombre des poplicains ?. Il n'en faudroit "ww. pas davanfage pour condamner les vaudois. Mais je ne me veux ke iat point prévaloir de cette erreur : je laisserai aux vaudois leurs hé- PERTE résies particulières; et il me suffit ici d’avoir fait voir que les poplicains sont convaincus de manichéisme.
xwi. — Je reconnois avec les protestans? que le traité d'Ermengard n'a ces pas dü être intitulé : Contre les Vaudois, comme il l'a été par ww. ^^ Gretser; car il ne parle en aucune sorte de ces hérétiques : mais c'est que du temps de Gretser on nommoit du nom commun de Vaudois toutes les sectes séparées de Rome depuis l’onzième ou douzième siècle jusqu'au temps de Luther; ce qui fit que cet auteur, en publiant divers traités contre ces sectes, leur donna ce titre général : Contre les Vaudots. Mais il ne laissa pas de conserver à chaque livre le titre qu'il avoit trouvé dans le manuscrit. Voici done comme Ermengard ou Ermengaud avoit intitulé son livre : Traité contre les hérétiques qui disent que c'est le démon, et non pas Dieu , qui a créé ce monde et toutes les choses visibles *. Il réfute en particulier chapitre à chapitre toutes les erreurs de ces hérétiques, qui sont toutes celles du manichéisme que nous avons tant de fois marquées. S'ils parlent contre l'Eucharistie, ils ne parlent pas moins contre le baptéme : s'ils rejettent le culte des Saints et d'autres points de notre doctrine, ils ne rejettent pas moins la création , l'incarnation , la loi de Moïse, le mariage, l'usage de la viande et la résurrection 5; de sorte que se prévaloir de l'autorité de cette secte, c'est mettre sa gloire dans l'infamie méme.
ines adip passe plusieurs autres témoins , qui ne sont plus nécessaires "irae après tant de preuves convaincantes : mais il y en a quelques-uns "wt qu'il ne faut pas oublier, à cause qu'insensiblement ils nous intro- "ow er duisent à la connoissance des vaudois.
des vau-
i ^ dois.
1 Philip., lib. 1; Duch., tom. V, Hist. Franc., p. 102. — ? La Roq., 455. — ? Aubert, La Roq.— * Tom. X Bib/. PP., I part., p. 1233. — * Ibid., cap. xi-Xüur; tbid., cap. 1-11, VII; ibid., x, xv, xvi.