LIVRE XI, N. XLVIII-L
Je produis d'abord Alanus, célébre moine de l'ordre de Citeaux, xvin.
Preuve par
et l'un des premiers auteurs qui ont écrit contre les vaudois. Ce- Aus,
que les hé-
lui-ci dédia un traité contre les hérétiques de son temps au comte “tiques
de Montde Montpellier son seigneur, et le divisa en deux livres. Le pres pale
sont mani-
mier regarde les hérétiques de son pays. Il leur attribue les deux un principes et la fausseté de l'incarnation de Jésus-Christ avec son corps fantastique, et toutes les autres erreurs des manichéens contre la loi de Moise, contre la résurrection, contre l'usage de la viande et du mariage : à quoi il ajoute quelques autres choses que nous n'avions pas vues encore dans les albigeois, entre autres, la damnation de saint Jean-Baptiste, pour avoir douté de la venue de Jésus-Christ'; car ils prenoient pour un doute du saint préeurseur ce qu'il fit dire au Sauveur du monde par ses disciples : « Etes-vous celui qui devez venir??» Pensée trés-extravagante, mais trés-conforme à ce qu’écrit Fauste le Manichéen , au rapport de saint Augustin *. Les autres auteurs qui ont écrit contre ces nouveaux manichéens, leur attribuent d'un commun accord la méme erreur *.
Dans la seconde partie de son ouvrage Alanus traite des vau- x.
Le méme
dois, et il y fait un dénombrement de leurs erreurs, que nous zucca
lingue les
verrons en son lieu : il nous suffit d'observer ici qu’il n'yarien qui v:
. re . » EN des maniressente le manichéisme, et de voir d'abord ces deux sectes entió- tes. rement distinguées.
Celle de Valdo étoit encore assez nouvelle. Elle avoit pris nais- +. sance à Lyon en l'an 4160 (a), et Alanus écrivoit en 1202 au jdm commencement du treiziéme siécle. Un peu aprés, et environ l'an E 1209, Pierre de Vaucernay fit son Zistoire des Albigeoïs, où trai- . tant d’abord des diverses sectes et hérésies de son temps, il met en Xr cad premier lieu les manichéens , dont il rapporte les divers partis 5; E e.
mais où l'on voit toujours quelques caractères de ceux qu'on a re- «ac-. marqués dans le manichéisme, encore que dans les uns il soit outré , et dans les autres mitigé et adouci selon la fantaisie de ces
1 Alan., p. 31. — ? Matth., xt, 3. — 3 Lib. V, cont. Faust., cap. t, tom. VIII, col. 195. — ^ Ebrard, Antihær. , Cap. XIII, tom. iv; Bibl. PP., p. 4332; Ermeng
cap. VI; 2bid., 1339, "ete. — 5 Hist. Albig. Petr. Mon. Val. Cern., cap. 1, tom. Y; Hist. Franc. Did:
(a) D'autres disent en 1170 et méme en 1180.
Que Pierre de Vaucernaydans sa
simplicité a bien marqué les caractères des manichéens.
hérétiques. Quoi qu’il en soit, tout est du fond du manichéisme ; et c'est le propre caractère de l'hérésie que Pierre de Vaucernay nous représente dans la province de Narbonne , c'est-à-dire de l'hérésie des albigeois dont il entreprend l'histoire. Il n'attribue rien de semblable à d'autres hérétiques dont il parle. «Il y avoit, dit-il, d'autres hérétiques qu'on appeloit Vaudois, d'un certain Valdius de Lyon. Ceux-là sans doute étoient mauvais, mais non pas à comparaison de ces premiers.» Il marque ensuite en peu de paroles quatre de leurs erreurs principales, et revient aussitót aprés à ses albigeois. Mais ces erreurs des vaudois sont très-éloignées du manichéisme , comme nous verrons bientót : et voilà encore une fois les albigeois et les vaudois , deux sectes très-bien distinguées, et la derniére sans aucune marque de manichéens. Les protestans veulent croire que Pierre de Vaucernay parloit de l'hérésie des albigeois sans trop savoir ce qu'il disoit, à cause qu'il leur attribue des blasphémes qu'on ne trouve point méme dans les manichéens. Mais qui peut garantir tous les secrets et toutes les nouvelles inventions de cette abominable secte? Ce que Pierre de Vaucernay leur fait dire des deux Jésus, dont l'un est né dans une visible et terrestre Bethléem, et l'autre dans la Bethléem céleste et invisible, est à peu prés de méme génie que les autres réveries des manichéens. Cette Dethléem invisible revient assez à la Jérusalem d'en haut, que les pauliciens de Pierre de Sicile appeloient La mère de Dieu, d'où Jésus-Christ étoit sorti. Qu'on dise tout ce qu'on voudra de Jésus visible qui n'étoit point le vrai Christ et que ces hérétiques croyoient mauvais, je ne vois rien en cela de plus insensé que les autres blasphémes des manichéens. Nous trouvons chez henier des hérétiques qui tiennent quelque chose des manichéens !, et qui reconnoissent un Christ fils de Joseph et de Marie, mauvais d'abord et pécheur, mais ensuite devenu bon et réparateur de leur secte. Il est constant que ces hérétiques manichéens changeoient beaucoup. Renier, qui a été parmi eux, distingue les opinions nouvelles d'avec les anciennes, et remarque qu'il s'y étoit produit beaucoup de nouveautés de son temps , et depuis l'an 1230 *. L'ignoranee et l'extravagance ne demeurent 1 Ren., cont. Val., cap. VI, tom, IV, II part., Bibl. PP., p. 153.— [bid., p. 159.